GRAND-MERE A DE BIEN GRANDES DENTS
entre critique radicale et réformisme du capitalisme mondial
Tout commence par un constat tout bête : ma grand-mère, américaine, n’a jamais travaillé. Veuve de son mari, modeste ingénieur civil, elle n’en a pas moins réussi à vivre confortablement dans une des régions les plus chères d’Amérique, le Nord-Est du New Jersey, aux abords de New York. Comment ? En plaçant son argent en bourse. Non pas qu’elle soit une fine analyste financière, mais parce que son geste est ce qu’il y a de plus naturel dans son pays. Vous avez, vous, une grand-mère qui place son argent en bourse comme elle fait son marché ? Si oui, c’est une sacrée capitaliste – alors que ma grand-mère n’a ni credo ni gourou en ce domaine. Ce que je vois : une grand-mère comme les autres, qui fait des cookies et des brownies quand sa famille lui rend visite.
En France, pays capitaliste problématique, on n’a pas réglé toutes nos préventions contre l’argent [la France et l’argent selon Yves Tinard]. Car il en faut bien pour vivre. Et s’il est méprisable d’en gagner trop, on veut bien gagner la Super Cagnotte du Loto, « Gagner des Millions », etc. comme pour rétablir une injustice par ailleurs insupportable. La richesse ne devrait pas être un privilège réservé aux riches.
Mais ma grand-mère n’est pas riche. Et justement, elle n’a jamais joué au Loto (pas aussi populaire dans son pays) – et c’est pour cela qu’elle a placé son argent en bourse… Alors qu’en France, le capitaliste a des allures de grand méchant loup – et ni ses critiques (c’est normal), ni lui-même (c’est amusant) ne font rien pour arranger cet état de fait.
Le grand méchant loup sort des bois
Les charges patronales, le coût du travail, voilà bien l’ennemi à abattre, après la secousse faite au dispositif des 35-heures à l’aune des critiques lancées par le gouvernement Raffarin dans sa dernière mouture [article écrit en 2004]. Volkswagen montre l’exemple : ou vous travaillez plus de temps au même prix, ou on délocalise.
Ailleurs, on ne s’encombre pas de ces politesses. Le patron de Devernois, appelé à s’expliquer quant au choix qu’il a fait de licencier son personnel en France pour embaucher en Europe de l’Est une main d’œuvre de deux tiers moins chère [France Inter, le 7/ 9, 16 septembre 2004], s’enorgueillit d’être à la tête d’une entreprise qui jamais n’a été déficitaire… Alors pourquoi délocaliser ? « Justement parce que Devernois a toujours su anticiper les grandes tendances dix ans avant. » Il ajoute : « Avec moi ou un autre, les salariés seront à la même enseigne, ils ne seront pas mieux lotis. Mon métier est un métier de chiffres » – et contre l’augure des chiffres, que croyez-vous qu’on puisse faire ? « C’est à cette discipline que mon entreprise doit son succès. »
Les délocalisations, pour inquiétantes qu’elles soient pour le grand public, ne sont en réalité qu’une infime partie de la réalité économique. Sans doute faut-il y voir une inquiétude qui n’est pas sans fondement, prenant son origine dans la peur d’une émigration généralisée des embauches dans l’industrie, en Asie (Bangladesh, Chine…), et depuis peu en Europe de l’Est (Pologne, Hongrie, Slovaquie, Roumanie…) et maintenant dans les services, en Afrique du Nord (au Maroc par exemple), ou encore en Europe de l’Est (1). Les médias, sensibles aux cas extrêmes de la détresse d’une frange exposée de la population aux aléas économiques et friands d’une justice qu’ils s’imaginent rendre à bon compte par simple dénonciation, gonflent à outrance le danger qui nous guette. La loi de finance pour l’année 2005 annonce cependant, comme en échos aux sirènes médiatiques, des mesures tendant à limiter les délocalisations. On dit moins que la France, malgré tous ces « handicaps » (35-heures, charges patronales, poids de l’emploi public), reste le deuxième pays [lu dans Courrier International], placé après la Royaume-Uni, pour attirer les entreprises et les investissements étrangers. On dit encore moins, ô France leader des pays altermondialistes (2), qu’il y a d’une à trois entreprises françaises pour occuper entre le premier et le dixième rang mondial, tous secteurs de l’économie confondus, disputant ainsi la Puissance économique avec les Américains, les Allemands, les Britanniques et les Japonais (3).
Peut-être est-ce parce qu’il est conscient de cette relativité des choses, qui échappe à la scrutation des grands médias, que le patron de Devernois dit tout haut ce qu’un certain nombre de patrons, comme lui, pensent tout bas.
Mais les délocalisations, pour spectaculaires qu’elles soient et même si elles restent marginales dans leurs effets, sont aussi l’occasion de dénoncer ce qui par ailleurs, faute de visage, ne sait retenir la description de nos mots impuissants. Un trou noir ne renvoie pas la lumière… La bonne conscience de M. Devernois n’enlèvera rien, donc, au drame lancinant du chômage – quoi qu’en soit l’origine – ni à la détresse et aux fracassures de tant de vies précarisées qui, elles, ne sont que trop réelles. Un calcul cynique pourrait les négliger si leur nombre était réduit – cela n’enlèverait encore rien à la valeur de ces destins pris séparément. Mais les statistiques n’aideront guère à soulager notre conscience ; il y aurait en France quatre millions de travailleurs dans l’incapacité de joindre les deux bouts. Qui devrait s’en soucier ? Pas le monde de l’entreprise, à en croire certains tenants du monde des affaires. M. Devernois est ici en phase avec la direction du Medef ; M. Seillières affirme de son côté que « l’entreprise doit jouer un rôle majeur dans la société mais n’est pas tenue de jouer un rôle social » (4). Autrement dit : le « social » n’est pas majeur – à nous le tranchant inexorable des chiffres, à d’autres l’épaisseur de la réalité humaine.
Le grand méchant loup a des doutes
Point de fatalisme de classe, cela dit. Le « patron » (les guillemets indiquent ici la figure stigmatisée) a droit à une conscience, tout autant. Généralisons au cadre d’entreprise : quels intérêts sert-il donc, celui qui choisit le chiffre au détriment de l’humain ? Fausse opposition ? Vrai dilemme ? Quel système, QUI parle à travers celui qui se fait le devoir d’incarner un tel choix ? Qui se fait acheter au prix de hauts salaires pour servir la puissance ? Un économiste, il y a bien longtemps maintenant, intégrant les rapports de force sociaux dans le calcul économique, aboutissait à la réflexion suivante : « Pour au moins encore cent ans nous devrons prétendre à nous-mêmes et à chacun que le juste est infecte et l’infecte, juste ; cela parce que l’infecte est utile alors que le juste ne l’est pas. L’avarice et l’usure et le calcul seront nos dieux pour encore un peu de temps. » (5)
En langage moderne, cela peut se traduire de la façon suivante :
Depuis les années 1980, l’objectif de la performance « totale » a été érigé en modèle, avec toutes ses contraintes: le « zéro défaut », la qualité au moindre coût, avec des budgets resserrés et dans des délais les plus brefs, apparaissent comme une injonction à résoudre la quadrature du cercle. Si l’on en croit tout un courant de management, l’individu au travail se doit d’être constamment motivé, à l’optimum de ses performances et capable (le communiquer en toute transparence avec ses supérieurs, ses subordonnés et ses collègues. Aucune part de lui-même ne devrait échapper à l’engagement dans le travail on évalue non seulement ses « savoirs » et « savoir-faire » mais aussi son « savoir être », lequel implique des comportements qui relevaient antérieurement de la sphère privée et de la liberté personnelle. Un tel modèle implique Lui engagement dans le travail ou les frontières entre vie privée, vie sociale et vie au travail s’effacent, provoquant de graves déséquilibres. La culture du chiffre et du client-roi entretient pareillement la pression, obligeant ceux qui y sont soumis à une intériorisation de la bonne image du vendeur perpétuellement souriant face à des clients de plus en plus exigeants et souvent insatisfaits. Et par une sorte de schizophrénie sociale, celui qui est soumis à cette pression clans son travail peut devenir lui-même, dans ses achats et ses demandes de service, ce client acariâtre réclamant l’impossible. Ce ne sont pas les exigences de performances, d’écoute du client et de l’usager qui sont en cause, mais tout un courant du management qui, s’emparant de ces exigences, développe un modèle de la performance sans faille et d’implication totale dans le travail générateur de stress et de mal-être. [J.-P. Le Goff, Le Monde Economie, 28 Mars 2000]
La phrase de Keynes frappe en effet par son actualité ; elle n’a pas échappée aux éditeurs du magazine économique Forbes aux Etats-Unis en 2002, suite aux scandales et aux faillites spectaculaires de grandes entreprises-phares de l’économie mondiale : Enron, entraînant dans sa chute le cabinet d’audit Arthur Andersen. En même temps, on assistait à une « surcapitalisation » inégalée d’entreprises de haute technologie sur les marchés financiers (avec la fusion AOLTimeWarner par exemple) et au risque d’éclatement de la « bulle » boursière. En France, nous avons eu aussi notre bouquet de fleurons appelés à faner : Vivendi-Universal, Elf, et plus récemment Alsthom. Dans ce même numéro de Forbes, il était fait mention d’une citation d’Alan Greenspan, directeur de la Fed (Banque Centrale américaine) : « Pourquoi est-ce que les principes de la gouvernance d’entreprise, qui nous ont raisonnablement bien servis par le passé, maintenant nous font défaut ? Une avidité infecte semble avoir saisi la plupart des gens du monde des affaires. » Plus simple et plus court, le gourou des affaires Donald Trump conclue : « L’idée, somme toute, est de n’être pas trop avide ». Construire sa maison, sur des bases solides, en faire profiter autrui, souvent moins bien nanti… Il y aurait donc du petit cochon dans le grand méchant loup.
Mais point trop n’en faut… Ces citations apparaissent en fin de numéro, comme un pense-bête pour le cadre bien-pensant. La couverture du magazine est dédiée au dossier principal : une guide complet des fonds de placement ; gros retours sur petits investissements ; attention, quelqu’un veille-t-il à la santé de votre fonds de pension ?
Un coup de vent dans la maison des critiques du capital
On comprend que Forbes veuille faire du sentiment, en appeler aux nantis qui lisent ses lignes à faire preuve de « bonnes intentions » : le capitalisme triomphant de l’après-1989 ne tient pas ses promesses, les inégalités s’accroissent, toujours au nom du bonheur du plus grand nombre. Quoi qu’on en dise, il ne faut chercher la révolution du côté de la presse économique américaine. On comprend juste qu’il n’est rien de plus banal que de dénoncer le « capitalisme » dans ses abus et ses dévoiements – puisqu’on le fait même chez Forbes !
C’est entendu, le monstre froid des sociétés mondialisées, ce n’est plus l’Etat mais le marché indifférent au sort des laissés-pour-compte. Que l’Etat soit complice, consentant, ou bien simplement impuissant, le résultat est le même. L’arrogance des chiffres pourra en heurter plus d’un : le pays s’enrichit, quoique de plus en plus difficilement si l’on en croit le ralentissement du taux de croissance, mais le recul du salariat, la précarisation des situations professionnelles n’en finissent pas de progresser, de se généraliser comme pour tendre à devenir la nouvelle règle. Ces faits sont connus ; la richesse s’accroît mais ne se partage plus. Aujourd’hui le marché n’exclut plus – il ignore. Les délocalisations cristallisent ce reproche fait à la rationalité comptable de l’entreprise d’aujourd’hui. Il faut bien un coupable – et on dit que c’est la faute au capitalisme.
Donc tout le monde est d’accord. Forbes pour commencer. Bien sûr, la bonne conscience qu’il affiche prête à sourire, mais le militantisme de certains tout autant. Prenons l’exemple de la taxe Tobin, dont la popularité dépasse tout ce que son inventeur pouvait imaginer (il l’a invité à titre d’exemple pédagogique) : fer de lance des critiques de la grande finance internationale, la taxe est réputée pouvoir recouvrir le manque dont souffrent les plus pauvres, alors qu’elle n’est en réalité rendue possible que dans la mesure d’un succès reconnu du capitalisme. Dans le fond, ce que disent les critiques – « le capitalisme est pourri, il faut l’entraver » – contraste étrangement avec ce qu’ils proposent : une simple modération du capitalisme, dont il s’agit de limiter les effets. C’est tout (6).
Dans « Le nouvel esprit du capitalisme » (7), on comprend finalement que le malaise n’est pas tant dans le capitalisme lui-même que dans la critique du capitalisme. La ruse du capitalisme, n’est-ce pas de faire croire à ses ennemis qu’ils existent (8) ?
Construire une nouvelle maison
Les critiques sont plus nombreux en France qu’au pays de ma grand-mère. Où peut-on voir émerger pourtant les plans d’une nouvelle maison ? Là où, étrangement, on prend le capitalisme pour argent comptant, si l’on peut dire – au pays de ma grand-mère. Avant de crier au loup, il faut se rappeler que la critique du capitalisme est le propre du capitalisme même – sa capacité à se renouveler en permanence, comme le protestantisme anglo-saxon, si prompt à créer sans cesse de nouvelles « sectes », autant de branches nouvelles qui lui permettent de se perpétuer tout en se métamorphosant, en s’adaptant aux mondes d’aujourd’hui et à venir. Cela ne veut pas dire que le capitalisme s’adoucisse ou s’améliore, au regard d’une éthique plus généreuse, plus humaine ; mais il se renforce certainement. En le ramenant à un moyen, et non plus à une idéologie, on identifie enfin des acteurs – entreprises nationales ou multinationales, représentants patronaux, décideurs des chambres de commerce et d’industrie, instances internationales (OMC, FMI, Banque Mondiale), le ministère de l’Economie et des Finances, la Commission européenne… qui tous jouent un rôle, pas le même, et interviennent à des niveaux divers de la marche de nos économies. On est alors plus à même de comprendre les enjeux, tout en dépassionnant sa haine de l’ennemi à abattre, en le dédiabolisant aussi. Car la diabolisation est le meilleur service qu’on puisse lui rendre : c’est la figure inverse d’une divinisation.
Le problème d’une critique radicale, finalement emportée, qui s’emballe, c’est de se nourrir à la source même de ce qu’elle prétend combattre. En s’excluant, on oublie à quel point on est encore dans le « système », meilleure façon, insidieuse cependant, de le servir. La rationalité des Lumières, dont sont issus à titre égal le capitalisme et sa critique, continue d’agir sur nos préceptes : on voit bien que les choses vont mal et que le monde mérite quelque amélioration de la part des hommes de bonne volonté. Or, porter son coup au « capitalisme », c’est se leurrer, et oublier qu’il s’agit d’autres choses, au premier rang desquelles je placerai notre pratique de la démocratie. L’accroissement conjoint de la richesse et des inégalités trouve-t-il tant sa cause dans le « capitalisme » ou plutôt dans une sorte de démission, ou lassitude, démocratique ? Comment, en effet, pouvons-nous tolérer telle injustice (c’en est une au regard d’une démocratie soucieuse d’égalité) si on est démocrate ? La redistribution en panne dans les démocraties modernes, la raréfaction des situations stables, et l’accumulation des biens et de l’argent se réduisant à un privilège de plus en plus exclusif, invitent à l’hypothèse d’une oligarchisation (9) de nos sociétés.
Dans les réunions patronales, le désir de « se débarrasser du Code du travail » s’affiche désormais ostensiblement [Libération, 1er septembre 2004 article ???]. Ce n’est peut-être pas tant l’esprit malin du capitalisme qu’une démission démocratique, rampante partout, pas seulement dans lesdites réunions patronales. Par contraste, on s’étonne alors qu’en Amérique on puisse confondre autant capitalisme et démocratie. C’est la confusion de deux sortes de libéralismes, pourtant bien apparentés historiquement : le libéralisme économique (vu comme étant à droite) et le libéralisme des mœurs (vu comme étant à gauche). C’est aussi un principe qui semble parfois nous échapper, ici en France : la responsabilité de l’individu, c’est-à-dire de chacun, à tous les niveaux de la société, notion ramenée à sa juste place dans l’éthique à la fois critique et compréhensive du capitalisme dans les « Bonnes intentions à part » de Laura Nash (10).
Quand M. Devernois dit : « Mon métier est un métier de chiffres », il exprime une dichotomie, qui lui donne bonne conscience. Il y aurait d’un côté les valeurs personnelles, et de l’autre les décisions qui s’imposent pour le bien de l’entreprise. A cette logique, Laura Nash oppose les « people values » et la « other-orientedness », qu’on peut traduire par primordialité de la personne et altruisme dans les décisions managériales. Le raisonnement s’applique donc au niveau de l’individu responsable, sachant que ces décisions doivent produire un plus grand bien – ou, dans le pire des cas, un moindre mal – dans ses effets à travers un temps le plus long possible et au profit de la communauté humaine (à l’échelle de l’entreprise : quartier, ville, pays…) dans laquelle l’entreprise opère.
Ce n’est donc plus trop une surprise si des titres récents de la presse et de l’édition témoignent d’un retour inattendu du nom même de Marx. Le magazine NewsWeek annonçait le retour de Marx (11) ; dans la presse française, on emboîte le pas (exemple : « Karl Marx, le penseur du troisième millénaire – comment échapper à la marchandisation du monde ») (12). Quinze ans après la chute du Mur de Berlin, les thèses, marxiennes plus que marxistes, de Noam Chomsky, débarrassées du soupçon qui pesait depuis longtemps sur leur auteur d’amitiés coupables avec les régimes communistes, connaissent aujourd’hui un regain de popularité aux Etats-Unis.
Ce n’est donc pas ma grand-mère qui va me manger. Mais cela ne me dit rien sur la validité morale du système qui l’a fait vivre. En démocratie – américaine aussi bien que française – l’autonomie de l’individu est essentielle, et donc aussi sa responsabilité. C’est-à-dire un altruisme authentique – et non pas son inverse intolérable, un individualisme confinant à l’égoïsme, même le plus réfléchi, le plus éclairé. Laura Nash en déduit l’importance de la pensée et des actes pour et dans le cadre d’une communauté – quelle qu’en soit l’échelle : mon quartier, ou l’humanité entière. Elle dit : le monde des affaires est par nature fait de relations, d’obligations réciproques et de bénéfices mutuels ; des affaires qui marchent supposent des conditions de compréhension des besoins et des attentes non seulement des acteurs de la transaction directement impliqués mais aussi de tous ceux que les effets de ma transaction peuvent affecter, de près ou de loin. Il n’y aura pas de révolution ; mais le changement devra intervenir à l’intérieur, de manière permanente, dans les centres de décision des grandes entreprises, des petites aussi, dans les appareils disséminateurs de l’idéologie de la « démocratie de marché » (OMC, FMI…) (13). Le changement, enfin, interviendra dans les cœurs mieux que partout ailleurs. C’est à ce prix seulement qu’on peut espérer voir se modifier en profondeur les conditions matérielles d’exercice de l’économie de marché.
L’idée de cette auteure américaine, quoique libérale convaincue, est aussi vaguement trotskyste, non ?
Printemps 2004
(1) ce qui n’est pas toujours très logique – si on a peur de l’immigration, on devrait se réjouir des embauches que l’on fait à l’étranger. Aussi, on me glisse cette idée : une entreprise française qui se veut « éthique » ne doit pas forcément choisir la France, au détriment de la Pologne, par exemple, pour recruter son personnel. Un travailleur polonais ne vaut pas moins qu’un travailleur français – il a droit aussi à un travail… A moins qu’on oppose éthique mondialisante et éthique nationalisante.
(2) avec le Brésil, depuis le discours du Président J. Chirac à l’ONU le 23 septembre 2004.
(3) sauf en informatique, où la France est absente ; et en aéronautique, où c’est grâce à l’alliance EADS avec les Allemands et les Espagnols – Bilan du Monde, 2003, pp. 182-3.
(4) magazine Risques n° 43 de 2000 .
(5) ce qui devrait nous renvoyer, au pire, aux années 2030, non ? – selon J. M. Keynes, cité dans Forbes, 30 septembre 2002 – ma traduction
(6) l’argument est de Pascal Bruckner : « Y a-t-il une alternative au capitalisme », paru dans Esprit, janvier 2001.
(7) de Luc Boltanski et Eve Chiapello, « Le nouvel esprit du capitalisme », cité aussi dans l’article de Pascal Bruckner.
(8) idem.
(9) les points de vue divergent ici ; là où je vois une oligarchisation, d’autres verront une corporatisation (rhétorique des « droits acquis », le « mammouth », les « syndicalo-fonctionnaires », etc.) ; on s’accorde donc sur une sorte de captation des richesses ; pour éviter d’avoir à trancher de manière définitive (qui vole à qui, et donc à qui la richesse revient-elle de droit ?), je dirai qu’il s’agit là dans un cas ou dans l’autre d’un symptôme de déni de justice démocratique.
(10) Laura Nash, « Good Intentions Aside », HBS Press, 1993. Les « people values » et la « other-orientedness » de Laura Nash feront l’objet d’un article ultérieur.
(11) NewsWeek – référence à confirmer.
(12) Le Nouvel Observateur, hors-série numéro 52, octobre-novembre 2003. Le succès de librairie de « Bonjour paresse » (Corinne Maier) peut s’interpréter aussi comme un essoufflement de l’individualisme régissant la flexibilisation des relations employé-employeur : la liberté de l’un (l’employeur) de disposer de l’autre (l’employé) devait libérer l’autre de la loyauté qui découlait des garanties salariales envers son employeur. A défaut de chercher ailleurs (un autre employeur – qui se fait rare) les conditions d’un travail meilleur, l’employé est dorénavant tenté de ne plus remplir le contrat qui le lie à son employeur, voire de profiter de lui comme si c’était de bonne guerre, de travailler le moins possible.
(13) Dans « Empire », Roberto Negri explique, en s’inspirant de l’expérience de la Rome impériale, que la conversion des hommes aux idées de la puissance dominante passe par le noyautage d’institutions internationales et la séduction par le biais de biens matériels, de consommation courante ou technologiques, réputés plus ou moins neutres (Internet – aqueduc des temps modernes ! – par exemple) plus que par la domination centrale d’un Etat.