J’entendais ce matin sur France Inter (Rue des Entrepreneurs, octobre 2007) une intervention d’André Comte-Sponville sur la question de savoir si le capitalisme est moral. Non bien sûr, la morale relève de l’individu ; le capitalisme est a-moral, dit-il. C’est donc à l’individu qu’il revient de l’être, moral je veux dire. La journaliste lui fait remarquer tout de même qu’il y a un problème de distribution, ou au moins que c’est une des manières de situer le problème de la moralité du capitalisme, non plus au niveau de l’individu, mais des choix collectifs que fait une société. Là-dessus le philosophe répond : ah oui, autrement dit il y a des riches et des pauvres. Et il faudrait que l’argent des riches aille vers les pauvres.
MAIS NON, PAS DU TOUT !!! ai-je pensé. Où va l’argent des richesses qui sont produites, voilà la question qui n’est pas posée au départ. A qui revient-il d’engranger le « profit » ? A qui faut-il « imputer » ou « affecter » (comme dans un budget) la traduction en argent de l’effort collectif de l’entreprise ? Ce n’est, du coup, plus une question de verser un peu de l’argent des riches vers les pauvres !!!
Aussi, je voulais aussi revenir sur une notion : celle de profit – il peut bien se traduire en termes financiers, mais je crois qu’une notion élargie mérite toute notre attention. Le profit pourrait être le profit SOCIAL, donc le produit d’un mieux-être de la collectivité. Cette notion se conçoit assez facilement en économie locale ou micro-économie. Qu’une entreprise dans sa ville apporte de l’emploi dans son bassin d’opération, qu’elle re-distribue une partie de ses revenus pour des œuvres solidaires (ne serait-ce que sous forme d’impôts, qui viennent financer la vie de la collectivité), c’est bel et bon.
Mais la réflexion se corse, je crois, quand on l’aborde à très grande échelle et sur le très long terme. En poussant très loin la réflexion sur cette idée de profit social, on peut aller aux limites même du capitalisme, car alors peut-être le meilleur profit social ne s’obtient que dans la décroissance. Non ? Voyons : quel bien tirer d’une production et d’une consommation toujours plus poussée ? Quel bien tirer d’attitudes qui mènent à toujours plus de pollution ? Ne faudra-t-il pas un jour re-rationaliser le capitalisme (en tant que système de production et d’allocation des richesses) – et finalement le re-diriger (ben oui, c’est ça : re-moraliser, même) de sorte que nos modes de vie soient viables, soutenables (on dit : « durable » en fait) ? Est-il moral de vendre des voitures aux Chinois ? Qu’ils améliorent leur « niveau de vie » si 1 milliard de voitures supplémentaires c’est 1 milliard de fois plus dévastateur pour l’air que nous respirons qu’un milliard de bicyclettes ? Ou à l’inverse, quel bien social et collectif tirer d’une décroissance, si cette décroissance implique de mettre tout le monde à la porte, et de retourner dans son jardin, dont la plupart des gens, pour l’instant, sont privés ?
J’avais entre temps enterré le sujet. Mais ces propos m’ont donné envie de faire partager cet article rédigé il y a quelque temps et qui continue la réflexion.