the chronicle pages – 1 – LIAISON

LIAISON

chronique pour le Matinorama

HDR, 99.1

une réflexion dialoguée sur l’expérience humaine dans les sociétés du monde globalisé 

mardi 8h45, Melissa

jeudi 8h45, Jonathan

[du 13 janvier au 16 juin 2005]

contexte

HDR est une des radios locales à Rouen les  plus écoutées ; l’idée qui fait sa force, c’est  « le mix des cultures » mis en pratique tous les jours 

Melissa & Jonathan

tous les deux collègues au Groupe ESC Rouen, ils enseignent le management et la communication interculturels ; ils écoutent les autres qui leur donnent envie de donner la réplique – ils le font ici sous forme d’une chronique ping-pong. On peut appeler cela “la réplique des idées”. 

Melissa est américaine, Jonathan franco-américain. La version audio de cette chronique n’est pas disponible. 

 

jeudi 1301/ 05

35 000 

En ces temps du lien défait, je m’étonne des larmes versées par cet homme ordinaire (français je veux dire) et qui, suite à l’annonce des morts provoquées par le tsunami du 26 décembre, sanglote qu’on ne peut rester indifférent, que oui il faut forcément faire quelque chose, qu’il faut aider, qu’il faut donner.  

45 000 

Pardon mais – quelle meilleure pub pour les Etats qui courent la course de qui donnera le plus ?! On ne connaît pas les règles de cette course. Quels intérêts de froide realpolitik le chagrin sincère de mon bonhomme va-t-il servir ? 

65 000 

Une amie à moi travaille à la Commission de Bruxelles, à la Direction des Relations internationales. Elle me rapporte que l’Union européenne fut le premier donateur, débloquant à l’issue d’une réunion de crise une somme préliminaire de 400 millions d’euros. Pourquoi CNN, première chaîne à couvrir l’événement, n’en a rien dit ? Zone d’influence stratégique américaine ? Et pourquoi fait-on appel aux dons, lorsque nos impôts nourrissent les 400 millions d’euros donnés sans attendre, sans condition, et sans arrière-pensées ? Et n’est-ce pas la raison même de l’impôt que d’organiser la redistribution au nom de la solidarité ? 

80 000 

Eh bien voilà, la solidarité n’est pas le ressort de nos sociétés. Et quand elle marche on la tait. On préfère donner au son strident des sirènes de l’urgence. Mais qui, au fond, va me dire de quoi il faut que je m’alerte ? J’ai une sirène à la place de la conscience. Donner dans l’urgence d’une détresse qui ne nous touche que parce que CNN et les autres couvrent l’événement, voilà qui est présenté comme le bien absolu. Les yeux embués de larmes, on ne voit que ce qu’on nous montre. On ne réfléchit pas. Que vaut ma sincérité et ma douleur, par procuration, comparée à celle de Nelson Mandela, père pleurant la mort de son fils ? 

160 000 

Là s’arrête le décompte. Ce fils est seul. Mort absolue. Aussi absolue que la mort qui guette les 40 millions de victimes du SIDA en Afrique. Je veux dire que les larmes de mon bonhomme, français ordinaire, pour sincères (et louables) qu’elles soient, tombent dans l’océan de la misère humaine. En réalité, nous devrions trouver le tsunami bien normal, et pleurer plutôt tous les jours de l’énormité des inégalités qui séparent le petit monde riche du vaste monde des pauvres. On s’achète une bonne conscience à très bon compte. L’aide d’urgence est toujours occasionnelle et croire que nous sommes généreux parce qu’on aide momentanément les pays touchés, c’est indécent ; en fait, c’est un leurre, et pire encore le meilleur moyen de laisser le monde dans l’état où nous l’avons trouvé.  Bon vent.  

mardi 2001/ 05

Autant que je ne pourrais pas être plus en accord avec Jonathan (Liaison, jeudi 13) sur le plan de la culpabilité judéo-chrétienne qui nous oblige(nt) de faire notre devoir en tant que pays industrialisés en donnant aux pays touchés par les désastres, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a quelque chose de bien à tirer de cette catastrophe crée par le tsunami le 26 décembre 2004. J’aperçois les médias (la télévision en particulier) plutôt comme un véhicule qui propage des mensonges-exagérations & qui suce(nt) notre capacité de penser pour nous-même.  Comme Jonathan dit, « on ne voit que ce qu’on nous montre. » Cela dit, est-ce qu’on peut dire que ce même média a eu une part de responsabilité en rendant les gens plus « aware » (= conscients) ? Le titre d’un film par Spike Lee me vient en tête – « Do the Right Thing » (Fais le Bon Choix)  et au fait, est-ce qu’on peut trouver du bien dans un acte, même occasionnel ou pas réfléchi, si on fait le bon choix ?  Si « la cause » est réellement une BONNE cause ?  Est-ce qu’en forçant les gens de se rendre(nt) compte des misères dans le monde on contribue à la quête d’une conscience plus élevée ?  Je ferai(s) un parallèle avec ces entreprises qui sont considérées comme « vertes » ou « éthiquement correctes ».  Il y a 50 ans, (&) ces politiques n’existaient même pas ! Aujourd’hui de plus en plus de ces entreprises ont adopté de(s) telles convictions –,  elles combattent (contre) la pollution, & les inégalités sur le lieu de travail & ailleurs & se remettent en question vis-à-vis de leur code (d’)éthique. Certes, c’est une poignée qui croit profondément dans leur croisade, on peut même dire que la plupart ne font pas ces actes au détriment du bénéfice (profit), bien au contraire !   Ici, comme dans le cas de l’aide pour les victimes du tsunami, qu’est-ce qui est primordial ? Qu’on fasse des choses avec(la) conviction ou qu’on fasse juste des choses quand même ? Les donneurs, comme les entreprises, ont fait « le bon choix » en aidant les gens qui ont besoin & en refusant de fabriquer des chaussures par les enfants dans les pays en voie du développement. On ne pourrait ne faire rien du tout, mais est-ce que ce serait vraiment mieux ?  Donner peut aussi dire donner son temps, son expertise, sa compréhension qu’il faut faire quelque chose pour rendre notre terre & nos vies plus paisibles. Donc, même si en 2005, les évènements du 26 décembre ne touchent pas tout le monde comme ç’a touché notre homme ordinaire (français ou (d’)autre !), lui il est quand même l’un de ceux qui ont « compris » & donc, pour moi ses larmes ne sont pas vaines – peu importe qu’on ait du chemin à faire. « Donner dans l’urgence » ? L’urgence est de donner.

jeudi 2001/ 05

Qui se souvient du tremblement de terre de Bam, en Iran, en décembre 2003 ? Pas grand monde, en s’en fout pas mal. L’autre jour, Melissa me dit que l’urgence, c’est de donner. Tout le reste ne serait que littérature et indécence de la tergiversation devant la souffrance des victimes. C’est vrai que tergiverser est un luxe de riche.  Par un hasard très intéressant, le propos de Melissa, « l’urgence, c’est de donner », a été relayé deux jours plus tard par Bernard Kouchner. Et comme on le sait, Bernard Kouchner fut aussi favorable à l’intervention américaine en Irak – car face aux périls auxquels faisait face la population irakienne, sous le joug de Saddam Hussein, l’urgence était de donner un peu du sang des GIs.  J’entends à titre de témoignage des gens qui comparent le tsunami à Hitler, Staline, qui n’arrivent pas à la cheville de Dieu dans la mise en spectacle de la mort. Eh oui, la nature a inventé la mort… La projection occidentale d’un désir de la vaincre renvoie en fait au mythe technologique et de l’efficience industrielle qui rendent le bonheur possible sur Terre. Tout cela est bel et bon… Mais ainsi que le fait remarquer Rony Brauman, co-fondateur de Médecins Sans Frontières, l’obsession de la performance (toujours donner plus ! agir plus vite !) a une fonction très utile : « celle de nous protéger contre la difficulté d’affronter la complexité du réel et la souffrance des hommes. Les pratiques humanitaires nous renvoient donc à notre propre culture du corps et de la maladie, tout autant qu’à la manière dont nous l’exportons chez les autres. » Faut-il s’étonner aussi que ceux qui, en Amérique, votèrent pour le maintien de George Bush au pouvoir, sont parmi ceux qui sont susceptibles de donner le plus aux pays touchés par le tsunami ? Rony Brauman dit aussi : « l’humanitaire est devenu un mode d’accès au monde ; à travers sa mise en scène médiatique, il réverbère les attentes, les espoirs, les préoccupations souterraines d’une société en quête d’ une image et d’un engagement éthiques ». Il rappelle que les deux événements fondateurs du mouvement humanitaire sont le génocide au Biafra et la famine au Cambodge – et que, en réalité, s’il y avait quelque urgence à l’époque, c’était dans notre besoin occidental d’ordonnancer le Bien, puisque de génocide, ou de famine, il – n’y – eu – point. Jamais. Puis il ajoute : « on prend (ici) conscience de l’écart entre nos représentations et la réalité  (…) ; on imposa à la complexité du réel une grille de lecture simple, fabriquée par une vision victimaire exclusive, dévorante, du monde. » Octavio Paz dit : « l’ogre philanthropique. » Là, il n’est pas question de dire qu’il n’y a pas eu de tsunami – mais alors, aurions-nous pu éviter ses conséquences ? Bon, maintenant on ne peut pas nier la souffrance – il n’est en fait pas de manière plus intense d’être au monde, d’être à la vie, que de s’en sentir privé par l’injustice cosmique. Ce que je veux dénoncer, c’est son instrumentation, à des fins de justifier un ordre plus grand que nous mais néanmoins tenu entre les mains des puissants de ce monde. Ainsi le scandale des morts et des victimes en tous genres cache un autre scandale de sorte qu’il est devenu politiquement incorrect (parce que les larmes auraient plus de réalité que les conjectures) d’évoquer l’instrumentation du Mal pour faire triompher le Bien exactement comme le conçoit l’Occident. Post-scriptum : merci d’envoyer vos dons aux victimes du tremblement de terre de Bam.   

mardi 2401/ 05

Tsunami en Asie du Sud-est, tremblement de terre à Bam en Iran, les millions qui meurent du SIDA en Afrique, ces « scandales des morts & des victimes en tous genres » comme dit Jonathan… Ça fait une semaine qu’on parle de(s) désastres & de(s) misères et (?) de l’imposition de notre idée du BIEN & du MAL sur les parties de la Terre moins bénies que nous (la nôtre). On parle de notre croisade du BIEN contre le MAL.  « L’AXE DU MAL » – j’ai l’impression de regarder « La Guerre des Etoiles » ! ! Dans ce(t) nouvel(le) épisode, Luke Skywalker (aussi connu sous le nom de George W. Bush & (bien le) fils d’Anakin Skywalker, aussi connu sous le nom de George Bush Senior), est élu leader des forces du BIEN (aussi connues comme les forces militaires américaines). Pour la forme, n’oublions Candeliza (Condoleezza ? sweet name…) Rice dans le rôle de Princesse Leah (Leïa) ! En tout cas, pendant son discours à sa deuxième investiture qui a eu lieu le 20 janvier dernier, Bush Skywalker ne fait aucune référence ni à l’Irak (où les forces du MAL résident – au moins en partie), ni au terrorisme. Il a « positivé » – il a encouragé les Américains « à étendre les frontières de la liberté autour du monde ». Quel homme de paix ! ! D’un autre coté, la célébration de l’investiture était intitulé, « Célébrer la liberté, honorer la service » (au pays & c’est moi qui ajoute, pour clarification bien sûr !). Selon plusieurs sources américaines, cette célébration avait un(e) air(e) militaire – est-ce que tout ça te semble contradictoire ? MAIS NON ! ! L’avance de la liberté, spécialement l’implantation de la démocratie en Irak & peut-être bientôt en Iran & éventuellement, l’entièreté du Moyen-Orient, est un devoir pour notre leader des forces du BIEN – un vrai Jedi ne pourrait faire moins. Et un vrai Jedi sait comment parler à son peuple, en renforçant le BIEN par la parole positive. Bush Skywalker a mentionné le mot « liberté » au moins 40 fois dans son discours ! Ne pouvons-nous pas regarder ces actes comme l’impérialisme culturel(le) ? N’est-ce pas une sorte de génocide culturel(le)/ ethnocide ? Malheureusement, nos forces du BIEN ont commencé de diverger du chemin vertueux dans ce(t) nouvel(le) épisode. Hélas, peut-être c’est le destin de toutes les grandes dynasties qui abandonnent les intérêts du peuple pour leurs propres délires de grandeur.  Il y a quelque chose qui m’embête en (dans) tout ça – George Lucas (aussi connu comme le réalisateur de notre film) a dépensé 10 millions de dollars pour faire La Guerre des Etoiles, mais il a eu un retour de 290 millions de dollars. Mr. Bush a dépensé à peu près 57 millions de dollars pour son deuxième couronnement – qu’est-ce que ça va donner [lui rapporter] en retour ? 

jeudi 2701/ 05

Allô ? [khrrrr] Allô les étoiles, vous m’entendez [khrrrr] ? Allô – aaaaaaaaaah !!! encore la spirale infernale [fiooooooooooooooooooooouh] – le cyclone ! – Melissa à l’aide !!! j’essaie de me sortir de ce fichu tsunami [khrrrr-fiooooooouh !] Je suis votre envoyé spécial de la rue Poitron et je dois dire que c’est très dur de faire la liaison avec la guerre des étoiles de Melissa [khrrrr]. Allô, Melissa, toujours dans les étoiles ? Eh ben oui, ici ou ailleurs, rue Poitron ou en Asie, en Amérique ou loin dans les étoiles, on dirait que les chiffres sont toujours indécents… Tu disais mardi dernier : « George Lucas a dépensé 10 millions de dollars pour faire La guerre des étoiles, mais il a eu un retour de 290 millions de dollars. M. Bush, lui, a dépensé à peu près 57 millions de dollars (contre 37 promis aux victimes du tsunami au début) pour son deuxième couronnement – qu’est-ce que ça va lui rapporter en retour ? » [khrrrrrrrrr] C’est très simple : un changement historique définitif dans le paysage socio-politique américain. Nous assistons à un autre genre de tornade, une Tempête du Désert historique. Le vent républicain aux Etats-Unis souffle sur le continent et ébranle tout l’édifice monté à partir des années 60. Les démocrates et les intellectuels de la gauche américaine coulent, la politique devient un travail de markéting, surpuissant comme une déferlante qui viendra peut-être s’écraser aussi sur d’autres rivages. Mais plus fort encore, le vaisseau (« the Hawk », nouveau symbole de l’Amérique combattante) de George Skywalker Bush est propulsé à l’aide d’un mélange 100% de droite, rien au centre. Pour la première fois depuis la Deuxième Guerre, l’élection s’est jouée à la droite de la droite et a été remportée grâce à cette partie de la société. Ça veut dire que, jusque-là silencieuse, c’est désormais la droite de la droite, qu’on va entendre, qu’on va choyer pour s’assurer la marge des voix qui donne gagnant aux élections. Comme me suggérait un sociologue, on n’a pas fini d’en voir arriver les conséquences. Les gens en ont marre de la génération 68 au pouvoir, ces ex-nouveaux beaufs qui nous gouvernent – quelque chose se transforme et qui est très profond. La gauche américaine qui s’épanouit dans les grands ensembles urbains et prône un libéralisme des mœurs est la première grande victime de cette lame de fond.  L’empire de Bush, son Etoile noire, ne brille en fait que pour le succès d’une opération qui n’a pas pour but la libération de l’Irak mais l’établissement à très long terme des forces du parti républicain. Un prof de New York me raconte : « les citoyens américains s’en fichent, de l’empire – ils ont peur du monde, pourquoi chercheraient-ils à le maîtriser quand cela impliquerait aussi de le connaître ? Non, disent-ils, on ne saurait qu’en faire, et puis en plus – c’est plein d’étrangers ! » Le terrorisme n’est autre qu’une catégorie fantasmatique sortie de l’esprit des experts en markéting politique ; il n’existe pas autrement que comme moyen pour l’Etoile noire de condamner à mort les « rebelles » à son ordre, et surtout de s’assurer la puissance dans l’imagination des citoyens américains. Bush a besoin du terrorisme, et de la guerre déclarée au terrorisme pour que la droite de la droite achève de noyer l’espoir des démocrates d’une société plus juste. Rarement on aura vu une instrumentation plus efficace du Mal (enfin, le terrorisme) pour faire triompher le Bien exactement comme le conçoit George Skywalker Bush. [xxxxxxxxxx ccccccch] respiration à la Dark Vador

mardi 0102/ 05

Tout à fait Jon.  «  (les citoyens américains) … ont peur du monde – Le vent républicain aux Etats Unis… ébranle tout l’édifice monté à partir des années 60. » A la fin de ton commentaire tu dis que : « … rarement on aura vu une instrumentation aussi efficace du Mal (le terrorisme) ». Je ne suis pas tout à fait d’accord Jon. Je n’ignore pas la gravité du personnage en Bush Skywalker mais, en fait, à travers l’histoire des Etats-Unis, à un moment ou à un autre, les hommes (oui je dis bien les hommes), pour la plupart politiques, ont créé un « Mal » à combattre et donc une « Peur » que le peuple américain devrait sentir jusqu’aux tripes. (I just said it was more efficient than ever, not that it never had been done before!) On va faire un petit bilan (vraiment petit) où on va constater des « vraies » et des « fausses » peurs : 1.       Les Amérindiens – FAUSSES [peurs] (tu as vu comment on les a traités ?)2.       Les Afro-américains pendant l’esclavage – FAUSSES (tu as vu comment on les a traités ?) Of course the way you treat them doesn’t mean you are wrong…3.       Les immigrés d’Europe qui n’étaient ni protestants (donc juifs ou catholiques) ni venant des pays économiquement riches (bon sang qu’est-ce qu’il va se passer avec l’économie ? ? ?? – Italie, Pologne) – FAUSSES (ils avaient de la chance d’être blanc de peau et donc ils pouvaient s’assimiler)4.       Les chinois qui travaillaient sur les chemins de fer – FAUSSES (tu as vu comment on les a traité ?)5.       Les première et deuxième guerres mondiales – VRAIES (cependant ça nous a pris un sacré moment pour donner un coup de main aux Européens !)6.       Les Japonais pendant la deuxième guerre mondiale (Oy Oy Oy la peur jaune et la bombe atomique !) – FAUSSES (tu as vu comment on les a traité dans les camps aux Etats-Unis – les citoyens américains d’origine japonaise je veux dire).7.       L’ex-URSS (Ouf ! La Guerre froide, attaque nucléaire !) – FAUSSES8.       Le communisme – FAUSSES (tu te rappelles de McCarthy, Jon?)9.       Les Afro-américains pendant les années 60 et la lutte pour les droits civiques –  FAUSSES (tu as vu comment on les a ENCORE traités ?)10.   Le crime dans TON quartier est [conditionne] donc la nécessité d’acheter et d’utiliser une arme – FAUSSES (tu ne vois pas que le gouvernement et ceux qui sont au pouvoir créent et maintiennent cette situation pour qu’on ait peur ?) Et c’est clair que quand on a épuisé les « forces du Mal » qu’on pouvait exploiter entre nos propres murs, on a cherché ailleurs. Et tu sais quoi ? On a trouvé. Il reste un petit problème – une grande partie du peuple américain est convaincu que ces faux combats sont justes (merci la propagande) et dans le [au] nom de la vie, de la liberté et de la poursuite du bonheur (life, liberty and the pursuit of happiness), donc, on ne comprend pas qu’un jour on est quelque part dans le monde et les gens nous crachent dessus, nous flinguent, nous prennent en otage, nous décapitent. Je me demande sérieusement si ces faux combats sont éthiquement corrects et puis je me rappelle que ce n’est pas les hommes politiques mais le bon Dieu qui leur a donné le feu vert…  il y a à peu près deux cent cinquante ans… Amen ! Post scriptum : je suis certaine que le bon Dieu a donné le feu vert à l’Europe aussi.Après tout, il était chez vous d’abord, non ? 

jeudi 0302/ 05

La Peur et le Mal dont tu parles, Melissa, instruments traditionnels de la politique américaine, sont pour une large part de nature RELIGIEUSE. Vu d’ici, vu d’Europe, c’est pas toujours facile à comprendre, ce qui n’interdit en rien les faux et usages de faux tout autant…  Il n’en demeure pas moins que si l’irrationnel a sa terre d’accueil, c’est plutôt là-bas qu’ici. Ça se comprend : l’Amérique étant un jeune pays dont la mémoire est sans consistance historique, mais plutôt mythique, a besoin de la religion – alors que l’Europe n’en a eu que trop, de la religion ; elle s’en passe tout en en étant innervée dans son histoire jusqu’au bout des ongles… Sans religion ou sans idéologie forte, une société se délite, et c’est pour ça que ce qui paraît une absence de religion en Europe n’en est que le long résultat – tout comme, dans le fond, le but de l’Etat est son propre dépassement. Alors qu’en Amérique, l’attachement à l’Etat souverain et à la religion, pour superficiel qu’il y paraît vu d’Europe, peut faire peur à cause de la charge d’irrationnel que cela contient, et la religion s’en trouve en fait un galvaniseur du sentiment national extrêmement puissant, extrêmement ancré aussi dans la mentalité, les mœurs, « l’habitus » culturel américain. Pour continuer sur cette hypothèse : la mémoire d’Auschwitz en Europe rappelle aux Européens que le Mal est en nous, et que nous sommes capables mieux que quiconque d’infliger à nous-mêmes l’Enfer que nous redoutons au plus profond de notre conscience intime. Là-bas à l’inverse, c’est comme si, pour tenir éloignés d’elle ses propres démons, l’Amérique avait un besoin viscéral de la figure fantasmée du terroriste – alors qu’en Europe, bon, nous avons notre Auschwitz. Notre Auschwitz. On peut reconnaître qu’il n’en est pas moins fantasmé [il ne s’agit pas de nier les déportés, les morts, les souffrances, aussi réels que les victimes de l’attaque du World Trade Center], et donc c’est pour ça qu’une amie américaine me faisait remarquer : pourquoi on ne commémore pas non plus la chute du gouvernement de Pol Pot et la libération de ses camps ? Eh bien parce que ce n’est pas l’Europe, parce que ce n’est pas constitutif de notre histoire intime, et ce, malgré la parenté dans la capacité universelle de l’humain qu’on y voit à faire le mal. Et enfin parce que ça ne joue pas à plein dans la fabrication du sentiment d’appartenance commune à un destin politique à l’échelle européenne. Et alors ? Je ne sais pas quelle force ce souvenir en Europe peut avoir pour conjurer le mal qui nous habite, nous, humains. Mais je doute encore plus de l’efficacité de la figure du terroriste invoquée par Bush, projetée sur les écrans du mythe plus que de ceux de l’Histoire qui fait trace, pour prémunir l’Amérique de l’emprise de ses propres démons sur ses esprits. Du reste, et vu d’Amérique, il vaut mieux que l’Europe soit ce vieux continent, hors la course et qui n’a rien compris aux forces nouvelles en émergence, en voie de la détrôner – de la détrôner de ce qui lui reste de prestige indu. L’autre jour à Auschwitz il y avait l’Allemand, le Polonais, le Français… Pas l’Américain. Comment pouvait-il s’en passer ? L’Amérique de Bush s’imagine vertueuse et place dans l’étranger, l’Autre, surtout un peu barbu, les Saddam Hussein et les diablotins de la scène internationale, bref, elle place en eux les épouvantails qu’elle croit pouvoir utiliser pour se protéger. Ils y tiennent ferme, ces Américains-là, ils y tiennent comme on tient la crosse d’une arme en main – sans quoi, ils se retrouveraient face à leur propre vide, leurs faux dieux, leur Bien de pacotille. 

mardi 0602/ 05 (écrite le 0302/05, lue en direct par Jonathan/ qq modifs et ajouts de ma part) 

J’écris à l’arrache – et j’écris avec la rage, Jonathan. Je ne vais pas continuer sur l’axe du Bien contre le Mal, bien que le « Bien de pacotille » va avoir sa place ici… non, je veux viser plutôt la négligence et ses conséquences… Cynthia, ma sœur aimée, est morte la nuit du 3 février, je ne sais toujours pas de quoi – ce que je sais est que Cynthia était malade depuis longtemps. Elle avait des calculs aux reins depuis sa jeunesse et plus récemment, elle a appris qu’elle avait une hépatite C – avec le début d’une cirrhose. Ce qu’il faut ajouter est qu’elle ne travaillait pas depuis un an et donc n’avait pas d’assurance maladie. Je me rappelle qu’elle m’avait dit que le prix (par mois) pour une assurance maladie privée était aux alentours de 500 dollars par mois. Bien sûr, elle ne pouvait pas se payer ça. Heureusement, elle avait reçu des médicaments (par Roche ?) pour un an de traitement gratuit – ça représente une somme énorme (Interféron et Ribavarin sont très chers). Donc le seul problème maintenant était qu’elle avait besoin d’analyses de sang complètes tous les mois et pour ça il faut un médecin traitant. Cynthia ne pouvait pas se payer des visites ni des analyses donc son traitement était reporté. Elle est allée à l’hôpital pour les gens qui n’ont pas d’assurance mais les visites étaient très espacées et quand elle avait un rendez-vous, elle attendait des fois trois ou quatre heures. La dernière fois qu’on a parlé, il y a à peu près deux semaines, elle n’était pas « top » mais ça allait. Qu’est-ce qui a pu se passer en deux semaines ? Est-ce que les médecins l’ont mal diagnostiquée ? Est-ce que c’était une crise de foie ? Est-ce qu’elle s’est enlevé sa propre vie ? Pourquoi les gens autour d’elle, en sachant qu’elle était malade, n’ont pas aidé ? Comment ça se fait qu’un pays aussi puissant et aussi riche que les Etats-Unis n’ait pas un système d’assurance maladie qui s’occupe de ses citoyens ? Et comment un peuple aussi chanceux que les Français peut-il abuser de l’un des meilleurs systèmes au monde ? Et donc le mettre en péril ? La négligence – c’est un crime. 

jeudi 0802/ 05

Après la chronique de Melissa de mardi, dont je me suis fait le porte-parole pour que continue la liaison malgré son déplacement aux Etats-Unis, c’est difficile de ne rien faire qui ne soit déplacé. Invoquant les morts du tsunami, puis les alibis de l’humanitaire à l’Occidentale devant les injustices dans le monde, et enfin les morts survenues et à survenir encore en Irak, nous voilà devant une autre mort, plus brute et plus proche. Pardon pour les autres – plus « vraie ». Melissa a fait le choix de parler de la mort de sa sœur Cynthia. Pour l’auditeur, quel effet cela fait-il ? Y voit-il un manque de pudeur ? Je ne sais pas. Plutôt une surprise ? Un psychanalyste raconte que le Français devant la mort n’a pas la même attitude que l’Américain, si encore ces catégories veulent dire quelque chose. Il dit : le Français se drape dans le silence et se laisse envahir par le mystère de la vie qu’on a enlevée à un de ses proches. L’Américain, au contraire, va « verbaliser » (to verbalize, ce qui n’a rien à voir avec les flics), il va mettre un mot sur les choses, faire coller les mots à la réalité qu’ils décrivent.  De là, on peut généraliser. Par exemple, les Français, incompris des Américains, seront perçus comme ayant toujours quelque chose à cacher, comme ne disant pas les choses comme ils les pensent, voire ils seront taxés d’hypocrisie. Le psychanalyste explique : tout ceci prend sa source dans le rapport au réel, façonné dans les premières années de l’enfance. La mère américaine dit à son enfant : « Vas-y, va jouer ». La mère française : « Ne t’éloigne pas trop. Reste assez près que je te voie. T’es tombé ? Tu vois, je te l’avais dit. Maintenant tu restes ici. » L’enfant américain, s’il est tombé, est encouragé au contraire : « Allez, maintenant ça va aller. Tu peux le faire. Go have fun. » Il en découle une césure et une fusion différente dans chaque cas. Le Français est en fusion avec la mère, donc en césure avec la réalité. L’Américain est en fusion avec la réalité, en césure avec sa mère. Le Français attendra donc d’être protégé – par les siens, sa famille, l’Etat, la Sécu. L’Américain apprend à faire le deuil plus vite de ses échecs et de la mort de ses proches. Life goes on. Il n’attendra pas de protection de quiconque, de quoi que ce soit. Il trouvera normal d’avoir à se débrouiller seul – enfin, ça c’est une version de la théorie. L’autre version, c’est au contraire que, une fois séparé, sevré de sa mère, l’Américain sera en demande constante : suis-je vraiment seul ? Et surtout : suis-je aimé ? Tout comme Bush se demande : pourquoi le monde nous déteste-t-il ? comme si, à contrario, l’amour était un principe de politique étrangère… Pour conjurer la mort, l’Amérique lève des armées, accuse le terrorisme international ; mais au-delà de ces déclamations et de ces agitations, l’Amérique accumule les biens matériels et cherche à s’isoler des agressions du réel dans le confort le plus envahissant possible. Un grand écrivain, la new-yorkaise de renom international Susan Sontag (morte il y a peu), parle de son pays en ces termes : « Notre culture est fondée sur l’excès, la surproduction ; il en résulte une déperdition de l’acuité dans notre expérience sensorielle. Toutes les conditions de la vie moderne – la plénitude matérielle, l’effet de surabondance – agissent conjointement pour endormir nos facultés sensorielles. » Bien sûr on ne peut pas s’empêcher d’y voir un peu de nous-mêmes aussi. Et voir dans cette atténuation des facultés sensorielles une des causes de la négligence, crime dénoncé par Melissa, et mal qui nous ronge au seuil même de nos vies. 

mardi 2202/ 05

Il y a 2 semaines, j’ai parlé de la négligence. Si on continue sur ce chemin de négligence, on trouvera sans doute l’indifférence, autant d’un crime que son frère (what do you mean ?). L’indifférence nous mène (éventuellement) (= au bout du compte) à baisser les bras, à se désintéresser de ce qui se passe autour de nous & tôt ou tard, à abandonner tout esprit critique & donc, à laisser les autres prendre les décisions pour nous, sans notre réflexion & (d’) accord. Tu peux me demander Jonathan, quels (d’) autres ? Bah (= ben), les gens capables (« capables » or « coupables » ?), bien sûr – les politiciens, les avocats, les juges – les gens qui forment la colonne vertébrale dans une société comme la notre (nôtre) ; cette société qu’on n’arrête pas d’appeler une démocratie.  Ces « autres » dont je parle constituent notre gouvernement, le corps d’élite, choisi pour représenter les désirs du peuple (gouvernement du peuple, pour le peuple & par le peuple – gouvernement of the people, for the people, by the people) ce qui est tout à fait normal dans un système démocratique. Ce qui n’est pas normal est qu’en continuant sur notre chemin de l’indifférence, on n’aura pas trop de mal de (à) trouver (= rencontrer) l’abus de pouvoir au bout. Je voudrais évoquer un temps de grandeur en France (= le temps passé de la grandeur en France ?). On se rappelle tous de Louis XIV, le roi soleil, qui a réduit sa politique (= dont on réduit la politique) à une phrase, « l’Etat, c’est moi ». La politique de Louis XIV n’est pas si loin de nos jours… Nicolas (le) Premier ou Nicolas le Jeune (je parle bien sûr de M. Sarkhozy) a une politique très similaire– « 0 tolérance » ou « La loi, c’est moi » (ou ceux que je désignent) [He’s more a liberal, almost a neo-con, than an enlightened defender of the State. Maybe I should keep this to myself… ormy next chronicle, sorry].  « 0 tolérance » peut mener au pouvoir absolu, tout comme la négligence & l’indifférence. Les trois facteurs ensemble nous mènent sans question aux abus de pouvoir.  Qui sera le gardien de ce pouvoir absolu ? Logiquement, ça sera les juges, ceux qui normalement & par définition interprètent & renforcent les lois d’une nation. [In France, it’s the Parliament more than the Judiciary system; the 5th Republic installed the principle of “rationalized parliamentarianism”, which means more power to the Executive; and that’s not like the US system of checks and balances, especially because the Judiciary branch has traditionally been confined to a secondary role in France]. Qu’est-ce que le  « 0 tolérance » implique pour notre système judiciaire ? Actuellement, il faut se demander si les juges existent pour appliquer les lois ou si les lois existent pour être manipulées par les juges. Est-ce que les lois existent pour être les baromètres des pouvoirs des juges  & des tribunaux seulement pour héberger ces dites magistrats, pour qu’elles aient un endroit qu’ils peuvent appeler « chez eux » (?) I see what you mean but it’s not immediately understandable un peu comme l’idée de la propriété privée aux Etats-Unis ? (On a le droit de faire ce qu’on veut sur notre propriété, même tuer oh really ?!). Dans ce cas, les lois & les tribunaux existent-ils uniquement comme une extension du juge même ?  Le 11 février 2005, dans le TGI de Cergy, j’ai assisté en personne à ce qui a été défini comme un « outrage à magistrat ». Avant de continuer, je devrais peut-être vous décrire la scène qui a agressé mes yeux & heurté mes oreilles en entrant dans la salle d’audience. Le président, le visage cramoisi, était en train de gueuler, et je veux bien dire gueuler, sur un monsieur qui ne payait pas ses pensions alimentaires régulièrement parce que sa femme ne lui présentait jamais leur enfant. J’ai eu le sentiment que ce juge pouvait faire ce qu’il voulait dans cette salle, qu’il exerçait la justice par la peur – « 0 tolérance ». « 0 tolerance » is certainly a despicable term, though it was invented by Giulani in New York and it made him quite popular. This judge’s attitude is beyond the idea of 0 tolerance I’m afraid – it’s mere abuse of power, no? Cinq minutes plus tard, une fois que le juge avait retrouvé une couleur normale, un téléphone portable sonne. Le propriétaire se lève pour sortir (c’est clair que ça n’aurait pas dû arriver mais personne n’est à l’abri d’une simple erreur), il fait un demi-pas vers la porte quand les rugissements du président l’arrêtent. Il gueule sur le pauvre monsieur (qui s’excuse), jusqu’à lui confisquer le téléphone & en ordonnant clairement à l’homme de donner le portable au greffier, ce qu’il fait sans incident. Cet homme reprend sa place & comme le président l’avait tellement bousculé pour avoir le téléphone, il n’avait pas eu le temps de l’éteindre.  Ce n’était ni un mystère ni une marque de non-respect quand le portable sonne de nouveau 5 minutes plus tard. L’homme se lève et se dirige vers le greffier pour l’éteindre & une fois accompli, il a eu la malchance de demander au président s’il pouvait garder son téléphone parce qu’il était éteint & ne risquait plus de créer d’autres perturbations. Eh bien, M. le Président des Ogres lui a crié dessus, « Si tu n’arrêtes pas, je vais demander aux agents de t’enlever d’ici & de te mettre en garde à vue ! ». « TU » ? ? ? On se connaît, M. le  Président ? On a élevé les cochons ensembles ? ? ? Bien sûr que non, vous en êtes un. A ce moment là, notre homme en question, incrédule devant les paroles de ce gardien du pouvoir absolu dit l’inimaginable – « C’est n’importe quoi » – & il a eu raison ! Mais non, la politique de « 0 tolérance » prend le devant & notre président a fait enlever notre homme de la salle, bien par les agents, menotté, accusé d’outrage à magistrat & tenu en garde à vue pendant 12 heures.  L’histoire n’est pas finie. Notre homme a eu 2 minutes pour son procès-verbal devant l’assistant du procureur & M. le Président, dans son témoignage, a menti. Il a dit que notre homme a  REFUSE de rendre son téléphone & qu’il avait osé ajouter, « C’est n’importe quoi. » Ça me fait penser à des historiens révisionnistes qui utilisent l’histoire pour promouvoir leurs propres mensonges, le pire étant de dire que l’holocauste n’a jamais existé. Clearly, he’ s a liar !!! Il y avait une quinzaine de personnes dans la salle quand tout ça s’est passé & je suis sûre qu’il n’y en a aucune parmi elles qui ouvrirait (= qui aurait ouvert) la bouche pour dire la vérité si on leur demandait. Et POURQUOI ? ? ? ? La peur–  « 0 tolérance » donne raison à l’abus de pouvoir & l’abus de pouvoir sème la peur. Vous n’avez pas eu assez de ça en France pendant le siècle dernier (do you mean 20th century ?) ? En tout cas, moi, je vais ouvrir ma bouche, ma grande bouche, pour dénoncer une telle injustice. Je vais témoigner contre le dictateur de cette audience en faveur de notre homme, même si le pouvoir absolu ne lui laisse aucune chance. On ne peut pas être juste quand on a recours aux émotions car ça implique une subjectivité (implicite) (you mean the judge’s ?).  Là, on s’éloigne largement du but de notre démocratie moderne, « 0 tolérance » ou pas. NB : Pour ceux qui veulent assister au procès pour ce crime affreux, rendez-vous au TGI de Cergy le 11 mars à 13h30… 

jeudi 2402/ 05

Le crime affreux dont Melissa parle dans sa dernière chronique est bien d’avoir oublié d’éteindre son portable dans la salle d’audience. Personne n’a volé une pomme, ou un quignon de pain, mais transposé aujourd’hui, c’est un peu pareil, sauf que c’est pire. On comprendra pourquoi le grand show repris de chez Victor Hugo, « Les misérables », aura tenu si longtemps l’affiche. Les révolutions passent, les injustices demeurent.  J’aimerai faire deux remarques, la première ayant trait au problème de la dictature, et la deuxième à une mentalité bien française qui nous imprègne ici tous autant que nous sommes. Enfin… à des degrés divers. Bon, la dictature. Ce juge de Cergy qui engueule les prévenus et passe les menottes à ceux qui, par inadvertance, laissent sonner leur portable, ça me rappelle un peu l’ambiance dans ce film des années 80 de Costa-Gavras, vous savez – « Missing », je crois. L’histoire d’un journaliste américain, vivant avec sa femme, au Chili, embarqué par la police de Pinochet et jeté en prison. Donc évidemment, je ne suis pas un fervent défenseur de la politique de tolérance 0, mais il ne faut pas confondre la « tolérance 0 », qui fait le jeu de certains hommes politiques et qui, bien qu’elle s’accompagne de mesures réelles, remplit aussi un rôle de markéting politique, avec un fort effet d’annonce – donc il ne faut pas confondre ça avec l’abus de pouvoir pur et simple. Si le juge de Melissa appliquait en effet une sentence en vue de mettre à exécution une politique plus générale de tolérance 0, là on pourrait trembler dans nos chaussettes. Sauf que « tolérance 0 », comme concept, ne veut pas dire grand-chose. C’est plutôt un slogan qui dit : la Gauche est laxiste, mais nous on est sérieux. Alors, gare ! Le juge en question n’en est pas moins terrifiant dans son attitude, mais au pire il prend comme prétexte seulement, il s’appuie sur une ambiance favorable au thème de la tolérance 0 dont il n’est pas en réalité et en droit l’exécuteur. La tolérance 0 est d’abord politique ; elle n’est pas encore légale, même s’il est indéniable qu’on assiste à une sévérisation de certaines procédures et dans l’application des peines.  Donc, avec un juge comme celui-ci – et, ce qui est encore pire à mon avis, avec un public qui, au lieu de le trouver injuste, se contente de le craindre en disant qu’il est sévère – ce qui m’inquiète, c’est que la peur des gens l’emporte sur leur bon sens. La démocratie, on le voit, est bien fragile. Sans justice, elle n’est qu’un leurre parfait. Ceux qui n’y croient plus la critiquent d’ailleurs, comme si elle était par nature injuste, alors que c’est plutôt son dévoiement qu’il faut dénoncer. Le report de voix aux extrêmes n’arrangera rien du tout. Alors quelle est la différence entre une dictature, par exemple franquiste ou à la Pinochet et une démocratie comme la République française ? Ce sont après tout et toujours les mêmes hommes… Eh bien la dictature érige en principe l’abus de pouvoir, tandis que la démocratie érige la justice en principe. Est-ce que cela change quelque chose ? En fait pas grand-chose si les hommes qui la pratiquent ne croient eux-mêmes pas en la Justice. Le démocratie fonctionne avec des anges – la dictature est plus dans l’ordre de la nature humaine lorsqu’elle flatte ses bas instincts. Bon, la mentalité française maintenant. Voilà un aspect inquiétant de la culture dans ce pays ; Melissa parle de grandeur passée, et c’est vrai, on doit à la grandeur de la France l’invention de la Raison d’Etat plutôt que de l’Etat de droit. Si on généralise la Raison d’Etat à la raison du petit chef, comme si la Raison d’Etat pouvait avoir des ramifications jusque dans l’Ego, dans le Moi de tout un chacun, on peut craindre que la démocratie se change en masque ou mascarade d’une égocratie, un dispositif au service des petits chefs et des plus grands. Comme en dictature… En effet, le psychanalyste Pascal Baudry le dit en ces termes : « le manque de clarté des frontières interpersonnelles chez les Français se manifeste par le refus de la loi et du contrat, ainsi que par une attitude de déni par rapport à l’exactitude des faits. [Par conséquent, toute autorité en France, et à quelque niveau que ce soit, s’arroge par principe une marge d’arbitraire.] La faveur [par exemple] doit bien être considérée comme un fonctionnement français normal même si, – ou plutôt parce que – ce n’est pas le fonctionnement officiel. (…) La faveur va de soi dans une culture personnaliste, puisqu’elle vient marquer la reconnaissance spécifique de la personne et la suprématie qui lui est reconnue par rapport aux autres et à la loi. Par définition, les Français ne sont pas égaux devant la faveur, et cet affranchissement du principe d’égalité vient renforcer encore la valeur du mécanisme favoritaire. » J’ai la chance de parler à froid, quand Melissa parle à chaud. Cela n’enlève rien à l’aspect révoltant de la situation qu’elle décrit. Revenue des Etats-Unis pour enterrer sa sœur, elle a de quoi brûler de colère après avoir été le témoin de l’attitude de ce juge. On ne peut rien contre l’injustice de la mort – mais contre l’injustice des hommes, la colère est saine – sinon c’est la mort de la démocratie. 

mardi 0103/ 05

Dans « Liaison » du jeudi dernier, Jonathan termine sa chronique en parlant de la colère saine contre l’injustice des hommes, « sinon c’est la mort de la démocratie. » Je ne veux pas assister à des (d’) autres funérailles, donc où sont les hommes comme Jefferson Smith quand on en a besoin ? Il faut plus d’hommes comme lui pour que la démocratie vive une longue, saine vie. Je t’entends d’ici Jon – JEFFERSON QUI ? ? ? ? Dans un classique du réalisateur Frank Capra intitulé « Mr. Smith au Sénat », 1939, un TRES jeune James Stewart joue le rôle de Jefferson Smith, un jeune homme qui aide énormément dans sa communauté & qui est sur la voie de commencer sa carrière politique, même s’il n’est pas encore conscient de (cela) ce dernier.  Aux Etats-Unis, on a 2 chambres législatives, le « House of Representatives » (la Chambre des représentants) & le Sénat. Le nombre de représentants pour l’Assemblée est proportionnel à la population de l’Etat & il y a toujours 2 sénateurs par Etat. Dans le film, le sénateur Joseph Penn, déjà élu, cherche un autre homme pour l’accompagner à Washington (, DC) pour représenter son Etat. Dans une scène parallèle, Capra nous fait par(tie) d’une conversation entre le maire de la ville, sénateur Penn & un homme d’affaires très important dans la région. Ces hommes décident que Jefferson Smith va être cet homme. Et pourquoi ? Ils ne connaissent rien de lui. Eh bien, notamment parce qu ‘il est jeune, frais, pure & le peuple l’apprécie pour son honnêteté. Ce qui devient évident tout de suite après dans leur conversation est qu’ils pensent aussi que Jefferson Smith est naïf & facilement malléable, précisément à cause de toutes ses qualités. En tout cas, quand le sénateur Penn nomme Jefferson pour devenir sénateur, un (peu ahuri) étonné & un peu mal à l’aise, Jefferson dit à ses compatriotes qu’il n’a jamais compris pourquoi nous envoyons 2 hommes au Sénat quand un – spécialement un homme aussi capable que le sénateur Penn – suffisait. Jefferson Smith va vite comprendre pourquoi – l’abus de pouvoir (= la collusion du pouvoir de politique et du pouvoir de l’argent). Le sénateur Penn était en fait une marionnette de l’homme d’affaires important qu’on a vu au début du film. Il lui fallait un homme comme Jefferson Smith pour que le sénateur Penn prenne conscience de son abus de pouvoir [= de son indignité pour la fonction et démissionne par honte de lui-même] & rectifie ses erreurs (ce qu’il fait). Capra nous apprend qu’il y a bien les absolus dans la vie, que les valeurs comme l’honnêteté & la droiture sont des choses pour lesquelles on meurt & que la justice n’est pas quelque chose d’arbitraire. Comme j’ai dit au début de cette chronique, on a besoin de plus d’hommes comme Jefferson Smith. Ce sont les gens comme lui qui sont la démocratie en action & je ne crois pas qu’ils sont aussi rares que le sénateur Penn le dit. Il faut juste savoir où aller chercher… 

jeudi 0303/ 05

Melissa, tu prends pour exemple le bon et loyal Jefferson Smith, héro des causes perdues dans le film de Frank Capra « M. Smith va au Sénat ». Je le vois comme un mélange d’idéal et de ferveur, de naïveté et de sens pratique mis à l’épreuve des puissants. Un vrai antidote contre le cynisme qui menace toujours les démocraties modernes. Le Peuple qui se reconnaît en ce héro malgré lui retrouve des vertus qui doivent par définition balayer à terme la violence et les abus de pouvoir, les mensonges et toutes les tentatives de restauration bourgeoise. Si Jefferson Smith faisait un discours aujourd’hui, il pourrait commencer ainsi : Comment pouvez-vous, Messieurs les Sénateurs, comment pouvez-vous tolérer la tolérance 0 pour la petite délinquance, la précarisation du monde du travail, la discréditation chronique des syndicats ? Ne trouvez-vous point indécent ce mot d’ordre que vous clamez haut et fort : « Enrichissez-vous ! » ? Alors qu’en même temps, les loyers partout en France augmentent plus vite que les revenus, et que les prix de l’immobilier à Rouen par exemple flambent (avec entre 60 et 80% d’augmentation en 5 ans au centre-ville). En tout, ces évolutions recalent la France au 12ème rang mondial pour le pouvoir d’achat ; 4 millions de gens QUI TRAVAILLENT ne réussissent pas à joindre les deux bouts. Et vous voulez, messieurs les Sénateurs, redonner le goût du travail aux Français ?!! Allons, ce n’est pas sérieux. Ne vous étonnez donc pas que la paresse ait la cote, et non le carriérisme, puisque les portes de la promotion sociale sont closes. 20 millions de travailleurs (sur 60 millions) ??? sont considérés comme précaires. Sans parler du bon million de personnes sans abris. Le misérabilisme me guette comme une maladie honteuse, et pourtant trouvez-vous ces chiffres dignes d’un pays riche ? On parle en France de réajustement sur les prix européens – mais tant que les salaires ne suivent pas, c’est la plantade totale. Et puis de quelle Europe s’agit-il ? Pas la Roumanie en tout cas. Comment les pays plus pauvres de l’Union européenne, déjà membres ou futurs membres, vont-ils faire ? Les excuses budgétaires d’un gouvernement qui n’investit plus ni dans la recherche, ni dans l’éducation, ni dans l’enseignement supérieur ne peuvent tenir longtemps la route devant le désastre qui s’annonce.  Le pire, c’est qu’on risque de s’y enfoncer sans vraiment la savoir. En fait, on s’en fout. Mais toi, Melissa, qui as élu domicile en France – on dit encore « terre d’accueil », non ? Et ben non. Du coup, M. Smith ne va plus au Sénat, et toi tu rentres chez toi. Maintenant, c’est « Melissa retourne en Amérique ». Tu dis à la fin de ta chronique que les héros précieux, comme Jefferson Smith, ces va-t-en guerre des causes perdues, sont plus nombreux qu’on ne le croit. Mais quand même, pas assez pour que tu restes. Les causes perdues deviennent de vrais moulins à vent ces temps-ci. A quoi bon ? Loué soit celui qui a la chance d’habiter chez-soi. Mais qu’il vente ou qu’il pleuve, sur les océans rageurs de la vie, on pourra toujours encore établir la liaison, où que tu ailles. C’est un scoop, non ?

mardi 0803/ 05

Jonathan, comment tu peux considérer le fait que je retourne en Amérique « un scoop » ? ! Si j’étais Mélissa de la Rigas de Bouquetot ça serait peut-être un scoop & uniquement si je traînais dans les bons cercles ! Je suis une miette à comparer aux grands chercheurs, professeurs & entrepreneurs qui ont quitté la France pour réaliser les opportunités ailleurs. Mais je suppose que pleins de petites miettes font une baguette & qu’est-ce que la France fera quand il y a un manque de pain ? Manger du gâteau ? Pourquoi ce braindrain (fuite de cerveau) ? Pour toutes les raisons que tu as illustrées dans ton Jefferson Smith discours bien sûr & peut-être parce que la France n’a pas fait de ces types de gens une priorité niveau de l’évolution personnelle & du salaire. (Désolée, l’argent c’EST important). La France baigne dans l’ascription & les faveurs. Je ne savais réellement pas à quel point.  Je m’explique : après 20 ans de vie ici, je constate que le monde du travail ne marche absolument pas par les compétences (au moins dans mon expérience), mais par les titres & les groupes exclusifs. Il y a aussi un certain degré de promotion par lèche-cul qui m’énerve énormément. De plus, tu peux travailler comme une bête, faire un boulot génial & il n’y aura ni le salaire ni la reconnaissance ni l’évolution qui suit – bien que tu le mérites. Tous ça est réservé à ceux & celles qui sont déjà favorisés & donc qui ont déjà un train ou deux d’avance. C’est quoi la différence entre ce que les Intouchables vivent en Inde et ce que les gens de la classe ouvrière & ce que, dans une autre façon, les gens de la classe moyenne vivent en France ? Pas de différence. Tous les 3 sont condamnés à un certain lot dans la vie pour toute leur vie, sans ou avec très peu de recours. Le manque des moyens financiers impose un certain mode de vie. Pas assez d’argent veut dire une éducation compromise ainsi que la non-réalisation de projets plus évolués parce qu’on est trop occupé par la survie. Et l’on a qu’à se rappeler les chiffres que Jon nous a donnés jeudi dernier pour reconnaître la persistance des inégalités…  Et la spirale commence – soit on est aspiré dedans ou l’on bouge pour l’éviter. Après 20 ans en France, je me demande comment un pays, un pays riche en plus, peut se permettre d’éteindre la flamme dans tellement de gens ? Un cerveau est précieux, un cerveau apporte les idées. Et même si on me trouve idéaliste, c’est les cerveaux qui peuvent changer un pays, un système & éventuellement, le monde. Visiblement je ne parle pas des « salauds qui meurent heureux », comme tu dis si bien Jon. Leurs cerveaux maintiennent un système d’inégalité en bonne forme. Personnellement, je me sens trahie. Je me sens trahie par un système qui donne aux pauvres, certes, mais qui donne aussi aux magouilleurs qui l’abusent, un système qui donne toutes les chances pour réussir aux gens qui ont déjà réussi à naître & qui fait payer les gens comme toi & moi, M. Dupont & sa famille & les milliers d’autres personnes, chercheurs, professeurs, qu’importe. Je ne me sens pas uniquement comme ça parce que je suis américaine & parce que je crois profondément dans la récompense & le mérite ; je me sens comme ça en tant qu’(un) être humain. Quand tout ce qu’une personne peut faire n’est pas assez bien pour avancer & évoluer, quand une personne est forcée de suivre un certain chemin dans la vie qui n’est pas le sien, les plus osants parmi eux vont prendre la décision de partir. Et voilà notre braindrain … Au fait, miettes ou baguettes, c’est les deux qui sont importants. Liberté, égalité, fraternité, oui. Liberté à retourner chez moi ou d’aller ailleurs, l’(in)égalité & la fraternité si tu es un homme blanc, gaulois & de la même classe que moi… Je ne suis pas Jefferson Smith, malheureusement, parce que si c’était le cas, je serais, en vérité, James Stewart & donc, je serais bourrée de fric & la France trouverait bien une place pour moi. Comme dirait un bon Français ou un bon Américain ou n’importe (le) quel bon patriote, si on n’est pas content où l’on est, on a qu’à retourner chez soi. C’est ce que je ferai, avant qu’une autre porte claque devant moi, avant que je sois totalement désillusionnée par la vie ici & avant que la flamme en moi ne s’éteigne. Une chose est sûre – ça ne sera pas sans regrets…  

jeudi 1003/ 05

Que tu sois une miettes aux yeux des grands de ce monde n’empêche pas pour autant l’effet de surprise. Ce n’est plus un scoop, puisqu’ on en parle depuis une semaine, mais ne me dis pas que ça n’étonne personne. La France n’est pas le pays de l’égalité qu’elle dit – c’est vrai. Faut-il envier les EU pour autant ? Qu’est-ce que ce mérite dont tu parles, dans ce pays où t’en retourne, puisque le capitalisme des actionnaires américains ne rémunère pas l’effort mais les placements financiers ? 300 millions d’enfants exploités dans le monde. 2 milliards d’individus souffrant de malnutrition. 1000 milliards de dollars recyclés par an par les banques pour leur propre bénéfice, c’est-à-dire davantage que le PNB d’un tiers de l’humanité. Quand Bill Gates double ses revenus, ceux d’un millions d’Américains diminue de moitié. Pas plus de 3% de la population mondiale n’a d’accès à Internet. Ça, ce n’est pas un scoop : les inégalités dans le monde sont révoltantes, et je ne suis pas sûr qu’elles soient moins criantes aux EU qu’en France. Quand le revenu des riches s’accroît de plus de 60% sur les 10 années passées, celui des plus pauvres diminue de 17%. Qui a mérité un tel enrichissement ? Qui mérite de s’appauvrir ?

Les inégalités sont relatives. Au Mexique ils ont le Sous-Commandant Marcos. Aux EU il y a Michael Moore. En France on aurait aimé garder Melissa. Mais chez toi, quand le revenu des riches s’accroît de plus de 60% sur les 10 années passées, celui des plus pauvres diminue de 17%. Qui mérite un tel enrichissement ? Qui mérite de s’appauvrir ? Ils vont avoir besoin de toi. Y a-t-il un espoir de faire que Melissa change d’avis ? Allons-y à l’artillerie lourde. Tu veux aller aux Etats-Unis parce que ton sens de la Justice a été blessé ici ? Eh bien écoute : Un jour j’étais un petit micro, pas plus gros qu’une miette. Et j’ai entendu cette curieuse conversation.

Reagan – George, content de te voir.

Bush père – Salut cow-boy !

Nixon – Henry, Ronald est là.

Kissinger – Mm. Fais pas chier.

Reagan – T’es venu sans ton fils ?

Bush père – Non, il est là. Avec Jimmy.

Reagan – Jimmy ! Je l’avais même pas vu.

Kennedy – Hey Bill, on n’attendait plus que toi !

Clinton – Hi John, je suis le dernier ? Comment ça va ton mal de tête ?

Kennedy – Oh, je crois que ça passera jamais, tu sais…

Reagan – Junior. Y a un problème avec oncle Jimmy ?

Bush fils – Onc’ Ronald, viens jouer avec moi !

Reagan – Tu t’amuses pas avec Jimmy ?

Bush fils – Non, regarde ses hélicoptères, ils sont nazes. Ils font que s’écraser dans le désert.

Bush père – C’est pas grave, Junior. On demandera à Colin de t’en acheter de meilleurs.

Reagan (à l’oreille de Bush père) – Putain ce connard de Clinton est là aussi. J’ai jamais pu sacquer ce fils de pute. HEY, BILL, COMMENT VA ?

Nixon (à Kennedy) – Dis-donc, John, ça fait un bail, hein ? Mais dis-moi, t’es sûr qu’y a pas de putains  de micros?

Clinton – HEIN ?!! DES MICROS ?! Y A DES MICROS ICI ?

Kennedy – Les amis, je crois que nous sommes prêts. Messieurs, ce que veulent les EU c’est la stabilité. Et la stabilité, ça signifie la sécurité pour les classes dominantes et les grandes entreprises américaines. C’est pourquoi chez nous les entreprises touchent chaque année 170 milliards d’aide de l’Etat, somme financée par l’impôt.

Reagan – Ben ouais, les assistés sociaux ne sont jamais ceux qu’on pense ! Haha ! Bon. Nous avons aussi des plans concernant le monde.

Kennedy – Tous les pays doivent être subordonnés aux besoins de l’économie américaine. Et chaque territoire a une fonction spécifique. Comprenez bien : après la seconde guerre mondiale, nous détenions 50% des richesses mondiales. Mais nous ne représentons que 6% de la population mondiale. Donc il fallait mettre sur pied un modèle qui permette de maintenir ce déséquilibre.

Bush père – Pour ça, le libre-échange fait une théorie bien utile.

Kennedy – Oui, à condition de plier le monde à ce modèle.

Bush père – Attention ! Au sein des grandes entreprises, personne ne prend cette doctrine au sérieux ! Reagan – Nan, bien sûr. Les seuls secteurs de l’économie américaine qui tiennent le coup au niveau international sont ceux qui reçoivent des subventions de l’Etat !

Bush père – Hahaha ! En fait, ce que nous appelons ici la libre entreprise, c’est un modèle d’intervention massive de l’Etat-Providence pour les riches !

Bush fils – Euh… c’est quoi l’Etat-Providence ?

Kennedy – Bref, chez nous on fait une politique protectionniste, et ailleurs on prescrit le libre-échange de manière obligatoire. [Kissinger se cure le nez.] Le plus sérieux obstacle vient souvent des pays sensibles aux conditions de vie de leur population.

Clinton – Des pays qui veulent développer le progrès social plutôt que de favoriser les intérêts des firmes américaines.

Kennedy – Cette tendance politique n’est pas favorable aux investissements américains. Alors, quand un tel gouvernement parvient au pouvoir, il faut le déloger. Au début, on a fait appel à des spécialistes comme conseillers militaires. Par exemple Klaus Barbie. Nous nous sommes employés à livrer la Grèce, le Japon, la Colombie, etc. à des industriels qui avaient soutenu le            fascisme. Puis il a fallu renverser des gouvernements en Iran en 53. Au Guatemala en 63… 

Bush père (à son fils) – Ecoute ça fiston !

Kennedy – Au Brésil en 64. Au Chili en 73. En Indonésie en 65. Grenade en 83.

Clinton – Une fois la stabilité retrouvée…

Bush père – … nous administrons le pays à travers le FMI…

Carter – … qui impose l’ouverture de l’économie aux investisseurs étrangers…

Reagan – … et nous contrôlons la population en formant les militaires locaux à gérer la sécurité intérieure ! 

Bush père – La sécurité intérieure ! Ah la bonne blague ! Hahaha !

Nixon – Attention, tout ce travail est extrêmement coûteux ! Et il faut convaincre les Américains qu’il faut y sacrifier des investissements énormes. La meilleure solution est de susciter la crainte d’ennemis mortels. Sur le point de nous écraser. Alors on a inventé la Guerre Froide.

Bush fils – Daddy, c’est quoi la « guerre froide » ?

Bush père – Ah, fiston, la Guerre Froide, c’était le bon temps…

Reagan – Soyons clairs, personne ne croyait à une agression soviétique ! Bush père – L’exagération de la puissance de l’ennemi est le premier principe de la stratégie américaine.

Kissinger (en aparté) – Ouais, toujours exagérer, toujours…

Reagan – En fait, la Guerre Froide était plutôt un arrangement tacite entre nous et les Russkoffs –  eux, ça leur permettait de contrôler leurs satellites européens… 

Nixon – … et nous ça nous permettait de faire la guerre au Tiers-Monde ! On justifiait chaque intervention comme une mesure de défense par rapport à la menace soviétique. C’était simple : on appelait communiste tout pays qui refusait de remplir son rôle de soutien à notre économie.

Reagan – Ah ouais, même ce salaud de Carter, il n’a l’air de rien, mais au Salvador, ses Escadrons de la Mort ont massacré des milliers de personnes ! 

Carter – Non ! Euh… C’était rien, les gars, là… 

Nixon – Et ça en toute impunité ! Bravo ! – « La menace de la pomme pourrie » !!! 

Kennedy – Regardez Kissinger ! Ce mec a soutenu toutes les dictatures militaires du monde ! Les pires régimes : Pinochet, Videla, Marcos… Résultat ? Prix Nobel de la Paix en 1973. 

Nixon (à Clinton) – Tu vois, Bill, ton histoire avec Monica… Broutille ! 

Clinton – Shit ! 

Reagan – Bon. Après, les Russkoffs ont flanché. C’est pas ce qu’on avait prévu. 

Bush père – Ce Gorbatchev, quel gâcheur. Il est allé bien trop loin… 

Nixon – D’ailleurs on n’a jamais aimé les excès de démocratie. 

Bush père – Ouais, il a fallu bosser dur, inventer d’autres menaces… On a eu Khaddafi et ses terroristes. Noriega et ses narcotrafiquants… Ah, et puis Saddam… 

Reagan – Oui, c’est ça. On a inventé les Etats voyous. Le terrorisme international, tout ça. 

Bush fils (à son père) – C’est qui Saddam ? [Merci à Philippe Squarzoni, pour les dialogues, tirés de sa BD « Zapata, en temps de guerre » - disponible en librairie si vous êtes sensibles à l’injustice dans le monde comme Melissa]. Mais je crains que même avec ce dialogue elle ne se décourage pas de sa décision de nous quitter. 

mardi 1503/ 05 

Jon, Jon, Jon –  Je suis hyper consciente de l’état de la politique aux Etats-Unis & quelles injustices cette politique engendre – consciente aussi de ses conneries & mensonges & abus. Mais quelque part je fais un choix pas du tout éthique par rapport à mes standards personnels – je rentre, non parce que je me sens « mieux » chez moi, mais parce que je peux gagner là-bas – je cherche, tout simplement Jon, du FRIC & DES OPPORTUNITES… On a eu une conversation récemment où tu me disais que tu ne voulais pas de l’argent, tu cherchais de la reconnaissance. Peut-être c’est une de nos différences culturelles qui nous sépare sur ce point, car, à ce point je m’en fiche un peu que quelqu’un, spécialement quelqu’un que je ne respecte pas, me tapote sur le dos en disant, « Bon travail Melissa » – je ne nie pas qu’un tel geste me fait énormément de plaisir en circonstances d’auto-réalization (?), mais ce n’est pas mon cas donc, je répète, comme un mineur je cherche ma Californie… rien de plus, rien de moins…. L’argent pour moi donne une certaine liberté – la liberté de passer de plus en plus de son temps en faisant des choses choisies & non pas imposeés. Ou le temps appartient à nous & non pas à un employeur. Un peu plus de temps pour faire de la musique, pour faire des voyages imprévus, pour s’inscrire à un nouveau cours juste pour élargir l’esprit. Ne me donne pas les 35 heures sans le salaire qui suit le coût de la vie ! ! Quels temps de loisir ? 

Bon, je m’éloigne un peu du point que je voulais faire. Jon, je sais que je retourne au pays de Kennedy, Nixon, Carter, Reagen & du cartel de Bush. Je vais même ajouter que je retourne à un pays qui est très influencé par le discours d’un homme nommé « Rumsfeld », ancien homme instrumental(e) dans le gouvernement de Nixon, & on sait tous comment son mandat a terminé. Mal, très mal. Je vais dire aussi qu’en ce moment, comme dit ma nièce qui est plutôt à gauche dans sa pensée & qui vit à New York, « La machine est puissante & ce qui fait peur est que les gens la croient. » Elle m’a dit aussi que « Middle America (ça veut dire tout sauf NY, LA & Chicago), même les parties de la banlieue du New Jersey croyaient dans cette machine. Elle m’a dit que les médias ont tellement bourré le crâne des Américains que les gens se questionnent en pensant que s’ils nous ont dit tout ça (référence à M. Bush) autant & sans cesse, ça doit être vrai…. » Je t’ai déjà dit Peggy Ann, OUI OUI & OUI, l’Irak a absolument eu des armes de destruction massive !!!!! »

 Est-ce que c’est éthique de partir pour des raisons purement économique & capitaliste ? Je pense qu’il y a des gens partout dans le monde qui se séparent de chez eux, de leurs familles, de leurs amis, de leurs coutumes, de leurs cultures, à la conquête d’une « meilleure vie », ce qui se traduit très souvent par de l’« argent, tout simplement parce qu’il en faut. » Ils améliorent leurs vies & celle de leur famille & quand la mission est terminée ils rentrent au bled pour une vie simple & comblée… où pas…  Je sais que je ne vais pas dans un endroit qui soit digne de Jefferson Smith, Jon – mais c’est le seul endroit que je connaisse au monde où je peux trouver l’or que je cherche. Est-ce que ce rêve américain existe toujours ? Est-ce qu’on peut trouver le lait & le miel dans cette « terre promise » ?  

jeudi 1703/ 05 

Melissa, je ne peux pas laisser passer ça. Tu fais une remarque dans ta dernière chronique. Je cite : On a eu une conversation récemment où tu me disais que tu ne voulais pas de l’argent, tu cherchais de la reconnaissance. Peut-être c’est une de nos différences culturelles qui nous sépare sur ce point, car, à ce point je m’en fiche un peu que quelqu’un, spécialement quelqu’un que je ne respecte pas, me tapote sur le dos en disant, « Bon travail Melissa » Oui, c’est peut-être une de nos différences culturelles. Mais si tu veux dire que sur le Vieux Continent on aime se faire taper sur l’épaule par un patron condescendant, alors là, excuse-moi mais en France la cote de popularité d’Ernest-Antoine Seillière est inversement proportionnelle à celle du bouquin de Corinne Maier « Bonjour Paresse ». Alors qu’en Amérique, la paresse n’est pas une vertu du protestantisme puritain, grand bien fasse à M. Ernest-Antoine Seillière qui aurait sans doute meilleure audience là-bas qu’ici.  Comme je parlais avec notre ami Chili Steve, Canadien pur-jus de l’avenue de la République à Rouen, il me disait : « Ah, les gens en Europe ne sont pas très originaux. On dirait que mettre en place une idée originale qui leur permette de faire de l’argent, ça ne les intéresse pas. Quel conformisme. Tous pareils. » Je rétorque : « Toi, ton affaire marche. Alors tu vas en ouvrir une autre. Pourquoi ? Pour faire de l’argent. Ouah ! Original ! Dans ton pays, en Amérique du Nord, c’est une mentalité très répandue ça, et si on place l’originalité dans la cause de l’enrichissement, par contre ce n’est pas original du tout, de chercher à s’enrichir !  Revenons en France. Manifs. Revendications en faveur d’un réajustement des salaires. On ne peut occulter cette réalité : certains s’enrichissent, la plupart s’appauvrissent. Mais je veux voir derrière cela d’autres choses encore : quand par exemple les personnes dans une entreprise demandent de l’argent, ce n’est pas de l’argent qu’ils veulent, c’est de la reconnaissance, des conditions de travail décentes, une vie possible en-dehors du travail aussi, et un avenir. L’argent n’achète pas ces choses-là – ça compense seulement le fait de ne pas les avoir. Alors si on reproche aux gens de ne pas savoir demander autre chose que des augmentations de salaire, ce n’est pas tant qu’ils manquent d’imagination – c’est plutôt le management des entreprises qui en manque. Rendez-vous compte : pousser les gens à demander de l’argent alors qu’ils demandent fondamentalement à n’être pas traités comme de la merde ! Traiter les gens correctement, ça devrait pas coûter si cher que ça… Mais voilà, le fordisme, c’est fini, on vit un capitalisme de la délocalisation et de la préférence au moins offrant socialement. Le pire c’est que ça ne s’arrête pas si facilement : des entreprises vont dire « Bon, OK, va pour les 0,43% d’augmentation, mais vous les valez même pas ; ou vous vous fichez de votre travail, ou vous passez votre temps à demander plus de fric. » La valeur des gens s’établit-elle en argent ? Et vous, c’est quoi, votre réaction, si je vous donne 0,43% d’augmentation en vous disant que vous les valez même pas ?  

mardi 2203/ 05 

Personnellement, en réponse à ta question dans ta dernière chronique Jon, je me vois mal (à) rester avec un employeur ou intégrer (dans) une organisation qui me disait = dirait que je ne valais = vaux pas la peine (you mean : « que tu ne les vaux même pas »). Tu as raison dans ce que tu dis Jon, mais très, très malheureusement, ce que j’observe c’est que l’argent peut acheter bien n’importe quoi, n’importe où – comme des conditions de travail décentes – donc tu n’as pas besoin de travailler si tu as eu la chance d’aller aux meilleures écoles parce que Papa ou Maman connaît M. ou Mme. Untel. Il peut acheter aussi une vie possible en dehors du travail – plus d’argent, plus d’économies, plus de temps de loisir où au moins tu « peux te (le) permettre ». Il peut aussi acheter un avenir. Comme tu le sais bien Jon, je ne suis pas trop chaude pour certains systèmes & institutions dont = (sur le dos desquelles OU BIEN par la grâce desquelles ?) on vit = dont certains tirent profit indûment ? [what do you mean here ?!! are you talking about the « liberals’ » criticism of « assistanat » in « socialist countries » ?!!! Is HDR « assistée » ? Or are you talking of the injustices of too much ascription ? which then is a totally different story], mais je pense aussi qu’on vit dans un monde & peut-être dans un moment de l’histoire où l’argent fait bien « tourner le monde», et non pas juste aux E.U. … Alors, si la majorité parmi nous ne voit jamais les masses d’argent, qui sont les bénéficiaires de ces fortunes qui s’accumulent quotidiennement ? Si ce n’est pas le Français moyen ni l’Américain moyen ni le Chinois moyen ni le Russe moyen (& on peut faire le tour du monde), SACRE BLEU, C’EST QUI ????!!!! Oui, c’est une question bête – comme on dit en anglais, c’est une question demandée = posée pour s’entendre parler. On sait très bien que les pirates sont les grosses multinationales (a ??? des moins grosses nationales !) qui sont parsemées partout dans le monde… des boîtes comme IBM, Total, Volkswagen, Coca-Cola & MacDo. Une poignée de gens dirige & contrôle les économies & les gouvernements de tous, oui absolument tous, les pays qui existent ainsi que la vie des billions = milliards de gens qui s’y trouvent [à l’intérieur de ces pays]. Ils le font comment ? Vous allez me dire que je suis folle (non puisque déjà « on sait très bien que »), que ce n’est pas possible & moi je vous dis que si, c’est notre réalité du XXIe siècle, bien que tout fût mise en place longtemps avant. MONEY, MONEY, MONEY…  M. Taylor a bien mis le bal en motion = mouvement & les économistes comme Milton Friedman, conservateur par excellence, ont bien donné raison aux entreprises de faire autant d’argent qu’elles pouvaient, car la seule obligation que le management avait était bien vers les actionnaires & le but du business au fait, était de faire autant de bénéfices possible. Et ça, dit M. Friedman, était tout à fait éthiquement correct. J’ai parlé dans ma chronique du 17 janvier d’un film de Spike Lee, « Do The Right Thing », ou « Fais le bon choix », j’ai mentionné ces entreprises « éthiquement correctes » & comment pour moi ce qui était important était que ces mêmes entreprises font = fassent quelque chose qui aide notre monde, non pas [ce] qu’elles croyaient dans ce qu’elles faisaient. Je ne reprends pas ce que j’avais dit – laisse-les faire autant de bons actes = de bonnes actions qu’elles veulent – mais j’aimerais bien clarifier quelque chose.  Juste parce qu’elles donnent dans un bon sens ne pardonne pas ces entreprises de faire ce qu’elles font par-derrière exclusivement pour leurs propres poches. Un bon exemple – Coca-Cola en Inde où ça fait des années qu’une de leurs usines pollue la terre autour & donc va éventuellement dépayser (acculturer ? déraciner ?) les fermiers dans la région (qui représentent au moins 80% de la population) ainsi qu’intoxiquer tout le monde. Si on trouve les polluants dans la terre, on va les trouver aussi dans l’eau & bien sûr, dans les récoltes, donc, dans la nourriture. Coca-Cola jure que rien n’est anormal(e) & à côté, on entend parler de leurs bourses données pour l’éducation, la formation, le sport, etc. dans les pays pauvres où ils exploitent les populations locales. Dans le même genre, on a MacDo, qui jure que leurs sandwiches sont nutritionnels & eux aussi, ils ont des programmes sociaux à gogo – on entend bien parler de tout ça & on finit par croire qu’ils sont merveilleux. Et bien non. Une boisson qui pourrit tes intestins & tes dents & la bouffe qui, après n’avoir mangé que ça pendant 30 jours, te donne une crise de foie ainsi que des problèmes cardiaques, de(s) poids de plus & une vraie addiction à tous les composants chimiques dedans, tout ça ne peut pas vraiment se justifier avec l’argument des entreprises éthiques.  

A mon avis,  pour être crédible dans cette vie, il faut être entier ou l’on ne vaut pas le petit pain qu’on s’assoie dessous (sur lequel on s’assoit ???!).  Alors, on y va Jon, peut-être, je n’ai rien compris & donc, je ne suis pas assez entière comme ça – SUPERSIZE ME !!!! Mais sois certain que tu le fais = fasses éthiquement !!!

jeudi 2403/ 05

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mardi 2903/ 05

JE LE SAVAIS !!!! JE N’AURAIS JAMAIS DÛ DONNER L’ORDRE A DIRE « SUPERSIZE ME » !!! Il faut que je signale à nos auditeurs qu’ils témoignent aux choses surnaturelles, des choses qui ne se passent à aucune autre radio. HDR est très spécial… (Le) mardi dernier, je suis apparue sur les ondes en téléportant cérébralement ma chronique dans la tête de Jonathan. Quant à lui, il a eu l’envie urgente & soudaine d’appeler HDR & réciter cette dite chronique, ce qu’il a fait. En prononçant les mots, « Supersize me » à la fin, je me doutais de la suite. Laissez-moi expliquer… La semaine dernière était une semaine normale, à part mon tour de magie mardi. C’est normal donc, quand j’ai mis ma radio jeudi dernier sur « Matinorama », j’ai attendu avec l’impatience le vrai Jonathan, avec une réponse aiguisée & humoristique pour cette Liaison de mardi. 8 :45 & Manny, Toufik, moi & tout Rouen attendions le coup de fil du vrai Jonathan. 8 :48, 8 :55D cet appel n’est jamais venu. C’est là que j’ai tout compris – Jonathan avait été kidnappé, depuis mardi dernier par les BIG (très big) MACs ! ! ! Ils l’ont amené au Tibet où un nouveau MacDo va s’implanter. Ils lui ont appris comment fabriquer les McNuggets végétariens & lui ont rempli la tête avec les valeurs & éthiques de toutes les grandes & nobles entreprises. Et ça, sous les ordres de Ronald MacDonald & Bush Skywalker. Ils ont fait un vote & même les ROYAL CHEESEs étaient d’accord que Jon devienne leur porte-parole. Mmmmmm… Bizarre… Ce n’est pas du tout comme (dans le genre de) Jon… Alors, il paraît que Jon a commencé sa croisade en faveur des business éthiques (= en faveur d’une moralisation du capitalisme ? l’éthique en affaires ? l’éthique dans les grandes multinationales) & la dernière fois qu’on l’a vu avant ma visite chez lui jeudi dernier à 10h, il était à la gare de Rouen, avec un air(e) très très fatigué… Il ne m’a rien dit ce jour-là & apparemment, il se souvient de rien. On m’a dit que les BIG MACs ont mis quelque chose dans son milk-shake fraise pour qu’il oublie tout SAUF qu’il était bien leur porte-parole. Je ne peux pas vous donner plus d ‘information ni la vérité chers auditeurs, il faut qu’on attende tous jeudi matin, quant à 8 :45, le vrai Jonathan va nous tenir au courant … 

Quant à vous, ne vous inquiétez pas pour les BIG MACs j’ai prévenu un mur de(s) jeunes ados autour de son appartement ainsi qu’une patrouille de French frites au cas où !!

 

jeudi 3103/ 05 

Allô, habitants de Rouen et alentours ! La liaison est rétablie et je vous appelle du Tibet d’où je prends de la hauteur… HDR est sur les Hauts-de-Rouen – et moi je suis sur les hauts du monde. La perspective est très différente vue d’ici. Je mange un hamburger à la viande de yak et mon milk-shake a un goût de lait caillé, ce qui est normal étant donné les efforts consentis par MacDo pour s’adapter aux cultures locales. En fait on a détruit le temple sur la place centrale de Lhassa et on l’a remplacé par un MacDo flambant neuf, rutilant de tous les atours de la modernité dernier cri. De toute façon, le dalaï lama – vous savez, ce grand VRP du bouddhisme –  est toujours en vadrouille, plus commis voyageur que réfugié politique sans patrie fixe. Ici, les chicken nuggets sont en fait des oisillons d’aigle et à la place des frites il y a des feuilles de bambou grillées. Vous le savez tout autant que moi, MacDo n’est pas plus impérialiste que le gouvernement de Pékin. Melissa qui retourne au pays n’y va que pour se ressourcer aux origines de la mondialisation authentique. Le messianisme soft de Ronald MacDonald nous fait tous disciple de cœur et de bon gré d’une incarnation inoffensive de la culture devenue enfin mondiale. Tes propres fils, Melissa, s’adonnent au culte de Ronald, avoue !!! Et ils ont raison, parce que le hamburger adoucit les mœurs, alors que le gouvernement de la Chine fait marcher les Tibétains à la baguette. Euh, aux baguettes. 50 ans de succès mondial à séduire les masses valent mieux que 3 500 ans d’histoire de guerre, de domination et de contrôle social. La culture en Chine n’est qu’une vaste entreprise de contrôle, ce qui n’est pas le cas chez MacDo, qui défend les valeurs de respect de la personne humaine, du yak et de la frite. Si les pubs nous racontent des salades, c’est que ces salades sont récoltées dans les terres même du pays où on les mange. Il y a trop de complices à la cause de MacDo pour la déclarer impropre à la digestion. Les douceurs qui flattent notre transit, même assorties d’un anti-vomitif de principe, libèrent notre cerveau, le rendent disponible pour des activités plus saines, comme regarder TF1 par exemple. Au Tibet, y’ a pas TF1, OK, mais MacDo rend les gens là-bas juste un peu moins bouddhistes, juste un peu plus mous du bide. Enfin, ceux qui peuvent se payer un menu BigMac bien sûr. C’est-à-dire ceux qui décident dans le pays, en l’absence de la 143ème incarnation du bouddha-siddharta. Je vous assure, le monde est plus serein vu d’ici, une paille à la bouche pour aspirer le coca dans un gobelet king size… (Rhhhhh-chchchch-ah !). Au fait, Melissa, c’est pas de la fraise qu’ils mettent dans leurs milk-shakes. C’est des arbouses. Aaaaaaaaaarbouses field for ever.  

mardi 0404/ 05 

Ar-Booz-zi, ce n’est pas un rappeur connu de Taiwan ? En tout cas Jon, ici à Rouen, pendant que tu es comme cul & chemise avec le Dalai Lama & les locaux, au nom des entreprises éthiques bien sûr, ce week-end le Pape, oui, je parle de l’homme qui peut être classé comme le plus éthique du monde, mettait en scène le « show » de battre tous les « shows » – sa mort.  Couvert par toutes les chaînes de télé, pendant TOUT le week-end, on a suivi sa vie, ses exploits, ses voyages, ses croyances, ses luttes. On a été bien instruit des rites pour élire un nouveau pape. On a fait venir les cardinaux (10, 11, 12 ils sont tous rouges !) des 4 coins du monde, ils vont être séquestrés dans une pièce au Vatican pendant des jours, jusqu’au consensus & quand on voit la fumée blanche, c’est bon, on aura un nouveau leader. Est-ce que les médias prennent autant de soins à expliquer le processus pour élire le président de la république ou un sénateur ou un député ? Je lance le défi pour Madame ou Monsieur N’importe qui… Ce qui compte au fait est de faire de l’audimat & je n’exagère pas quand je dis que JP2 avait la cote. Quelques citations cueillies de nos amis sur France 2 & FR3 : On a dit qu’il semait « les valeurs morales & spirituelles »Qu’il était aussi « le Pellerin de Dieu » (& ça par les scouts de France)Qu’il était « un père & un repère pour toute une génération » & que les jeunes qui faisaient partie du mouvement catholique étaient « la génération motrice de l’église ».Mais le meilleur Jon, le meilleur est venu de France 2 & je cite, « Jean Paul II devient une véritable star ». 

C’EST PAS BROADWAY ÇA JON ?????

 Cet homme, dont je ne mets absolument pas en cause les bonnes intentions, messages sincères & actes nobles, était si populaire qu’il aurait pu gagner dans une élection pour président du monde. Il était donc aussi un homme très puissant.  Populaire & puissant, mais paradoxal(e). Comme des M & Ms, l’extérieur vif & attirant enrobait un intérieur plutôt conservateur & traditionnel – le chocolat au lait reste (c’est encore du) du chocolat au lait.  Ce que j’aimerais bien savoir c’est que si cet homme à qui l’on a consacré un spectacle à rendre Johnny jaloux est si puissant & populaire, pourquoi pas plus de monde, les jeunes en particulier, ne suit (pas) sa vision & son message moral ? Dans un monde où l’on n’arrête pas de parler & de vivre la globalisation, est-ce que l’église est rien d’autre que le plus grande multinationale, bien sûr éthique ! du monde ? 

jeudi 0704/ 05 

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaarbouses field for ever ! Je ne chante pas de rap taïwanais mais des prières tibétaines… pour le repos de ce Pape dont tu parles, Melissa. La popularité est chose bien curieuse dans le monde où nous vivons. On va voir ça dans un instant. Mais là, tu poses des questions, et tu devrais te réjouir de la réponse. Comme un bel emballage, tu dis que la Pape donnait une bonne impression, vu de l’extérieur, alors qu’il était à l’intérieur plutôt conservateur. Rigide pour son Eglise, ouvert sur le dialogue avec les autres religions. Un peu comme le Chirac des Français, plus progressiste à l’extérieur qu’à l’intérieur ; c’est un trait chez certains hommes de pouvoir. Après tu dis : comment un homme aussi populaire, chef de l’une des plus grandes multinationales « éthiques » n’est-il pas suivi par plus de monde ?! Eh bien, s’il est rigide à l’intérieur, et qu’ils ne le suivent pas trop, autant s’en féliciter ! Que les gens aient besoin d’un « père et de repères », comme tu le rappelles, c’est une chose ; qu’il le suivent dans le moindre de ses décrets, c’en est une autre. Il faut bien un cadre et des règles, qui s’appliquent ensuite selon l’intime conviction de chacun. Moi-même je ne suis pas catholique, mais il faut reconnaître que, dans l’héritage de la culture latine, la règle ici reste extérieure, alors que dans les cultures anglo-saxonnes, disons protestantes, la règle est intériorisée – ce pourquoi il n’y a pas vraiment de pape protestant. L’avantage d’une règle qui reste extérieure, c’est que le croyant s’y réfère comme il le ferait avec un repère – une fois posée, la règle se prend ou se laisse, elle devient l’objet de transactions et d’arrangements divers. Pour s’imposer, soit, il faut parfois passer par la force, mais franchement, les catholiques sont passés à d’autres pratiques depuis le temps de l’Inquisition ; alors que pour les protestants, la règle énoncée est déjà intériorisée. Elle ne fait pas l’objet d’une interrogation puisqu’elle paraît au croyant dans sa valeur la plus absolue. Les catholiques ont un pape, les protestants ont parfois besoins de sous-pape… de sécurité bien sûr (ou alors, ils se recueillent sur la tombe du pape, comme G. Bush et sa famille). Bon, je force le trait à dessein. Pour en revenir enfin au phénomène de popularité évoqué au début, en fait c’est un trait de la mondialisation : les idées ne circulent jamais aussi bien que l’émotion et on dirait qu’on cherche les occasions de se recueillir en se donnant l’impression qu’on partage des valeurs communes. Cela relève plus de l’illusion qu’autre chose, mais l’émotion est bien réelle. Souvent ça cache le vide des idées et dans les trémolos de l’émotion on a vite fait d’oublier que la glue qui nous fait vivre ensemble manque justement de tenue. On l’a vu avec le Tsunami, on le verra avec d’autres choses encore, et que le Pape soit proclamé star des médias, rien de franchement étonnant. C’est le sort des grands de ce monde. Même Lady Di y a eu droit en son temps – et question moralité, pardon, mais la charité vue par une princesse n’est pas ce qui nous aura élevé le plus. Ni en business, ni en spiritualité, la popularité n’est une bonne mesure de la valeur. Car le jour où mon dalaï-lama mourra, qu’il soit proclamé le temps d’un week-end star des médias n’enlèvera rien à la dignité de ses choix. Allez, trêve de mauvaise foi, encore une arbouse, Melissa ?  

mardi 1204/ 05 

J’adore les arbouses Jon, spécialement quand je peux les déguster en Chine même – fraîches & avec un goût décidément supérieur à celles qui viennent en boîte & qu’on achète chez les frères Tang… J’adore aussi la Chine – sa philosophie, son histoire, ses penseurs, éducateurs & philosophes, son art, ses films, sa bouffe, son peuple. Par contre, je n’adore absolument pas de voir un peuple si plein de bonne volonté, de talent & de curiosité si contenu d’esprit (= contraint, réprimé). Contraint par un gouvernement, avec un extérieur embelli, comme le Pape, qui brille avec sa nouvelle couche de pseudo capitalisme. Le rouge métallique cache un intérieur qui adhère à une ligne dure & des fois contradictoire. Le Pape était strictement contre les abus (la violation) des droits humains (= droits de l’homme), mais a conféré le plus haut honneur de l’Eglise au général Pinochet, avec sa bénédiction ! « L’église catholique souffre d’un problème de démocratie », dit l’éditeur (= le chroniqueur ?) de Golias, une revue fondée par les catholiques qui surveillent l’Eglise de très près. Elle n’est pas la seule. Le gouvernement chinois récompense les gens – les jeunes, les entrepreneurs, les instruits, les malins – qui enrichissent le pays par leurs nouvelles compétences (apprises quelque part dans l’occident) dans le flux de la liberté économique mais exécute les gens qui essaient d’enrichir le pays avec le pouvoir de la liberté de (la) pensée & leur différence. Il séduit (incite les pays à investir…) les pays étrangers pour qu’ils investissent & ces pays se tuent pour être le premier à arriver bien qu’ils aient tous des politiques contre la violation des droits de l’homme. Il y a 56 minorités ethniques en Chine & malgré ça, on n’en entend pas beaucoup parler en occident. [Well, there are 95% of Han people still… ] Quant à la télé chinoise, j’ai vu quelques émissions où on montrait leurs danses – plutôt présentées comme quelque chose de tribale & sauvage, un peu comme les Européens ont présenté les Amérindiens au XVIIIe siècle. Et les Tibétains – quels Tibétains ? Est-ce qu’il en reste Jon ? Ce n’est pas un peu comme la Cisjordanie là-bas Jon ? Et Taiwan ? Oh la joie de vivre dans un pays avec les missiles dirigés sur ta maison ! On n’appelle pas ça un fratricide quand on se tue entre frères ? Tous les Français ne sont pas pareils – pourquoi les Chinois le seraient-ils ? Effectivement, ça ne devrait pas être facile de gouverner 1 milliard 300 millions de gens & même si nos manières de penser occidentales trouvent certains moyens moins que démocratiques, ceci n’est pas le réel problème. Différentes cultures exigent des approches forcément différentes par rapport à la politique & l’économie, parmi d’autres choses. Étouffer l’esprit d’un peuple, ignorer leurs différences, effacer leur passé & leurs traditions & manipuler les gens pour sa propre fin machiavélique est non seulement pas humain & criminel, ce n’est pas du tout catholique. Je ne pense pas que le grand maître Confucius aurait approuvé des méthodes du gouvernement chinois ni pendant l’époque du Présient Mao ni de nos jours. Comme il nous dit dans le 31e chapitre de « Maximes & Pensées », « Il n’y a dans l’univers que l’homme souverainement saint qui, par la faculté de connaître à fond & de comprendre parfaitement les lois primitives des êtres vivants, soit digne de posséder l’autorité souveraine & de commander aux hommes ; qui, par sa faculté d’avoir une âme grande, magnanime, affable & douce, soit capable de posséder le pouvoir de répandre les bienfaits avec profusion ; qui, par sa faculté d’avoir une âme élevée, ferme, imperturbable & constante, soit capable de faire régner la justice & l’équité ; qui, par sa faculté d’être toujours honnête, simple, grave, droit & juste, soit capable de s’attirer le respect & la vénération ; qui, par sa faculté d’être revêtu des ornements de l’esprit, & des talents que procure une étude assidue, & de ces lumières que donne une exacte investigation des choses les plus cachées, des principes les plus subtils, soit capable de discerner avec exactitude le vrai du faux, le bien du mal. » (Confucius. Maximes et Pensées. Éditions du Rocher, 2003. Pp. 100-101.) Zai jian & à la semaine prochaine…  

jeudi 1404/ 05 

Franchement, Melissa, tu crois qu’il y a incompatibilité entre la philosophie du parti Communiste en Chine et Confucius ? Le Parti est l’alibi moderne, dépoussiéré, de la vieille pensée confucéenne. Ç’a beau être une belle escroquerie, une duperie à l’échelle de plus d’un milliards de camarades, il n’empêche qu’il n’y a rien de plus faux qu’une radicale nouveauté de la pensée communiste en Chine. Disons que le Parti s’appuie sur la tradition confucéenne, qui imprègne la Chine depuis si longtemps, pour la tirer à son avantage, comme jadis une Eglise usurpatrice tirait certains écrits de la Bible à son avantage pour régner dans la politique des hommes aussi bien que sur les âmes. Dans une perspective purement chinoise, le Parti peut très bien se targuer – je cite Confucius – « d’être digne de posséder l’autorité souveraine et de commander aux hommes ». L’entrée de la Chine dans l’OMC répond au devoir du Parti de « répandre les bienfaits à profusion » et l’égalité communiste de principe est ce sens de justice et d’équité dont parle Confucius lui-même. Enfin, et c’est peut-être là l’argument le plus dur pour la démocratie plurielle que tu défends, Melissa, mais il faut pour Confucius une instance à la fois éclairée et absolue qui fasse autorité afin de – je cite encore – « discerner avec exactitude le vrai du faux, le bien du mal ». Le Parti ne se prive pas d’être cette instance-là. Je ne connais pas assez bien Confucius pour dire si sa pensée plaiderait plus pour la démocratie moderne que tu souhaites en faveur de la Chine, mais ce qui est sûr c’est que le Parti profite naturellement d’une pratique plurimillénaire du pouvoir centralisé et omnipotent, sous la forme impériale qu’on lui a connue et qu’un usage par les puissants de Confucius a rendu légitime. Historiquement en effet, le confucianisme devint un modèle à prétention universelle, où le rôle de l’empereur était fondamental dans la préservation de l’équilibre du monde. Si le Parti communiste officiellement discrédite le confucianisme en l’associant à une doctrine féodale et réactionnaire, en fait nombre de dirigeants l’ont révéré (comme Mao) et le révèrent aujourd’hui – en privé, ou parfois plus ouvertement, en en incarnent les vertus. Aussi bien qu’il existe une sorte d’occidentalisation du monde, il peut bien aussi exister une asianisation. En fait, l’universalité des droits de l’homme est plus une lubie, et les défenseurs de la liberté démocratique, Amérique en tête, ont montré ce qu’ils voulaient dire par-là en punissant Saddam Hussein pour occuper son pays d’un côté mais en ignorant le drame tchétchène de l’autre. Les zones d’influences se dessinent. Le Moyen-Orient fait office de chasse gardée de l’Amérique, une certaine partie de l’Afrique pour la France, les pays de l’ex-URSS pour la Russie – alors tu parles, le Tibet !!! Tout comme l’empereur jadis, la Parti est le garant des équilibres du monde ; et croyez-moi, cela ne dérange pas les occidentaux, au contraire. Les droits de l’homme c’est de la com’, c’est de la pub, c’est une image que se donne l’occident, mais dans le fond on préfère une Chine autoritaire où règne l’ordre. On ne veut pas d’un Gorbatchev chinois. La vérité c’est que jamais les occidentaux n’ont voulu que l’URSS ne s’effondre ; il s’agissait seulement d’affaiblir l’ennemi, pas de créer un tel désordre international… Et puis vu la gueule de la démocratie russe… je comprends pas pourquoi on parle encore de victoire du libéralisme. Encore de la com’, encore de la pub. On va donc s’accommoder très bien de ce que le Parti aujourd’hui fasse payer le prix à son peuple d’une modernisation partiale et doctrinaire. On leur envie même leur audace, et leur taux de croissance. [Aussi bien qu’il existe une sorte d’occidentalisation du monde, il peut bien aussi exister une asianisation.] Alors, on finira peut-être même par prendre modèle sur eux plutôt, non ? Allez, on n’aura plus à se plaindra des délocalisations, du coup !  

mardi 1904/ 05 

Bonjours chers auditeurs – je voudrais digresser aujourd’hui sur 2 points que Jon a fait dans sa dernière chronique le 14 avril.  Le premier concerne le lien entre le communisme & le confucianisme, et je cite Jon, « l’entrée de la Chine dans l’OMC répond au devoir du Parti de ‘‘répandre les bienfaits à profusion’’ et l’égalité communiste de principe est ce sens de justice et d’équité dont parle Confucius lui-même. » Fin de citation. Parlons 2 minutes du sens de l’équité & de la justice dont parle Confucius – je veux juste éclaircir quelque chose Jon. Selon Joseph Chan, dans son article intitulé, « Making Sense of Confucian Justice » (Comment comprendre la justice confucéenne), [il constate que] la justice confucéenne est basée primordialement sur l’idée de « gong », ou impartialité.  Elle tient que le gouvernement a une responsabilité de promouvoir les conditions nécessaires pour la bonne vie. La bonne vie des gens est définie par rapport au degré qu’ils atteignent de développement de leurs vertus & à quel point ils s’engagent dans les relations humaines profondes. Le gouvernement, donc, doit créer ces conditions d’une manière impartiale pour tout le monde pour que chaque personne puisse mener une bonne vie. Une société juste donc a les 3 caractéristiques suivantes : 1)       Le garantie par l’Etat (d’assurer) que chaque citoyen ait un niveau de biens suffisant pour mener une bonne vie. 1e priorité est donnée aux pauvres & les gens qui en ont le plus besoin.2)      L’éducation universelle 3)      Une méritocratie – les positions sociales sont distribuées &, donc, les récompenses différentielles sont justifiées sur la base du mérite individuel. – C’est ce mérite individuel qu’on ne trouve surtout pas dans le système d’égalité communiste… Chan affirme que la justice confucéenne ne cherche pas à égaliser les chances de la vie. Elle ne voit pas les inégalités naturelles (comme les dons ou talents par exemple) comme quelque chose d’injuste. Chan souligne que la justice confucéenne cherche à promouvoir la suffisance pour tout & non pas l’égalité entre individus. Pour conclure, Jon a fait des allusions aux délocalisations en Chine la semaine dernière, & ça me conduit à mon deuxième point – JON, REVEILLE TOI & SENT LE CAFÉ ! ! ! On n’a plus besoin d’aller si loin que la Chine quand on a tout ce qu’il nous faut dans notre propre jardin – l’Europe de l’Est ! ! Et ça tombe bien car pendant qu’on attend que l’Europe s’unifie, pourquoi ne pas utiliser les ressources qu’on a ? Tiens, on peut même faire une sorte de « Doctrine Monroe » – accepterez-vous la Doctrine Blair ou Chirac ? – qui stipule que tout ce qui se passe dans l’Europe de l’Est est intrinsèquement l’affaire de l’Europe de l’Ouest ? AY AY AY ! ! ! Je le vois maintenant – l’Europe étale ses frontières… Comme tu dis pour la Chine & l’ex-Urss Jon, est-ce qu’on veut vraiment que les économies Tchèques, Roumaines, Hongroise, etc. rivalisent avec celles de la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Grande Bretagne, etc. ? Est-ce qu’on veut, comme M. Chirac a dit à propos de la France l’autre soir sur TF1, que ces pays de l’Europe de l’Est deviennent des « piliers » économiques ? Est-ce que c’est dans SON intérêt ou dans le leur que l’Europe de l’Ouest aide ses confrères de l’Est à se développer ?  

jeudi 2104/ 05 

Vous avez remarqué cette pub, qui représente un gars avec une sorte de tête de dinosaure ? Ça  m’interpelle, étant donné que des amis français à moi m’appellent « le dinosaure ». Même des étudiants chinois, quand j’étais à JinHua, m’ont appelé « l’archéologue ». C’est dire. C’est peut-être parce que je comprends pas le mot « paléontologue » en chinois, alors « archéologue » ça simplifie.  Ben oui, si j’étais vraiment à la page, hein, je répondrai tout de suite à Melissa, non ? Pourquoi attendre le jeudi quand elle fait sa chronique le mardi, je vous le demande ?! Bon, c’est sûr, ça s’appelle pas « du tac-au-tac », notre chronique, hein, mais plutôt « c’est quoi le lien, là, je le vois pas, il est où le rapport à la choucroute j’ai pas compris ». Ben oui nous aussi on simplifie. Ç’aurait pu s’appeler « choucroute » même. Mais non. Ça s’appelle « liaison ».  « Eh, réveille-toi, qu’elle me dit la Melissa, et ramène le café ! » Dans un vague souvenir elle me parle de délocalisations et de doctrine Monroe à l’européenne ; je ne reprends pas la balle au bond – ça fait trois jours que ça rebondit alors bon pour la répartie on repassera, hein ?! Juste une remarque – mais là c’est entre nous deux, Melissa et moi, je crois qu’il s’agit plus de Plan Marshall à l’européenne que de doctrine Monroe, puisque notre impôt à l’Ouest va venir financer les économies à l’Est. Mais bon, j’emploie des mots, comme ça, je les comprends qu’à moitié. Heureusement qu’en saupoudrant de « Monroe », de « Doctrine » et de « Marshall Plan » par-ci par-là on se donne l’illusion de pouvoir expliquer… Ah cette Amérique, sans un peu de son vocabulaire et on est sans moyen pour comprendre l’Europe. Allez, je reviens à la pub dont je parlais au début. Vous l’avez remarquée ? Le dinosaure, c’est moi. Ils m’ont pris en photo pour que je me sente concerné par leur slogan débile et alors on voit ma tête sur tous les arrêts de bus de Rouen. Le slogan : « l’ère du ‘‘je suis en-dehors de mon bureau alors je suis en-dehors du coup’’ est révolue ». En fait, qu’est-ce que ça veut dire, là, ce slogan ?! Eh ben que partout où tu vas, c’est ton bureau. T’es à la gare dans une salle d’attente, eh ben t’es au bureau. T’es au resto avec ta copine, eh ben t’es encore au bureau. T’attends le bus et tu vois ta tête sur la pub – eh ben t’es encore au bureau. Tu n’y échapperas pas mon petit gars. Il n’y a plus d’excuse… T’es au lit, panne de réveil – eh ben t’étais encore au bureau que tu le savais même pas !!! Cette pub fait, insidieusement, la nique aux 35 heures.  Et puis pour finir, une bonne nouvelle, quand même, puisque le Matinorama en est si friand – évidemment, ce qui est rare est cher. Qui c’est tous ces nazes qui nous écoutent, là, à cette heure où je dis ma chronique ?! Quoi, vous êtes pas au bureau ?! Eh ben il y a quelque temps, avant cette pub, je vous aurais dit que vous êtes tous en-dehors du coup ! Meuh non, c’est fini tout ça maintenant ! Vous y êtes pas que vous y êtes quand même. Vous auriez peut-être aimé ne pas y être. Ben tant pis. Et pour se venger, avouez qu’il y a bien un avantage à voir le bureau partout – puisqu’il devient facile de retourner la situation pour voir le farniente s’installer au bureau et de faire de dimanche le nom de tous les jours. Ou encore, c’est comme rendre possible la semaine des quatre jeudis. Vous savez, celle où vous m’entendriez quatre fois par semaine ! [Belle avance sur toi, Melissa, hein ?] Je vous avais dit qu’il y aurait une bonne nouvelle.   

mardi 2604/ 05 

Dans sa dernière chronique, Jonathan fait référence à l’idée de rendre possible la semaine des 4 jeudis & comme ça, nous l’entendrions 4 fois par semaine & puis, « il aurait une belle avance sur moi » (except that I didn’t say it). Eh ben non Jon, pas si on rend possible la semaine des 5 mardis ! ! On était jeudi après-midi & je n’avais toujours pas vu cette pub dont Jon (tu) parle(s) – une pub apparemment reflétant le profil de mon cher co-chroniqueur. Qu’est-ce qu’il y a à être au boulot tout le temps ? ? ? Où est le problème de se réveiller, manger, boire, respirer le travail ? ? ? N’est-ce pas en travaillant dur qu’on avance ? N’existe-t-il pas un esprit ou une éthique « Huguenots » en France ? OK, donc, je n’ai pas vu la pub, mais j’ai vu quand même d’autres pubs, et dans la presse écrite et dans la rue et sur la télé, qui me concerne plus qu’un peu. Dites-moi que je suis pudique, contradictoire ou trop américaine, mais franchement Jon, le dinosaure te prend la tête mais le surcharge des filles, femmes & maintenant mecs quasi-nus, tout ça ne te fait-il aucun effet ? ? ? Je suis désolée, mais oublions la pudeur pour un instant, parlons donc (you’ve got a serious problem with the imperative… I know, can you give me the rule ? ? FIRST PERSON PLURAL => THE VERB + « -ONS » WITHOUT THE SUBJECT : LET’S GO = ALLONS/ LET’S WALK = MARCHONS/ LET’S RAISE THE FLAG = LEVONS L’ETANDARD/ ENFANTS DE LA PATRIIIIIIE) de la pornographie & de la provocation grave. Eh oui, je vais prêcher sur les pubs de la procréation (don’t you mean FORNICATION in fact?)… On est bombardé – partout – par les corps nus & les insinuations sexuelles. Si, comme dit Jon, partout où l’on va c’est notre bureau, ben moi je dis que partout où l’on va, on bande. (Not you I suppose – no, it makes me feel uncomfortable & it exasperates me) On nous donne l’accord (= on nous impose ?) de ne pas manger pour qu’on puisse ressembler aux échappés d’Auschwitz avec des seins énormes, un cul parfait & bien bombé & une bouche pulpeuse en plus ! ! Faut le faire… On nous donne l’accord (= on nous impose ?) de ne pas être satisfait ni avec nous-mêmes, ni avec nos partenaires. Je parle purement physique là – en tout cas, c’est tout ce qui compte, n’est-ce pas ? Après tout, on ne baise pas le cerveau. Une preuve de cela est qu’on a même des pubs avec des seins, un cul, mais PAS DE TÊTE ! ! ! Comme ça, on peut imaginer qui l’on veut – même la tête de ton dinosaure Jon ! ! Ou les pubs sur la télé où une fille mange un yaourt ou une glace & quand elle met la cuillère dans sa bouche, elle fait comme si elle taillait une pipe ! ! Et l’on ne devrait pas avoir conscience de ce qui se passe là ? ? ! ! Comme si de rien n’était ? Comme si c’était des images de vaches normandes sur une colline quelque part – peut-être au Tibet… Quand, en regardant la télé avec mon fils de 12 ans, il me fait des réflexions comme, « C’est n’importe quoi Maman. Une femme nue pour vendre ça ? ? ». Le « ça » étant quelque chose qui n’avait bien sur rien à voir avec le corps d’une femme. Ce message qu’on est en train de donner à nos jeunes n’est pas trop sain non plus. Mais pourquoi pas ? On dit même maintenant qu’il faut que le nouveau Pape, Ben XVI, « séduise & plaise ». Les véritables paroles d’un journaliste sur FR3 !  C’est tellement « normal » qu’on banalise le corps, le sexe & l’intimité en général que les conséquences pourraient être que les gens ne bandent PLUS ! ! OH MY GOD ! ! Si ça se passe, il y aura plus d’enfants & donc la pub de la procréation (what do you mean here ? I mean the advertising of procreation, ads inciting us to be sexual so have sex & when you have sex, babies are sometimes the results ! ! BUT THAT’S FORNICATION, NOT PROCREATION) aurait eu un effet à l’envers. Mais, s’il n’y avait plus d’enfants, on pourrait se consacrer complètement au boulot, eh oui, au bureau. Dis-moi Jon, ça existe une pub intelligente ? Et est-ce que Aubade (they make women’s lingerie) fait des caleçons papaux ? ? ? (Oh! He’s a sign of intelligence now? Great, the combination of the perfect body with the perfect mind… That’s funny!!!)  

jeudi 2804/ 05 

My answer will evolve around the ideas that:

-          ads do not provoke the end of hard-ons – they are a symptom that they don’t exist anymore (I’ll call it “false sensuality” or “forced” or “overdone”)

-          ads are a reflection of the exploitation of the mind – through the body (a theory exists, developed by sociologist Lucien Sfez, called “the ideology of the perfect body”, of which ads are a vehicle) – so one that reads exactly what they say (but it’s implicit, as always, as Roland Barthes would agree with) should be warned enough – like someone who had read “Mein Kampf” knew what to expect from gentleman Hitler…

-          I’ll have to handle your attack somehow too, that though the sexual messages are worth our attention here, they do not spare us the destructive insidiousness in other domains of life 

La sensualité exacerbée des pubs en France aura choqué plus d’un puritain. Même Melissa est choquée, apprend-on dans sa chronique de mardi dernier. C’est p’t-êt’ ben qu’y a un blème. Comment ne pas être d’accord, ici, que l’exploitation de la représentation du corps féminin s’est trouvé renforcée ces dix années passées avec la bonne excuse qu’on en fait autant avec la représentation du corps de l’homme ? Plus une marque est luxueuse, et plus la fille est jeune, le corps lisse et les formes à peine naissantes. Un air de scandale, de provoc – mais, Melissa ! c’est fait exprès pour te faire râler !!! tu vois pas que c’est de l’humour ?! et puis, bon, y’a pas de mal à se rincer l’œil tout de même ?! Voilà ce que pas mal de gens répondent à Melissa quand elle leur exprime son agacement. Mais elle se trompe sur deux points :

-          d’abord, ces pubs ne font bander personne ; je crois encore moins qu’elles sont responsables de la fin de l’érotisme dans notre société. Au contraire, je crois plutôt qu’elles en offrent le triste portrait  A CONTRARIO (donc), je veux dire par-là qu’elles donnent le spectacle d’une sensualité que les gens n’ont pas, et n’auront jamais – ou pour le moins, s’ils l’ont, ils la gardent pour eux-mêmes parce qu’il n’y a rien de plus privé que cette sensualité-là. Et c’est pour ça que ça te gêne, toi, Melissa. C’est une mise en scène, c’est faux, et les gens n’en sont pas si dupes que ça. Les belles filles de la pub ne sont pas réelles, elles sont la projection des canons fixés par notre société, comme Lara Croft dans les jeux virtuels, on dirait maintenant qu’elles sont la matérialisation du « fantasme » de l’homme moyen. Bref, elles sont une moyenne statistique qui a de la gueule ;

-          j’irai plus loin encore en disant que les pubs, en général, sont le véhicule et l’expression d’un certain contrôle, ou rêve de contrôle, des puissants sur l’esprit des gens. Il y a même une théorie, développée par un certain sociologue et philosophe, du nom de Lucien Sfez, qui tend à démontrer que ce contrôle s’exerce par le corps sur les individus. Il appelle sa théorie « l’idéologie du corps parfait » et explique que, contrairement aux modes de contrôle passés, ce n’est pas l’esprit qui est visé, mais le corps directement. En tenant le corps, on tient l’esprit. Avant, on passait par le corps pour atteindre l’esprit, par de vieilles méthodes de discipline corporelle par exemple, mais il n’y a plus besoin de cela à présent. Prôner le plaisir et l’émotion suffira. La conscience de soi passe en effet d’abord par le corps, et les pubs sont un relais du dispositif, mais il y a mille autres phénomènes qui vont dans ce sens, comme par exemple les régimes amincissants, la frénésie du sport, la marche, la honte de l’obésité, les clubs de gym, l’aérobic, les produits de beauté, le shampooing deux-en-un, mon « capital santé », le mythe de « la misère sexuelle », les romans pornos, la diététique, la chirurgie esthétique, la peur du vieillissement, le bronzing, le lifting, la liposuccion, la cryogénie, les cures thermales, l’eau minérale, l’air frais, l’iode, le yaourt bulgare, le choix de la couleur des yeux de mon bébé à naître, etc. etc. etc. Beaucoup de pubs vont dans ce sens, en effet ; ça ne les empêche pas non plus d’être dégradantes pour la femme au passage [et au repassage, excusez-moi]. Et les hommes qui, ne disant mot, consentent, sont aussi victimes et complices d’un système qui les utilise tout autant. Mais à qui sait lire entre les lignes, tout est dit. Une pub qui montre la jeunesse d’un corps parfait raconte notre peur de la mort et notre crainte même de ce qui échappe au contrôle. Dans le fond, le ressort de la pub, puisqu’il est manipulatoire, ne peut qu’éveiller notre soupçon. Bien sûr, qui ne manipule pas qui dans la vie de tous les jours ? Le problème de la pub est son formidable pouvoir, ses moyens colossaux, en face desquels les individus sont bien peu de chose. Mais bon. Il en va de son intérêt de dire qu’elle est efficace, sinon elle ne prospérerait pas comme elle le fait – et un gigantesque marché, trop juteux pour disparaître, perdrait sa raison d’être. La pub, pour commencer avant toute chose, se glorifie elle-même. Alors, n’exagérons rien de sa puissance. Enfin, et pour en revenir à cette pub à la tête de dinosaure que je décrivais dans ma précédente chronique, le scandale rampant que croit déceler Melissa au niveau du traitement de l’image de la femme ne justifie en rien qu’on baisse la garde en d’autres domaines. Tenez, je vois un lien entre le corps parfait d’une jeune femme et ma tête de dinosaure. La pub, tout en nous inculquant les canons de la beauté dans un cas, nous inculque les nouvelles règles du travail dans l’autre. Dans un cas, on a l’espace et les proportions que le corps doit occuper ; dans l’autre c’est carrément l’espace qui occupe le corps, où le bureau, grâce à Microsoft, est partout… La pub dit « l’ère du je suis en-dehors du bureau alors je suis en-dehors du coup est révolue » ; outre qu’elle joue sur le registre de la culpabilité, elle montre aussi le contraire d’un corps qui, s’il était dans le coup, serait autrement parfait.  Voilà, pour sauver la belle, marions-la au dinosaure… Tout espoir pour les têtes de nœuds de marier une pure beauté n’est donc pas perdu. Représentation de la femme dans la pub – par-là la pub nous dit exactement ce qu’elle fait. Son message, implicite, prend une clarté aussi nette que celle de « Mein Kampf » avant la mise à exécution de la Shoah. Autrement dit, nous sommes prévenus, tout le programme de la pub est là, dans cette représentation de la femme. La femme réduite à un pur objet de convoitise – et l’homme sujet de ses pulsions. En « vendant » des choses, la pub ne finit-elle pas par vendre des êtres humains ? La marchandise, ultimement, c’est l’être humain. Ce trafic suppose en effet de considérer les gens, les femmes et les hommes, comme des objets. Et le consommateur idéal n’est-il pas justement cet être entièrement soumis à ses pulsions ? « Que du plaisir », la pub vous dit. Ben oui, parle à mon c… ma tête est trop bête. Je ne dis pas que c’est ce que fait la pub – mais c’est ce qu’elle dit qu’elle veut faire. Petite nuance qui nous laisse une petite chance. 

mardi 0305/ 05 

Le 29 mai, la France va voter « oui » ou « non » pour la constitution européenne. Pour moi, c’est un vote historique et donc, méga important. Ça ne parle pas uniquement de l’avenir de l’Europe, mais aussi du passé & du présent. Personnellement, je trouve hallucinante que qui que ce soit puisse même entraîner les pensées de voter « non. » Dans mon petit cerveau, cette idée ne figure pas du tout. Si l’histoire nous apprend des choses, nous pouvons dire que le recul n’existe pas & si on résiste & tente de reculer quand même, on finit par perdre. Comme une boule-de-neige qui descend le Mont Blanc la seule direction d’aller est en avant… Ne confondez pas ce que je dis avec le discours de la droite – je ne parle pas de la fatalité. Je veux dire que si quelque chose existe, comme l’énergie nucléaire par exemple – quelque chose de potentiellement très dangereux, c’est notre devoir de le rendre aussi sécurisant que possible. C’est notre devoir de ne pas rester stagnant & indifférent & de regarder le monde passer devant nos yeux. On appelle ça le progrès même si le progrès n’est pas toujours bon, mais je ne parlerai pas de ça aujourd’hui… Chers auditeurs, je suppose que vous n’êtes pas tous français & il se peut que parmi vous, il y en ait qui ne sont ni français, ni européen. Moi non plus – & là, je vais diverger un peu de ce vote pour parler de l’acte – de voter. Je voudrais exprimer mon désarroi sur le fait que je ne peux pas contribuer à ce moment historique. Pourquoi, après 21 ans dans un pays (& je dis bien « un » pays & non pas « ce » pays parce que la majorité des pays sont pareils) – 21 ans de travail, 21 ans à payer mes impôts, 21 ans de vie quoi – j’ai le droit de rien dire sur les décisions prises ? Vous pouvez bien me dire, « Ben, Melissa, pourquoi tu ne prends pas la nationalité française ? » Et je vous dis, pour 2 raisons. La première est que j’ai entamé toutes les procédures pour prendre la double nationalité, mais comme ça a impliqué de fournir des tas de papiers & les traductions des papiers originellement en anglais en passant par 2 ans « d’enquête » sur mon caractère & mes mouvements en France, j’ai abandonné… Vous pouvez, ensuite, bien me dire, « AH, ben Melissa, tu as fait un choix là – tu connais les lois & les règles. » Vous avez raison, mais je ne pourrai jamais devenir uniquement française. Et ça me mène à ma deuxième raison. Je ne SUIS pas française dans mes tripes – dans mes tripes, je pense que je suis bien américaine, quoique teintée en certaines occasions d’un parfum d’ailleurs & donc, je ne lâcherais jamais ma nationalité de naissance. C’est con peut-être… Française, non, mais résidente de la France, OUI ! ! Pourquoi il n’y a pas de loi qui dise qu’après un certain nombre d’années de vie active en France (ou dans un autre pays) & donc de contribution, on peut prendre part(i) au système politique ? En plus, ça ne coûterait rien au gouvernement ! Bordel, je profite du système de la SECU & ça coûte ! ! Je pourrais même abuser de ce système ou de l’ANPE par exemple. Mais voter ? NON. De ne pas avoir le droit de voter est comme un individu lobotomisé – il a le droit d’exister mais pas de penser, ni de décider. Quand on ne décide pas ou même ne participe pas dans le processus qui fait les décisions, on subit, tout simplement. Combien d’autres résidents de la France sont dans la même situation que moi ?  Peut-être la solution de ce problème viendra avec une Europe unie & solide – peut-être un grand « OUI » le 29 mai ouvrira pleins de possibilités pour le changement & l’avancement de nous tous. Peut-être, peut-être… Peut-être, mais pour l’instant le message que vous êtes en train de nous passer est toujours, « Travaillez, payez vos impôts & taisez-vous ! » 

jeudi 0505/ 05 (ouais bon sauf que c’est un jour férié) 

J’aime comme tu parles d’Europe, Melissa. L’Europe vue par une Amérique compréhensive, c’est intéressant. L’Amérique, en un sens, est une projection réalisée et réussie de la pensée politique européenne des Lumières. Mais l’Histoire avance. Ce qui n’était pas possible en Europe au 18ème siècle – et donc a pris corps en Amérique à ce moment-là – le sera peut-être au 21ème. C’est ça aussi que j’aime avec la perspective du prix Nobel d’économie (il est américain), Jeremy Rifkin. Il a écrit un livre qui s’appelle (je traduis) « Comment le rêve européen est lentement en train d’éclipser le rêve américain ». Y a un rêve ?! Oui, mais vu d’Europe, on ne voit pas les choses comme ça, surtout en ce moment… Bon sang, avec Jeremy Rifkin, ça respire, de l’air, quoi, un horizon qui se dégage, enfin. Oui, on peut voir les choses en grand. On peut. Un ami à moi me dit qu’il va voter NON au référendum pour le « traité instituant une Constitution européenne ». Comme la plupart de mes amis. Et il ajoute : « Je vais voter non – la mort dans l’âme. » Alors là, permettez de vous dire, c’est bien dommage. Au premier tour de la présidentielle en 2002, vous avez voté utile ou pas ? Moi, tout comme vous peut-être, j’ai pas « voté utile », comme on dit. Eh bien je l’ai amèrement regretté. Le NON à la Constitution européenne, je crois bien, est inutile. Quand la France a refusé le traité de Communauté européenne de défense en 1954, le projet s’est trouvé sans suite. Il y avait mieux – il y avait déjà l’OTAN, et on y est encore. Avec la Constitution européenne, c’est pareil ; il y a mieux – c’est l’Europe, grand marché unifié sans cadre politique supranational. Alors on demande à quoi ça sert un référendum, s’il faut voter OUI ? C’est vrai quoi, ce battage médiatique en faveur du OUI ! Il sape la légitimité du référendum qui doit pouvoir laisser le peuple décider souverainement. Je suis d’accord. Mais attendez, là, c’est pas une raison pour voter NON, simplement parce qu’on dit qu’il faut voter OUI !!! La nostalgie de la rupture, la fronde contre les figures de l’autorité, en fait la psychologie de la contre-dépendance si typique de la mentalité française bouffe la Gauche de l’intérieur à cause d’un passé qu’elle n’assume pas – du – tout. Eh oui, le libéralisme dans lequel on vit aujourd’hui, récupéré maintenant à droite, c’est en grande partie un héritage de la Gauche commencé sous Mitterrand. Et c’est justement là que ça coince. C’est bien un traité « libéral ». Surtout dans sa partie III. Et c’est quoi cette partie III ? Ben c’est pas vraiment des dispositions constitutionnelles, ça c’est sûr, puisqu’il s’agit surtout de dispositions d’ordre économique visant à fusionner les traités précédents. On vous dit : ces dispositions existent déjà, certaines depuis 1957. Vous répondez : « Justement, on nous demande enfin de dire ce qu’on en pense et on n’en veut pas. C’était libéral sans notre accord. Maintenant, ce sera NON. » Et voilà où nous en sommes. Je ne crois pas, franchement, que le NON va freiner l’avancée libérale. La Chine qui envahit nos marchés, les délocalisations, le chômage chronique, tout ça, ça peut s’accommoder fort bien d’une Europe qui refuse de se constituer en super-Etat. En fait, c’est même plus facile. Et puis c’est quand même un cadre, ce traité. Comme la Constitution de la Vème République. Un lieu pour permettre au débat politique de déboucher sur une action. OK, certains ne veulent pas de ce cadre ? Oui, je sais, ce n’est qu’un compromis. Le compromis, de culture européenne, n’est pas de culture française. En Europe, le compromis est ce qui fait avancer tout le monde. En France, le compromis c’est quand tout le monde perd. C’est dommage de voir les choses comme ça.  Si le NON passe, la Constitution n’entrera pas en vigueur, faute de l’unanimité des Etats-membres. Ça veut dire qu’on restera dans le cadre du traité bâclé, qui devait être provisoire, de Nice. Le « Traitaï de Naïce ». La France, dans les termes du traité de Nice, pèse d’un poids de 9% des voix au Conseil des Ministres. Avec le traité constitutionnel, elle pèse de 13.5%. Or, qui sont les pays les plus libéraux dans l’Europe des 25 ? ce sont les 10 petits nouveaux qui ont intérêt à ce qu’on délocalise chez eux. Dans le cadre du traité de Nice, ils ont plus de chances de faire avancer leur avantage. Quoique l’unanimité est requise plus souvent que dans le traité constitutionnel, où une France unie à l’Allemagne et à l’Espagne – par exemple – suffit à faire prévaloir son point de vue. Et à contourner l’unanimité qui est requise avec Nice. Ce traité, c’est le moyen de se faire entendre dans un cadre commun. Avec un Parlement aux pouvoirs renforcés. Si on se retire de ce cadre, c’est comme si on m’ôtait le micro, là, tiens, comme ça eh ?!! [kkhhhhhhhrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr !] Voilà. Même moi, l’homme à tête de dinosaure, c’est ce que je pense. 

mardi 1005/ 05 

Tiens Jon, la semaine prochaine, plus exactement, le lundi 16 mai, c’est la Pentecôte. Mais, dans mon petit agenda orange, il n’y a pas le mot « FERIE » écrit dessus. Et sur mon calendrier de la Poste, bizarre, la Pentecôte est écrite en rouge le dimanche 15 ! ! Alors, c’est quand la Pentecôte ? ? ? ? ? (It’s Sunday, because Monday is simply « un jour de récupération » after partying and drinking so much). La France est un pays, soi-disant, catholique, n’est-ce pas ? Depuis quand bascule-t-on les jours de fêtes pour avoir un jour de congé ou un « long week-end »  ou dois-je dire un jour de consommation (souvent sous la guise = le prétexte ? d’une solde ??? = un profit ? quelque part) comme le font les Américains ? If it’s a holiday, shops are closed, especially on a Monday, which is a normal closing day fopr a lot of shops in France ! So that CAN’T be for a profit ?! Chaque jour où l’on ne travaille pas est une journée potentielle de booster le chiffre d’affaires quelque part !  Qui respecte ces fêtes religieuses ? Très peu de monde si on utilise le 5 mai (vous vous rappelez, l’Ascension ?) comme indice. Un grand nombre de magasins étaient ouverts & la vie était comme tous les jours, « au bureau », comme tu dis bien Jon. C’est bien dommage qu’on abandonne nos traditions, religieuses ou (d’)autres, spécialement quand ça nous empêche de fonctionner dans le royaume du libéralisme… Justement, les adhérents = les défenseurs du libéralisme pensent qu’avec tous ces jours de fêtes & de vacances, le marché ne peut pas proliférer comme il doit !!! Bon, le 16 mai, beaucoup parmi nous vont travailler cette année – A BAS LE COMMERCE & LE REPOS ! ! VIVE LES VIEUX !!!!!!  Vous les connaissez, les mêmes personnes âgées qu’on a laissé mourir l’été de 2003, pendant la canicule ? ? Rappelez-vous ! Je ne comprends vraiment pas ce que le manque de responsabilité ou de connaissance de certaines personnes, soit les familles, soit les services sociaux, a à faire avec ce jour consacré aux gens du troisième âge… Pourquoi quand l’Etat ou une personne très hautement placée foirent, nous, les citoyens & les résidents, finissons par payer ? Le déficit de la Sécu, le Crédit Lyonnais, maintenant ça… Ça sera quoi prochainement ? On n’est pas con, vous savez ! ! Donc, si la France est en théorie un pays catholique, pourquoi l’état gruge les fêtes religieuses ? Pourquoi pas le premier mai (non, pas ça – c’est le jour des travailleurs, AU BURRREEEAAAAUUUUU !!!!!!!!!!!!!!!) ?  Je ne crois pas (pour) une minute que le 16 mai va aider ou avoir un impact sur les personnes âgées. Et cette fête de Pentecôte, est-ce que c’est si insignifiant que les catholiques pratiquants (ou pas), peuvent passer par-dessus ? En faisant une mini-enquête sur Internet, j’ai trouvé un document qui disait la chose suivante : Et je cite, « La Pentecôte est un événement historique considérable, un véritable big-bang qui s’est produit le premier jour de la semaine donc un dimanche… » OK, le problème de jour est réglé – la Pentecôte tombe un dimanche… Je continue sur sa signification, « … la fête de la Pentecôte… garde… le souvenir de ce grand jour où a été conclue solennellement l’Alliance de Dieu avec son peuple. »  Et même les interdictions, « Ce jour-là, vous ferez une convocation qui sera une convocation sacrée & vous ne feriez (ferez ?) aucune œuvre servile, comme pendant le sabbat. » Et la dernière chose, qui est très intéressante, « Elle est une fête chômée ; rappelons que « chômer » veut dire s’arrêter de travailler pour fêter quelqu’un, ici le Seigneur. » Still they’re talking about a holiday celebrated on a Sunday, not a Monday. So where’s the problem? Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais tout ça me semble assez important. Eh bien, en reniflant, je sens un peu de « Louis XIVisme » ici – depuis quand est-ce que l’Etat ou les personnes âgées sont interchangeables avec le Seigneur ? Très honnêtement, j’aurais préféré (d’)avoir le jour férié, comme ça, les gens peuvent choisir de faire ce qu’ils veulent – aller à l’église, faire du shopping, réfléchir, ou même rendre visite à leurs personnes âgées préférées… . VIVE LES VIEUX !! AU BUURREEAAUU !!!!!!!!!  I don’t know what to say about this “Pentecôte”, except that this government has no authority, and despite the media hype around “our” elderly people, I only perceive sarcasm and cynism. This measure certainly is inept and people, as you say, aren’t so stupid… What a terrible political climate we live in. I don’t see that many good signs in the future…   

jeudi 1205/ 05 

Comment ne pas être d’accord avec Melissa. En fait je suis toujours d’accord avec Melissa alors je ne vois pas trop à quoi ça sert de faire une chronique à deux, où elle me répond qu’elle est d’accord et moi je lui réponds que je veux bien qu’elle soit d’accord, et ainsi de suite. Donc, non, je ne vais pas contester ce magnifique appel à la solidarité que Melissa nous lance à tous pour ce fameux lundi de Pentecôte. VIVE LES VIEUX !!!! TOUS AU BUREAUUUUUUUUUUUUUU !!!! Je me rappelle qu’on avait commencé cette chronique ping-pong en janvier, en plein tsunami. Et là, quel formidable élan de solidarité, non, vous vous rappelez ?! eh bien non. Quelque chose est cassé et on le voit bien avec ce fiasco du lundi de Pentecôte. Prenons les choses une par une. D’abord, une journée de solidarité pour les personnes âgées – en soi, rien de méchant, on serait plutôt d’accord. Mais dans le fond, qu’est-ce qui se passe ? Je croyais que le système de solidarité national était universel et indifférencié ?! Ici, on voit que l’argent qu’on veut récolter à l’issue de cette journée va entrer dans un budget spécifique. C’est normal – le Gouvernement a en effet créé une cinquième branche de la Sécurité Sociale, qui isole de fait les personnes âgées et les personnes handicapées. Cette mesure rompt avec l’idée d’une Sécu qui soit la même – et ce devrait bien être ça, la solidarité – la même pour toutes les générations, pour les riches et pour les pauvres, pour les malades et pour les bien-portants. Donc au nom de la solidarité on vous demande de cautionner des mesures qui tendent à la nier. Deuxième chose, on nous demande de travailler sans être payé. C’est carrément extravagant. Que la contribution de l’employeur, selon certains syndicats, représente 0.3% quand celles des travailleurs représente 0.5% c’est une chose, mais enfin, en ces temps de remise en cause des 35 heures et de flatterie des égos – où on nous dit qu’on peut travailler plus pour gagner plus, pardon mais ça manque de cohérence tout ça. Après, demander aux Français d’être solidaires, quand les autres ne paient pas leur part, allons, il y a des limites aux élans de la générosité ! Ces limites, c’est de ne pas être pris pour des pigeons. Et je reste poli. Enfin, l’impression d’ensemble c’est un peu celle d’une fin de règne. Personne n’écoute personne ; l’autorité du Gouvernement en place est complètement érodée. Mais je crains encore que ce ne soit pas ce Gouvernement-ci qui pose problème. Tout le problème de l’autorité politique en démocratie est en cause ; on le constate avec les reports aberrants de date de remise de déclaration de revenu, par exemple. L’impôt c’est aussi un des financements de la solidarité, au fait, mais quelle pagaille !!!  Et cette pagaille est plus ou moins heureuse… Je partais du lundi de Pentecôte, me voilà en train de parler du problème de l’autorité en politique. Je veux dire par-là qu’il s’agit aussi prendre ses responsabilités. Redonner confiance aux citoyens, leur redonner l’envie de vivre ensemble et travailler à un projet commun… Ce lundi de Pentecôte montre à quel point nous manquons d’imagination, et pire, que c’est la seule solution qu’on trouve au problème tellement plus vaste et plus vital d’une solidarité plus viable, c’est-à-dire une meilleure répartition des richesses et une plus grande justice sociale. Mais franchement, c’est plutôt mal barré, et voilà où nous en sommes, trois ans à peine après avril 2002. Le mot de la fin sera un titre de film : « Violence des échanges en milieu tempéré ». Ça promet.  

mardi 1705/ 05 

Jon, tu parles de la solidarité & de la justice sociale, qu’est-ce que ces termes veulent bien dire ? Comme tu sais si bien Jon, on enseigne les différences culturelles &, dans cet enseignement, on appuie souvent sur le fait qu’on ne peut pas regarder (considérer) les choses dans les termes absolus… La façon dont une culture interprète l’urgence ou pas de certaines situations et donc, leur manière de réagir à ces situations ou le rôle que les institutions jouent peut (-) être complètement différent(es) d’une autre culture à l’autre. Est-ce que « la solidarité & la « justice » sont des termes qu’on peut donc relativiser ? C’est clair que pour certaines choses, on peut relativiser, mais je maintiens qu’il y a des choses qui se passent qui sont tout simplement PAS HUMAINES & PAS CORRECTES (pas correctes, pas humaines, pas acceptables) & DONC PAS ACCEPTABLES. C’est autour de ces choses-là qu’il faut qu’on forme une union, qu’on soit solidaire & donc, ça sera nous-mêmes (à travers les gens pour qui on vote dans les postes politiques) qui forgerons la justice sociale. Vous pensez que tout ça est un rêve ? Pourquoi on est si prompts à chasser les rêves de nos têtes & tout aussi prompts à accepter de vivre les cauchemars ? Quelques réalités qui datent de la semaine dernière. Écoutez : « Envoyé spéciale », jeudi dernier, exposait un dossier sur les assistantes sociales. Pendant l’émission, on apprend qu’une femme de presque 60 ans va être expulsée de son appartement dans le HLM où elle habite. Elle explique qu’elle était licenciée économiquement à cause de son age (then it can’t be economic !!?) & ses chances pour se procurer un autre travail étaient minces parce que, comme elle dit elle-même, « à mon age, vous comprenez… » Et elle accepte cette fatalité avec les bras baissés & nous qui regardons l’émission avons de la pitié pour elle, on lâche quelques larmes & on est carrément enragé. Malgré ces émotions, on ne fout rien. Où est la solidarité ? Où est la justice ? Tchernobyl – on a appris récemment que le gouvernement nous a menti, & les personnes autour qui savaient pertinemment ce qui se passait, (autres organismes liés au nucléaire, les agriculteurs, les médecins, les biologistes, chimistes, physiciens, le Professeur Pellerin à la tête des mensonges), mais ont choisi de fermer leurs bouches au lieu de mettre la santé publique en priorité. Et nous ? Qu’est-ce qu’on fait ? Rien. Où est la solidarité ? Où est la justice ?  Je ne pense pas que la responsabilité reste uniquement dans les mains de l’Etat. Un autre problème qui me perturbe plus est qu’on se cache derrière le voile de « ce n’est pas mon affaire-problème-boulot-responsabilité » trop facilement – après tout, la SECU, la CAF, l’Etat, les syndicats, etc. sont là. Un petit exemple banal – combien de personnes connaissez-vous qui jettent leur poubelle (par ça je veux dire les papiers, paquets de clopes, papiers de chewing-gum, etc.) dans la rue précisément parce qu’ils savent que les hommes habillés en vert avec leurs balais orange fluo(s) qui nettoient les rues sont là sans faute tous les matins ! ! Quelle solidarité ! ! Cette idée de, « Si je salis plus les rues, ces hommes-là vont plus avoir du travail, donc, je peux être la cause de leur licenciement. Alors, restons solidaires & salissons les rues ! ! » est ridicule – ce n’est pas la solidarité mais la pollution pure & dure (simple) ! !  En restant derrière ce(tte) voile, ça engendre une attitude de laissez-faire totale ainsi qu’une décharge de responsabilité & éventuellement, un manque d’intérêt. C’est un climat qui se nourrit justement sur l’absence de la solidarité & sur les inégalités de la justice… Si on veut avancer, il faut peut-être que l’on commence par arrêter de laisser les autres faire pour nous. Un coup de main quand on en a besoin est constructif. L’assistanat total est non seulement destructeur & dangereux, mais ça implique qu’on ne soit pas libre, qu’on subisse tout simplement. Ça fait combien d’années qu’on avale & on avale & on avale les mensonges sans les vomir ? Tu as vu nos têtes Jon ? On est tous prêts à exploser… J’ai déjà vu les pigeons exploser & croyez-moi, ce n’est pas joli du tout ! 

jeudi 1905/ 05 (seule une partie de ce texte fut diffusée) 

J’aime bien comment Manu décrit notre chronique – on s’envoie le monde à la tête comme on s’envoie une bombe à eau. J’aime aussi comment Melissa a terminé sa chronique de mardi dernier ; elle dit : « Ça fait combien d’années qu’on avale & on avale & on avale les mensonges sans les vomir ? T’as vu nos têtes Jon ? On est tous prêts à exploser… J’ai déjà vu les pigeons exploser & croyez-moi, ce n’est pas joli du tout ! » C’est très explosif tout ça. Et puisque nous parlions de solidarité et de justice sociale ces derniers temps, j’aimerai continuer. J’ai relevé dans les médias une petite mode comme il y en a régulièrement. Vous savez, par exemple je vois en couverture du magazine américain Time, dans sa publication internationale, un sujet sur les nouvelles armes du combat contre le cancer. L’info passe aussi sur CNN et d’autres grands médias internationaux. La semaine d’après, non seulement certains en font leur chronique à la radio, sur France Info par exemple, mais en plus des magazines français reprennent le sujet pour en faire leur couverture à leur tour.  Eh bien avec le sujet qui nous occupe maintenant, c’est la même chose. Cette fois il s’agit de vanter les mérites de la Grande-Bretagne. Tony Blair s’est fait huer, s’est fait traiter d’ignoble menteur par les Britanniques ; il n’empêche, il a pour lui son « magnifique » bilan économique, ce que l’opposition de son pays ne peut pas lui reprendre… Et c’est quoi, ce bilan économique ? C’est ce que j’entends à la radio, lis dans les journaux comme étant la remontée spectaculaire de la Grande-Bretagne, bref « le modèle économique britannique ». Rendez-vous compte : une économie à 4% de chômeurs, ça c’est enviable, non ? Et qu’est-ce que j’entends, du coup, à propos de la France ? Qu’il faut réviser la politique (je cite) « d’assistance aux chômeurs » !!! C’est parce que, prenez-en bien la mesure, on a encore en France un système d’aide généreux qu’on a du chômage !!! Que des Anglais, non pas libéraux par nature mais, disons DEPOLITISES, pensent qu’ils ont raison et que leur système doit prévaloir sur ce vieux système français issu de l’après-guerre, je peux comprendre. Mais que des médias, soi-disant à gauche [le Nouvel Obs et France Inter, semaine du 15 au 22 mai 2005], reprennent à leur compte l’argument, là ça me gène. On nous prend vraiment pour des pigeons ou quoi ?! En un sens, c’est bien que le chômage soit redevenu un sujet, disons plus « vendeur » que la violence et l’insécurité, dans les médias. On peut présager que ça redevienne aussi un sujet de campagne politique dans un proche avenir.  Seulement voilà : au nom de la lutte contre le chômage, on veut nous vendre le démantèlement du système à la française. Je le concède, il n’est pas sans défaut. Il existe même une ECONOMIE DU CHOMAGE ET DE LA FORMATION, très malsainement entretenue en France… Mais je ne suis pas prêt pour autant à virer l’eau du bain avec le bébé. Un correspondant britannique, en poste à Paris, est d’accord pour dire que le chômage des jeunes et le chômage de longue durée, atteignant en France des niveaux record – eh bien ÇA NE SE DISCUTE PAS ! Allez, hop, responsabilisons les chômeurs, cessons de faire payer à ceux qui travaillent l’assistance à la masse de faignants qui, s’ils recevaient plus de coups de pied au derrière, finiraient par trouver quelque chose ! bon sang ! s’ils sont au chômage depuis si longtemps, c’est qu’ils le veulent bien, non ?! Ben non. Moi, je dis que si en France il existe un chômage de longue durée, en effet problématique à partir d’un certain point, c’est aussi parce que la France a fait un choix de civilisation qui se justifie par la possibilité en principe de choisir un emploi qui me convient, et pas de subir le diktat de la précarisation galopante – galopante en effet en Grande-Bretagne. Peu de chômage là-bas, mais à quel prix ?! Si ce correspondant trouve que le chômage de longue durée est trop scandaleux pour être discuté, il devrait trouver plus scandaleux encore les écarts de richesse, donc la pauvreté, dans la population britannique. Prenez le revenu médian – c’est une moyenne des revenus qui prend en compte la dispersion, donc les écarts de revenus dans le pays. Ensuite, vous descendez 60% en-dessous de cette moyenne. A ce niveau, vous avez encore 20% de la population britannique – c’est-à-dire environ 12 millions de personnes qui gagnent en-dessous de ce seuil [si on se rapporte à la population totale] !!! Et c’est un chiffre qui ne va pas forcément en s’améliorant dans certaines régions sinistrées en Grande-Bretagne. Ce chiffre, en France, n’est pas glorieux – il s’élève à 15%, c’est-à-dire 9 millions de personnes. Faisons un calcul rapide, en supposant que ces personnes sont forcément soit des chômeurs (même si, je sais, TOUS les chômeurs ne sont pas pauvres…), soit des travailleurs précaires : ça nous fait en Grande-Bretagne 10,8 millions de travailleurs précaires, parfois très précaires. En France : 6,5 millions. Alors, convaincus par le « modèle » britannique de la Gauche thatchérisée du New Labour !? Surtout, ne nous trompons pas d’ennemi : ne troquons pas trop vite le chômage pour du travail précaire. On peut courir après des modèles tant qu’on veut mais ils ont tous leurs coûts, et la vérité c’est que seule une économie prospère ramènera un peu de richesse – pas la « libéralisation » du marché du travail.  

mardi 2405/ 05 

Jon – je suis arrivée à la conclusion que je suis démodée, vieux jeu(x), trop sérieuse & ennuyeuse. Pendant que notre monde (par-là je veux dire la France) est en plein cataclysme avec, comme tu dis bien Jon, le chômage, le travail précaire (même si on ne devrait pas [les] confondre l’un avec l’autre – le travail précaire est un réel problème & tu sais très bien Jon qu’on en est des exemples ambulants !), le manque de (la) solidarité & de (la) justice sociale, le débat sur le referendum constitutionnel, la hausse des prix, des impôts & le coût de la vie en général pendant que les salaires restent gelés – tout ça & qu’est-ce que les petites fées des médias nous présentent ? Elles nous bombardent avec des événements qui, s’ils n’existaient pas, je ne sais franchement pas comment on pourrait lever nos têtes de la merde où l’on se trouve !! Ces petites fées magiques mettent la poudre des étoiles dans nos yeux & ça commence par l’enchaînement annuel (= par un enchaînement périodique annuel) : « NE PENSEZ PLUS, CE N’EST PAS LA PEINE »… Cannes, Roland Garros, les finales de foot, le Tour de France, & les vacances, voilà, « c’est au programme », comme dirait bien notre Sophie Davant de France 2. [I would suggest you place the green snippet HERE]. Avec tous ces « beautiful people » & cette force physique, leurs corps bien bronzés & musclés, leurs seins & culs à l’air(e), qui a le temps ou le désir de se prendre la tête avec des choses aussi chiantes que le chômage ??????  Eh oui, toi & moi Jon, donc on devrait être chiants aussi & donc la raison pourquoi je me présente comme trop sérieuse & ennuyeuse au début de cette chronique… tant pis, parce que je ne partage absolument pas ce sentiment de bien-être quant à la « vidange du cerveau annuelle ». Je trouve ça plutôt agaçant.  Le défilé des célébrités à Cannes où l’on apprend (combien X ?) a payé pour sa robe Gaultier & avec qui Y a couché. On voit les stars & starlettes à « Cannes by night », en train de danser & montrer certaines parties intimes de leur corps – « Oops, ma robe a glissé ! ! » Ah là là, qu’elles sont mignonnes !! On a vu le « come-back » (retour) de Mickey Rourke, son visage ravagé par l’alcool, la drogue & la chirurgie esthétique, en train de remercier le réalisateur de « Sin City » pour lui avoir donné une 2nde chance. Une chance pourquoi ? D’entrer une fois encore dans l’absurdité & le surréalisme de Hollywood & « stardom » (= le « Royaume des Stars » = le vedettariat) ?? Putain, l’argent parle ! ! Et enfin, comme tu m’as raconté l’autre soir Jon – d’apprendre que Anthony Hopkins, bien connu comme Hannibal Lecteur ou pour les proches (= les intimes), Hannibal le cannibale, gagne assez de fric dans UN film pour s’assurer un salaire de 50 000 dollars par an pour les 250 ans qui suivent. Ça ne vous laisse pas un peu écœuré ? C’est pareil dans le monde du sport. On est tous derrière nos « Français » – l’équipe de France foot (les Bleus quoi), Amélie Mauresmo (spelling ?), Lance Armstrong (ok, ok, il est ricain mais bien adopté par les Français !) – on les suit avec (l’) intensité & dévouement ; il faut qu’ils gagnent !! Croyez-moi, même s’ils ne « gagnent » pas, ils gagnent bien quand même. Je ne me fais pas de souci pour eux !! Et enfin, wwwwwaaaaaaaaahhhhhhhhhhh, enfin les vacances bien méritées. On va tous partir dans les endroits où l’on va payer la peau des fesses pour tout oublier pendant 3 à 4 semaines. Et quand on rentre, on va manger des patates jusqu’à Noël. Heureusement on est en France & donc la cuisine est fine & variée. 365 recettes différentes pour préparer les patates est donc réalisable ! Je ne peux pas nier que ces petites fées font un boulot efficace, regardez autour de vous. Même moi ! Elles m’ont convaincue d’aller voir « Star Wars – Episode III », peut-être un des rares films à Cannes qui parle de quelque chose sensé – la démocratie en péril, quelque chose dont Jon & moi parlons assez souvent. Bon. Une dernière chose pour conclure – (la) poudre des fées dans vos yeux ou pas, n’oubliez pas d’aller voter dimanche 29 & une très bonne fête des mères à toutes les mamans du monde !! 

jeudi 2605/ 05 

Melissa – j’arrive à la même conclusion que toi : que je suis démodé, vieux jeu, trop sérieux & ennuyeux. J’entends dire par exemple : « Moi, je suis jeune, je suis européen, alors je vote NON. » Donc moi je suis vieux et con à la fois. Mais – moi aussi j’aime la vie ! et je n’aime pas la bureaucratie ! Moi aussi je suis pour la Démocratie, la Justice et pour une Europe qui ne soit pas que celle des patrons ! Je me permets de revenir sur ce sujet parce que j’en rêve la nuit… Dans une chronique, on me donne la chance de m’exprimer selon mon intime conviction. Oui, j’en ai rêvé – et c’était un cauchemar. A la suite de la débâcle référendaire, on se réveillait comme après une grosse fête qui aurait mal tourné, gueule de bois, mal au bide et mal de tête. C’est comme s’il y avait eu un énorme malentendu. La France est historiquement européenne et porteuse d’avenir dans l’Union – en effet c’est elle, avec l’Allemagne, qui a imposé à ses partenaires de travailler un texte constitutionnel – et maintenant elle se retrouverait avec Sarkozy premier ministre, pour faire le ménage et redresser la France de l’intérieur. Car il n’y aurait guère plus que « l’intérieur » de la France à se préoccuper, étant donné que les partenaires européens se détourneraient de nous. Les plus farouches « libéraux » en Europe alors se seraient emparés de l’occasion pour bloquer à tout jamais l’idée d’une constitution et pour confirmer l’avancée d’une Europe du Grand Marché. Rien de plus facile puisque avec le traité de Nice actuellement en application, on fonctionne dans beaucoup de domaines à l’unanimité, ce qui bloque les perspectives de progrès politique. Le malentendu provient de ce qu’on nous dit : vous avez le choix. C’est un référendum. Et après on nous dit : il faut absolument voter OUI. C’est un ultimatum. Comment voter OUI à un texte abscons, écrit par des spécialistes pour des spécialistes ? Avouez qu’à ne pas soumettre le texte au peuple, on aurait vilipendé l’Europe pour son déficit démocratique – et maintenant que Chirac a voulu le soumettre au référendum, on peut dire aux eurocrates qu’ils ne parlent que comme des spécialistes inconscients des besoins et des préoccupations du peuple. On n’en sort pas. Pourtant, faut-il dire NON pour la seule raison qu’on nous intime de dire OUI ? Dire NON c’est dire NON à l’injustice, c’est dire NON aux excès de la directive Bolkestein, c’est dire NON aux délocalisations à tout va, c’est dire NON au chômage et à la crise. Eh bien la vérité c’est que nous avons tout ça SANS la constitution. Et reprocher à la constitution de n’avoir pas de salaire minimum garanti, c’est comme s’il fallait de suite rejeter la constitution de la Vème République, tiens ! tant qu’on y est, parce que là non plus on ne garantit pas de salaire minimum. Depuis Maastricht en 1992, le terme d’Union fait référence plutôt – et c’est dommage – à l’expression d’union douanière, mais si on veut espérer quelque avancement au-delà du simple marché que nous ne voulons pas que l’Europe soit, c’est une Confédération qu’il nous faut, et non une union douanière. Et en même temps, on ne peut pas aller à l’envers de l’Histoire, et à supposer même qu’il y a eu erreur à commencer la construction par l’économique, comme Jean Monnet, le fondateur de l’Europe politique l’a reconnu, il n’empêche que c’est maintenant ce que nous avons pour aller de l’avant. Le texte constitutionnel, accord entre 25 pays, n’est qu’un compromis – CE N’EST QU’UN COMPROMIS, excusez du peu, mais comment pourrait-il en être autrement à 25 !!! Du coup et on le sait moins, l’Union est aussi une Union d’Etats, OK, et pour la première fois dans les textes « une Union de citoyens ». Et la France et ses alliés les plus proches ont réussi à faire avaler l’idée d’un début de fédéralisme – c’est unique dans l’histoire des peuples d’Europe !!! un président et un ministre des affaires étrangères de l’Union, tout de même ! il faut le mesurer à l’aune de l’histoire des peuples de l’Europe, conquérants et guerriers, impériaux et prédateurs, oppresseurs jaloux et inventeurs du nationalisme, ses empires et ses pires dégradations – fascisme et nazisme. Ou alors on n’a qu’à tous devenir suisses. Le traité de Nice mentionne « une économie de marché ouverte » alors que la Constitution proclame « l’économie sociale de marché » et s’en fait le modèle exclusif pour le reste du monde. En consacrant les « services d’intérêt général » dans la Constitution, les Français ont arraché à nombre de leurs partenaires réticents la garantie d’une base juridique pour les services publics qui permettra d’établir un cadre législatif à l’avenir en la matière – base dont son privés les traités actuels. Avec environ 440 articles – comme la démocratie indienne – ce projet de Constitution est en fin de compte d’essence politique ; il donne à l’Europe un cadre juridique établissant une fédération d’Etats-Nations.  Quand donc cesserons-nous de penser en termes d’intérêts supérieurs des Français ? [Donc] pardon de voir les choses avec mon côté américain, mais pour moi le conservatisme qui a mené Bush au pouvoir aux EU est comparable au NON de la Gauche française en mal de solutions contre une mondialisation qui va trop vite. Si la France croit y perdre au début, c’est parce qu’il faudra financer les économies de l’Est et qu’à 25 le poids relatif de la France fait qu’on n’imposera plus nos lubies à tout le monde. Ce faisant, il n’y a rien à gagner avec le status quo ! Qu’un recroquevillement mortifère sur la France de l’intérieur. Et enfin, une constitution, c’est pour que l’Europe, en fait et en idée, y gagne dans son ensemble ! Le texte constitutionnel tel qu’il est se présente comme une photographie de l’Europe politique en 2005 ; or, comment le nier, on ne peut pas être tous d’accord sur l’état de la politique, encore moins de l’économie [mais les gens ont en tête la situation franco-française bien souvent, et certainement pas les enjeux d’une Europe plus unie pour les peuples amis]. Comment en effet refuser aux Polonais ce qu’on admis au profit des Portugais et des Espagnols ? Voter NON c’est encore dire non au déclin de l’influence jalouse et égoïste d’une France qui jusque-là pouvait imposer à tout le monde une PAC (par exemple) à son profit quasi-exclusif [ce qui explique pourquoi la Grande-Bretagne à inventé le « fair return », et le NON des Français arrangerait ainsi très bine les eurosceptiques britanniques]. Mais ce déclin est encore plus accentué sans le traité qu’avec !!! ; il n’y aura pas de meilleur texte avant longtemps et rêver d’un texte-cadre, une loi suprême qui corresponde aux vœux de chacun est un beau rêve, qui honore tous les tenants-du-NON-que-je-respecte du fond du cœur, mais c’est un rêve qui doit se traduire par le combat et non la nostalgie de rupture et l’agitation frénétique et illusoire du chiffon rouge.  [Le 29 mai, votons utile.]  

mardi 3105/ 05 

54,7% « non », 44,3% «  oui » &  comme avec tous les couples, chaque histoire a deux côtés Jon. Je me sens obligée de parler ce matin des résultats du vote sur le référendum pas parce que je suis déçue, même si je le suis, mais parce que j’ai compris quelque chose par rapport aux voleurs de « non » qui n’étaient pas tout à fait clairs pour moi avant. On a parlé du ras-le-bol général(e) qui balayait notre beau pays en ce moment dans certaines chroniques précédentes Jon &, & je suis persuadée que le « non » qui a gagné dimanche n’est pas contre la constitution européenne du tout – la constitution était le sacrifice pour exprimer autre chose. C’est bien dommage, mais telle est la manière que (= c’est ainsi que) les chose se sont passées… Maintenant, faut faire avec. Donc, si je comprends bien, les voteurs (= électeurs) du « non » ont quelque part voté « HORS SUJET » en utilisant cette chance de constater leur ras-le-bol du gouvernement existant. Les voteurs de « non » m’ont dit que d’aller dans les rues ne marchait plus, il fallait faire quelque chose qui forçait le gouvernement de se réveiller & sentir le café. Ils ont bien frappé où ça (se) fait mal !  Un autre constat du côté du « non » est ce sentiment que les partis politiques & les gens au pouvoir couvrent leurs propres intérêts avant tout, se côtoient & se partagent parmi les déjà privilégiés & sont peut-être même(s) pas au courant de ce que leurs adhérents attendent d’eux. Le dernier point peut(-)être bien illustré dans le fait que les dirigeants du P.S. étaient majoritaires pour le « oui », mais à la base, les sympathisants du parti ont voté pour le « non » !! Il n’y a pas uniquement une contradiction ici, il y a également un grave problème. Ces mêmes gens qui ont voté « non » m’ont aussi dit que le vote n’était pas encore fini. On attend la Grande-Bretagne & les Pays-Bas. Si tous deux votent « non », est-ce que ça ne va pas créer un « bloc » de résistance formidable avec la France pour mettre de la pression et pour créer une Europe plus viable politiquement et pour que les gouvernements nationaux qui s’occupent pas de l’intérieur de leurs pays avant de mettre le(urs) nez dehors, représentent un peu mieux les vœux de leurs constituants (électeurs) ? 

Ils ont peut-être raison Jon. Le temps nous le dira(it), attends de voir… Ce qui est fait est fait &, & on ne peut pas reculer – on doit continuer quand même en avant… Ensemble. Je pense au fait, qu’on est tous d’accord. Il faut du changement & pas juste dans UN placard. En tout cas, je peux constater que la pression a déjà commencé son parcours. Il paraît que M. Raffarin a donné sa démission hier. Ciao Pantin !!

 

jeudi 0206/ 05 

A propos du départ de Jean-Pierre Raffarin, Melissa, tu termines laconiquement ta chronique de mardi dernier sur « Ciao pantin ! ». Maintenant c’est « Salut Sarko & company ! » Je suppose que c’était pas dans la tactique du NON de gauche que de voir ces gens-là au gouvernement pour encore deux ans. Mais en toute bonne guerre, on s’est prononcé sur l’Europe, par sur la politique du gouvernement… Qui est sourd, c’est Chirac qu’entend pas la fracture qui craque ? ou c’est le peuple à qui l’on pose une question sur l’Europe et qui répond sur la politique du gouvernement ? L’incompréhension entre le Peuple et la classe politique va DANS LES DEUX SENS… Bon allez, trêve de mauvaise plaisanterie et soyons sérieux un peu. Sinon ça va vite dégénérer. Donc, pour moi, voilà comment ça se passe le lendemain du référendum – (bon, ici, je fais une pause – toute ressemblance avec des noms qui existent est purement fortuite) – : aaaah !!! ça tangue ! avis de mauvais temps en Hautemer… aaaah ! au secours, nous Coulon ! (fffrrrpff) Ababsa, c’était prévisible ! C’est pas grave, mettez-y la Gooooooooooooooooomis ! Et je pourrai continuer comme ça mais – il faut que je le dise – je dérive.  Donc panique à bord. Ben oui, on était prévenu, mais quand même ça va mieux en le disant. En fait, on n’a pas fait de progrès depuis avril 2002, et donc forcément ça sent l’orage. Cela dit, comme un président que j’aime bien mais qu’est pas de la république m’a confié hier : on vote NON dimanche, on reste chez soi ensuite. Fallait-y qu’on vous fasse un référendum – tu choisis Sarko ou Villepin ? OK, je reviens sur le Peuple et la classe politique. On aura compris, il y a un grave divorce. De la part du Peuple – et là j’entends surtout – pardon pour les autres – les gens du NON de Gauche (qui est loin d’être tout le Peuple, entendons-nous là-dessus), donc ce n’est pas un rejet du politique mais une demande de politique. Ce n’est pas un désintérêt pour la politique mais une critique de la classe politique. Avec ça, j’aimerai aller plus loin, parce que pour l’instant tout ça est tristement franco-français. Or, si je veux bien comprendre certaines motivations du NON, et les comprendre dans leurs formulations les plus positives, disons « plus européennes » pour moi, c’est plus qu’un rejet de la classe politique dont il s’agit, c’est un rejet de la manière dont l’Europe s’est jusqu’à aujourd’hui construite – qui en effet manque de politique, ou de démocratie si vous préférez – et c’est donc pas un rejet mais UNE DEMANDE de politique. C’est important de voir les choses comme ça pour Melissa et moi parce que, du fait de notre prisme américain, nous sommes volontiers des fédéralistes pressés. You’ll understand we want it now and we want it big. Ou, comme Caroline (on peut le chanter pour un oui ou pour un non…), I can’t get no satisfaction…  Or, c’est quoi cette manière « dont l’Europe s’est construite jusque-là ? » Eh bien c’est la méthode Jean Monnet, vous savez, l’inventeur de l’intégration communautaire, c’est-à-dire 1.       la marche sans douleur vers une fédéralisation des moyens d’action des pays-membres2.       mais en commençant insidieusement par le haut dans un secteur bien précis (en l’occurrence, l’économique) en espérant qu’une conscience politique émerge Après l’intégration économique, aboutie dans l’euro, la Constitution pouvait être vue comme montrant le chemin vers une nouvelle étape, celle de l’intégration POLITIQUE. Ce que le NON m’apprend, en fait, c’est l’échec de cette méthode. Le NON met un sérieux coup de canif dans les pneus de la Rolls de la classe politique intégrationniste qui ne manque pas d’air, au profit peut-être d’une autre vision – mais là, je vais devoir être facétieux, car le NON de gauche ne va pas forcément apprécier – au profit, donc, d’une approche concurrente mais qui n’a pas eu encore voix au chapitre : l’approche du Gal de Gaulle. Ben oui, contrairement à Jean Monnet, il disait « il faut commencer par le peuple, sans quoi il n’y aura pas de conscience, donc pas de politique, donc pas de démocratie ; en somme l’un voulait commencer par des institutions dont devait émerger une conscience – qui est aujourd’hui le NON – et l’autre voulait commencer par impliquer les Peuples d’Europe, avant de laisser se dessiner une Europe dans laquelle on se retrouve tous, avec nos différences reconnues Mais aujourd’hui que faire ? Car c’est bien joli de faire des chroniques, mais ça va pas nous mener très loin. S’il faut œuvrer ensemble, on a intérêt à se mettre au boulot dès lundi, le lendemain du dimanche… Parce que le NON Hollandais ne viendra pas de l’élan de générosité envers les peuples dont se réclame pourtant le NON de Gauche en France. L’indifférence des Suédois ne va pas nous aider non plus. Encore moins nos nouveaux partenaires d’Europe de l’Est, jaloux de leur souveraineté retrouvée, et attendant qu’à l’Ouest on délocalise chez eux à tout va. Et encore moins les Britanniques – le chef de fil des conservateurs a remercié les Français pour leur NON massif ; et je ne trouve pas ça rassurant, là, dans l’immédiat. Donc oui, si le NON était vraiment anti-libéral, excusez-moi mais il y a du boulot qui reste à faire si on ne veut pas qu’il produise les effets contraires ; on vient peut-être de se priver d’une belle occasion de faire avancer une vision germano-française de l’Europe. Avec en héritage de mauvais traités… pire que la constitution !!! Soit : tant pis pour la méthode Monnet. Bienvenue aux peuples… Mais alors il faut pas se tromper de NON ;il y a le NON sepuku (AAARGH !) –il y a le NON c’est beaucoup mais jamais assez (on l’emporte grâce au vote Le Pen)le NON du coup fourré (tiens, prends ça dans l’raffarin) –le NON sécuritaire (non, c’est non, tête de fion) –et enfin le NON Sékou Touré (c’est pas grave, mettez-y la Gooooooooooooooooomis !)…Et là, je vous laisse méditer là-dessus. [Après un mel à Mel – en colère, d’où peut-être l’élitisme conservateur platonicien qui s’en dégage et mérite mon attention prudente : 

I hear what they say, the NO voters. But still I think it's a huge mistake. Maybe the idea of a more federal, more political Europe is just what people are not ready for. Though the treaty was just allowing that: not an economic construction anymore (finally!) but a POLITICAL one. It was opening the way to a new era of integration. The NO voters that have thought it over the most seem to be needing more time – they are not against Europe, they are against Europe as it is now. And? They have the worst of it. Nice was supposed to be temporary, it's ill-balanced, dysfunctional, narrow in ambition and I don't have confidence in the future, contrary to the enlightened NO voters. How can their disgust at the present things be so filled with an illusionary brighter future?! I know this is the end of a dream. If you want to hear the voice of reason, here's how it goes: there will be no federal Europe, only a congregation – or a mere aggregation – of Nation-States. The dream of the 19th century to surpass the Nation-State was blown up as it finally was taking off. Grave mistakes were made, mostly by our French political leaders. As it is now I only see two paths – a slow disintegration that nobody will even take notice of – or the on-going mediocrity, not incompatible with the expansion of a huge market. I hear what a lot of NO voters say and still it hurts. I'm not a French like most of my French friends who voted NO. I don't want to be a NO-French. I hope the most intelligent NO voters know what they are doing – I count on their wisdom to save the situation, to make me see what I haven't seen. Another chance maybe in a generation from now. People call "liberalism" what in fact is "social market economy" (a German invention) – I call this shooting in one's own foot. When I'm 60 and when the supposed excellence of the "French model" (which the constitution attempted not only to save but to generalize by giving it a legal basis on the European scale) is torn down to its last pieces so that there's nothing to defend anymore – maybe yes, then there will be peace in our hearts because there will be nothing left to defend beyond our ailing national political system and the ego-centered illusions of people who, too poor to feel any bond with the "integrationist élite", the plotting globalizers, at war with the interests of the good people, will nonetheless be relieved to have no far-seeing élite anymore at all. It seems to me the same thing already happened somewhere I know. Scarcity preferred over a world where a new start would have been possible. Generosity. Bigness. Words of the past. But now, against the "finity" of our world, let's close down our horizons. Let's vote for Bush as president of the European commission to give him a third chance. The world seems to be asking for that. And I hope I'm wrong.] mardi 0706/ 05 (you mean the 5th?) No all right I got it all wrong… J’ai un étudiant qui m’a écris un mail l’autre jour où il dit, “Oui, visiblement c’est l’année des élections honteuses.” J’ai tendance à être d’accord avec lui. On est en train d’envoyer quels types de messages? D’abord un grand OUI à Bush Skywalker pour la deuxième fois! & après, un grand NON à l’unification politique de l’Europe, ce qui implique un grand OUI à Monsieur Libéralisme lui-même, M. Sarkozy! This is not America! (On n’est pas en Amérique!) On va où là? J’ai bien peur qu’on aille directement dans les griffes de ce qui a existé depuis toujours – la minorité qui possède dirige la majorité qui ne possède pas assez ou pas du tout… Qu’est-ce qu’ils ONT au juste? Du fric, plein, plein, plein de fric ou du pouvoir, plein, plein, plein de pouvoir, ou un mélange des deux, plein, plein, plein des deux… On habite dans un monde de Ronald McDonald, Nike, Levis, Le Colonel Sanders & son KFC (non, non, ce n’est pas le bras (?) d’espionnage du Colonel) parmi d’autres marques, comme l’Amérique elle-même, avec son image de marque qui est “culturellement correcte” & qui envahit la terre, juste comme Ronald, Nike, and co.… On habite dans un monde où le darwinisme économique règne & où ce qu’on fait n’est pas nécessairement ce qu’il nous faut. Il y a des choses dans cette vie que je n’arrive pas à comprendre, le racisme par exemple. L’essence de l’idée ne pénètre pas dans ma logique & donc, ma compréhension. Cela n’a vraiment pas de sens pour moi. J’ai la même réaction par rapport à la redistribution de la richesse. Même une gosse ne trouverait ni la logique ni la justice dans le fait qu’il y ait des gens qui possèdent des fortunes équivalentes au PIB d’un pays entier pendant que d’autres font la queue pendant des heures pour se procurer du pain! Et quelqu’un qui a juste un brin de cerveau peut voir qu’il n’est pas logique que, dans un pays riche, les gens ne mangent pas & ils n’ont même pas le recours au travail parce qu’il y a tellement de chômage. Et parmi tout ça, les grandes fortunes deviennent plus amples (plus grandes encore) & les fortunés deviennent plus puissants. Nous, le peuple commun, les M. & Mme. Duponts, ont des salaires (si on a de la chance d’être salarié!) gelés pendant que le coût de la vie & les impôts augmentent. Les grandes fortunes en France rapportent 3,5 milliards d’euros à l’Etat – les pauvres !!! – heureusement que notre cher Raffarin leur a laissé une nouvelle loi de finance qui va alléger ces familles chanceuses en payant MOINS d’impôts !!!! Déjà on n’arrive pas à combler le déficit(e) & ils veulent BAISSER les impôts pour les gens qui ont le plus ???? Hmmmmm. Logique? Juste? Eh bien sûr, parce qu’on va AUGMENTER les impôts pour les gens qui travaillent déjà comme des bœufs & qui ne voient pas le couleur de leur argent. S’ils n’ont jamais 2 sous à dépenser à la fin du mois, d’enlever un peu plus ne fera aucune différence… Vous savez très bien que le Maître Bush Skywalker a montré le chemin – si on taxe trop les grandes fortunes, l’esprit d’entreprise ne peut pas décoller… Franchement, c’est le monde à l’envers & c’est tellement évident qu’on nous prend pour des gobeurs de n’importe quoi que c’est obscène. Le pire est qu’on fait rien de concret contre toute cette folie, pourquoi ?????  Eh oui Jon, mon ras-le-bol continue. Et ma colère monte. Des fois, je me trouve dangereusement près au bord – et non pas au bord d’une crise de nerfs, mais plutôt prête de faire quelque chose qui va leur faire comprendre qu’on n’est pas dupe, mais pas du tout. Ça ne peut pas possiblement continuer comme ça… Si oui, j’ai bien peur que la prédiction de Jon se réalisera – Bush Skywalker va éffectuer un troisième mandat, non pas à la tête du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, mais plutôt comme Président des Etats-Unis (ou pas) d’Europe….  jeudi 0906/ 05 Encore une fois, je suis d’accord avec toi, Melissa. Bush, président de l’Union européenne, évidemment là aussi je vote NON. Je rebondis donc, comme Toufek le fais si bien sur Manu, sur ta dernière chronique pour remarquer une chose : nous vivons dans un temps aux forces contradictoires, où l’on assiste à la fois à l’expansion du libéralisme (ouverture des économies) et le besoin pressant culturellement et politiquement d’un cadre national bien défini (recroquevillement national). Ce à quoi la figure de Bush répond parfaitement en effet, résumant à lui tout seul ces forces apparemment contradictoires, qu’il incarne, anime, et fait prendre corps au nom de toute l’Amérique. Je ne suis pas sûr que le choix doive se faire entre les deux – libéralisme, ou recroquevillement national, modèle américain ou bien européen ; Workfare ou Welfare ; je veux dire précarisation du travail ou extension du chômage. En l’occurrence, l’un suppose plus de libéralisme, l’autre plus de solidarité. Quelle différence au bout du compte ? Les arbitrages se font mieux en actes qu’en paroles, mais c’est là aussi qu’on peut constater à quel degré d’avancement les idées et les valeurs qui régissent ces arbitrages se trouvent…  Jean-Marc est mon ami. Il est électricien. CAP. Après 5 ans dans une boîte qui n’avait plus les moyens de le payer, il s’est retrouvé au chômage. Ce n’avait pourtant pas été faute de se donner sans compter dans son travail. Donc chômage. Presque 2 ans de recherche. En vain. Quelques petits boulots – et puis il a rendu de menus services – au black. Et là, il a compris – il allait trouver du travail comme ça en se mettant « à son compte », en quelque sorte, en se rémunérant sur facture d’honoraires ou chèques-emploi – ou au black. Il m’a dit : le chômage, ça va 5 mn. La solidarité soi-disant nationale, OK c’est sympa (le chômeur de Val-de-Reuil c’est pas celui de Saint-Germain-en-Laye) – mais ça va pas me donner du boulot. Je franchis le pas. Je sais c’est précaire – mais ’faut que je bosse.  Si vous recevez dans votre boîte aux lettres un petit coupon : « technicien polyvalent – pour vos travaux : électricité, plomberie, menuiserie d’agencement, serrurerie, métallerie, déco, patines, revêtement de sol… voilà la solution. 15 € à l’heure, 100 € par jour. » c’est peut-être Jean-Marc. En temps de guerre ce fut le marché noir. Pendant les Trente Glorieuses, c’était le salariat. Emergence maintenant de l’économie grise… Jean-Marc n’est pas contre l’Europe sociale. Il n’est pas plus libéral que qui que ce soit. Il parle de nécessité, d’état de fait. Il n’attend pas le gouvernement au tournant. Il dit : il faut se prendre en main. On peut pas toujours se reposer sur la collectivité. Moi je suis pour l’initiative. Soit. Il ne s’agit ni d’idée, ni – encore moins – d’idéologie. C’est pour lui question de survie. Mais c’est aussi l’air de ce temps, la marche de ce siècle. Peut-être un peu dans le vent du Medef. Son choix est le reflet pur et simple de la société qui se fait et qui ne dit pas son nom, quand tout le monde parle de solidarité, d’universalisme, et d’égalité. [Sauf le Medef, qui ne parle pas d’inégalité non plus.] Merci, Jean-Marc. Maintenant on sait ce que ces notions cachent. Et en plus je vais pouvoir refaire ma salle de douche sans TVA ni charges – rentable, non ?(nice material from Aaron for another chronicle, how the French are the epitome of democracy – hey they did say NO to that damn president who was commanding them to vote YES… too bad the French president doesn’t know the French himself, who had send him messages that they didn’t like “his” prime minister – and yet they broke their European toy, proof for the People’s Republic of China Government that this EU thing isn’t worth the try, whereas the Taiwanese would see in its model a way to overcome “cross-Strait” tensions…) http://www.taipeitimes.com/News/edit/archives/2005/05/31/2003257351 mardi 1406/ 05 

Ça y est Jon – Sarko & Villepin ont trouvé le moyen d’arriver au meilleur « mix(e) des cultures » pensable ! Bon, ce n’est pas pour demain, c’est plutôt sur le long terme, mais ça marchera. Ils sont BRIIIIIIIILLLLANTS !!!!! Je t’explique… Je lisais un article ce week-end du 10 juin dans le Nouvel obs. en ligne, écrit par Alain Morice, anthropologue & chercheur au CNRS où il expose la différence entre l’usage du mot « quota », celui que Sarko & Villepin ont évité à tout prix d’employer, et du mot « catégorie », celui qui était en fait (in fact is not by the way) choisi. M. Morice ouvre le débat sur ce choix stratégique des mots en remarquant que pour lui, bien que « quota » impliquât une idée de quantité & « catégorie » une idée de qualité, les deux avaient sémantiquement parlant(e) très peu de différence. Je ne suis pas tout à fait d’accord – même si on parle de pure(ment) sémantique, il y a un monde de différence entre les deux. Un chiffre reste un chiffre, il n’y a pas de jugement dessus. Qui ou quoi est le meilleur porte un(e) grand(e) air(e) de subjectivité. « Tu ne peux pas rentrer parce qu’il n’y a pas assez de place » n’égale pas « Tu ne peux pas rentrer parce que tu n’es pas utile pour moi ou parce que tu n’es pas qualifié. »  En tout cas, Sarko & Villain, oh pardon, Villepin ont opté pour le mot « catégorie ». M. Morice demande ensuite, quelles catégories ? Par profession ou par niveau de formation ? C’est à ce point (= moment) dans l’article où (qu’) il exprime son inquiétude, parce qu’il voit mal la France dire « oui » à un informaticien & « non » à quelqu’un d’autre, sur le seul critère qu’il est un travailleur non-qualifié.  Mais Jon, c’est justement LA où l’on trouve le génie de ce plan de contrôler l’immigration!!!!! Alain Morice a tort, mais vraiment tort de s’inquiéter. En appliquant le tri(age) et par les professions dont la France a besoin et par niveau de formation, bien sûr en prenant les meilleurs, dans 10 à 15 ans, la France pourrait devenir un microcosme du monde parfait ! Ouverte sur le monde, un(e) bon(ne) mélange des races, des religions & des cultures & tout le monde heureux parce qu’il n’y aurait pas de chômage ni de pauvreté. Je suppose qu’on peut même créer une espèce de « IMMIGRATION INTERIM » (« immigration intérimaire », ou un « intérim migratoire ») pour que les gens puissent repartir dans leurs propres pays après avoir fait le boulot nécessaire – après tout, on ne peut pas héberger tout le monde !!! (Eh oui, ça c’est bien un QUOTA !!!) Tu te rends compte Jon ?????? Non seulement on a la chance de vivre pendant l’époque du Bush Skywalker, mais en France, on a le plaisir ajouté du Duo Dynamique – J’ADORE Batpin & Robinkozy !! Ils sont BRIIIILLLLANTS !!!  

jeudi 1606/ 05

Les justiciers du peuple français, les inséparables Batman, alias Villepin, et Robinkozy, comme tu les appelles Melissa, veulent introduire la notion de « catégorie » et non plus de « quota » dans leur politique de l’immigration. Le chiffre brut et mathématique du quota, aussi juste que l’arbitraire du tirage au sort, est ici remplacé par un filtrage rationalisé par critères renvoyant aux qualités de la personne. En fait c’est déjà ce que fait le Québec, soucieux de préserver sa spécificité culturelle, avec un jeu de points que le candidat à l’immigration accumule en fonction de son origine, son âge, sa situation de famille, son niveau de formation, sa spécialité professionnelle. En France, fait nouveau, l’Administration personnalise, donc on va dire : c’est bien. En écho à cela et de manière plus générale, je vois que partout dans le domaine du marché de l’emploi, le recrutement, les ressources humaines et, plus précisément, la sélection sociale, on voit s’immiscer les notions de savoir-faire et de savoir-être. L’évaluation de l’employabilité se mesure à l’aune de ces notions en effet, et ce qu’on applique aux étrangers venant chez nous, nous nous l’infligeons déjà à nous-mêmes. Même si pour l’étranger en question c’est sans doute plus flagrant, plus violent. Dès l’école et au plus fort de la fabrique démocratique, on pose des normes ou des seuils – c’est-à-dire aussi des compétences, et donc des savoir-faire et des savoir-être. Or cela, bien que partant d’une bonne intention, produit de fait un nivellement et une normalisation. En voulant par principe l’accès de tous à une culture commune on postule en réalité, et sans qu’on s’en rende compte, un manque et une absence qui, lorsqu’ils ne sont pas comblés, induisent automatiquement à l’exclusion, c’est-à-dire à faire de certaines personnes des étrangers en leur propre pays.  I’m an illegal alien, born in the country where I live. Comme il y eut ces exilés intérieurs dans ce que fut l’URSS. Maintenant, Melissa, que tu parles de quotas au moment où tu penses nous quitter, voilà qui est bien malicieux… Melissa la malice. Mais peut-être tu veux laisser ta place à un docteur en radiologie h-d-rienne ? 

Melissa la malice,

la miss d’une France lasse,

tu laisses ta place

et t’envoles on s’enlise

et ça glisse

reviens-nous Melissa

tire-nous de cette mélasse

on sait qu’il n’y a de race

que la place qu’on vous donne

quand dans la main tu tiens la liasse

reviens-nous Melissa

on pense à toi quoi que tu fasses    

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