June 20, 2009...2:50 pm

ETATS VOYOUX

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Ce matin la presse annonce le refus catégorique du Premier ministre israëlien de suivre les recommandations du président américain qui le recevait il y a une semaine à Washington. Comme quoi, la belle gueule d’Obama ne suffit pas en diplomatie. Sur cette même page nous disions lundi dernier : « Le refus buté du Premier ministre israëlien Netanyahu d’entendre parler d’un Etat palestinien pourrait n’être que tactique : il fera croire qu’il cède à la volonté des Américains, qui lui font en réalité un cadeau, et négociera ses avantages… » En fait, on n’en est même pas encore là. Mais qu’est-ce donc que Benyamin Netanyahu peut mettre dans la balance, face au colosse américain ? Sans doute demande-t-il aux Etats-Unis de régler « le problème iranien » d’abord, comme condition, et ensuite on reparlera d’un Etat palestinien. En attendant, l’occupation illégale des territoires et leur colonisation continuent ; le gouvernement israëlien vient de lancer récemment un appel d’offres pour construire de nouvelles habitations en territoire occupé.

Ainsi, les mécanismes derrière ces tractations ne laissent pas d’étonner : comment un petit Etat comme Israël (5,8 millions d’habitants) peut ainsi refuser de « coopérer » avec son bailleur de fonds principal et allié stratégique ? Je croyais que ce qui justifiait les orientations radicales d’Israël était sa mise en danger imminent dans une terre hostile ? N’aurait-il donc pas intérêt à écouter les bons conseils de ses alliés ?

Retour sur certains faits :

-          la relation entre Etats-Unis et Israël est unique ; la première explication est que la mythologie nationale américaine se raconte une histoire pareille à celle d’Israël : un peuple, élu de Dieu, qui traverse les eaux (la Mer Rouge/ l’océan Atlantique), qui fonde un pays en Terre promise (la Palestine/ le Nouveau Monde). En fait, les Américains préfèrent s’imaginer une origine biblique plutôt que d’admettre leur ascendance britannique. En développant une mythologie des origines, ils coupent les ponts historiques avec leur ancienne métropole et s’inventent une identité rêvée, qui les rapproche de fait d’Israël ;

-          sur le terrain politique, le lobby pro-israëlien AIPAC (American-Israeli Public Affairs Committee) est devenu l’un des lobbies les plus influents aux Etats-Unis ; au Congrès, nombre de Sénateurs ou de Représentants ont compris qu’en ne votant pas favorablement pour Israël, ils risquent de perdre les prochaines élections. De 1978 à 2006, les comités d’action politiques pro-israëliens ont versé 43,7 millions de dollars aux candidats qui votent au Congrès selon les recommandations d’AIPAC (1) ;

-          l’aide américaine versée à Israël entre 1949 et 2006 se monte à 62,5 milliards de dollars. C’est le même montant que pour l’aide versée au reste du monde, tous autres pays confondus. L’aide moyenne par an est de 2 à 3 milliards (4 à 6 millions par jour) (2). 

Alors, quand le président américain fait les gros yeux au Premier ministre israëlien, il ne peut pas l’impressionner tant que ça. D’autre part, l’Amérique ne peut pas se permettre de perdre la loyauté d’Israël, qui lui coûte si cher, un pied-à-terre extrêmement précieux au Moyen-Orient. On pourrait croire qu’Israël, au prix que paie le contribuable américain, soit une sorte de protectorat américain, un cinquante-et-unième Etat… mais Israël reste parfaitement souverain. Certes il y a l’Afghanistan, aux marches de l’empire, pour servir de tête de pont stratégique dans la région, mais là rien n’est acquis…

Le résultat est que le contribuable américain soutient un Etat criminel au regard du droit international et qui bat le record des violations des résolutions de l’ONU ; Israël viole également les dispositions de la Quatrième Convention de Genève (quant au droit des réfugiés, les pressions économiques, les restrictions faites au droit de circulation, les difficultés d’approvisionnement…). Cela fait d’Israël un Etat hors-la loi, mais protégé par son grand frère les Etats-Unis. L’Amérique au Conseil de Sécurité de l’ONU a usé de plus de quarante fois de son droit de veto en faveur d’Israël.

La religion (Juifs et Musulmans) n’est pas responsable de ce triste état de fait, mais le nationalisme (qui parfois s’appuie sur le sentiment religieux en effet, à des fins de récupération – et ce, bien aussi du côté des Palestiniens, tenus dans un étau intenable) ; c’est la politique des hommes qui perpétue cette terrible situation – et c’est encore elle qui, seule, pourra y mettre fin. Mais alors, il faudra bien prendre la mesure des réalités qu’on se refuse à voir. Le pire ennemi de la paix, ce n’est pas l’ignorance, c’est l’illusion (2). D’Israël et des Etats-Unis, lequel est le plus voyou ?

Jonathan, pour le 25 mai 2009

(1) sources tirées du film documentaire « Occupation 101 », par Sufyan et Abdallah Omeish

(2) pour paraphraser Stephen Hawking

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