March 28, 2009...7:15 pm

IL N’Y A PAS QUE LES GRANDES GUEULES

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“On a le chef qu’on mérite” est une vérité qui ne vaut qu’à moitié, tant il est vrai que le chef a les subordonnés qu’il mérite. Exemples de chefs :

- le chef infaillible dans sa bulle sur-réelle, genre Benoît XVI du désespoir des catholiques ;

- le chef blingbling & rock n’ roll, genre Nicolas Sarkozy du désespoir de la moitié des Français ;

- le chef bouffon genre le maître actuel de l’Union africaine du despespoir des organisaitons internationales ;

- le chef qui tourne mal, genre Idi Amin Dada du désepoir de tous les Ougandais…

 

Qu’avons-nous fait pour mériter ça ? Peut-être aussi faudra-t-il s’en prendre à nous-mêmes. Enfin, n’est-ce pas trop tôt ? dans les rues de France on défilait ce jeudi – mais n’a-t-on pas manifesté ces semaines passées aux Antilles ? Les situations sont-elles déconnectées ? S’agit-il de pays différents ? Si les Français métropolitains avaient défilé à proportion égale, ils auraient été 15 millions. Pourquoi maintenant, et pas il y a un an ? Une apathie ? Une atonie ? Ou bien une sorte de résignation ? Peut-être un manque de chefs. Ou trop de mauvais chefs ? Car il y a des chefs qui sont pour être suivis, d’autres qui sont, paradoxalement, dans la contestation.

 

Ce matin dans Dissidence (le samedi, sur HDR), les gens d’Acrimed faisaient la remarque qu’Elie Domota, en tête du LKP (**), était désigné malgré lui par la “force des choses”, c’est-à-dire les médias, comme le porte-parole du mouvement, alors qu’il n’en demandait pas tant…

 

Les ressorts de la psychologie humaine ne sont pas sans surprise ; en interrogeant les raisons qui poussent un groupe à choisir son chef, ou les raisons qui expliquent qu’une personnalité émerge comme chef, des scientifiques (*) sont parvenus à des conclusions intéressantes. Dans un premier temps, il s’agissait de faire résoudre à un groupe de personnes un certain nombre de problèmes ; et, confronté à la nécessité de surmonter un obstacle, les gens ont naturellement laissé se dégager une organisation dans laquelle l’un d’eux prenait la position de “leader”. Au moment où advient le leader, d’ailleurs, c’est là que le groupe devient groupe. L’observation statistique, cependant, donne une conclusion tristement mécanique : celui ou celle qui propose le plus de solutions, qui parle le plus et le plus fort s’assure immanquablement une légitimité de chef.

 

Dans un deuxième temps, il s’agissait de mesurer la pertinence des réponses apportées par le chef aux problèmes posés, comparée à la pertinence des réponses apportées par les autres – apportées, ou qu’ils étaient susceptibles d’apporter, car la nuance est d’importance. Or il se trouve que, objectivement, les réponses du chef ne sont ni les meilleures, ni mêmes parfois pertinentes du tout ! Il s’avère de plus qu’au vu de son passé, scolaire par exemple, il (ou elle) n’est même pas compétent(e) dans la matière qui l’occupe !

 

Ainsi va, la plupart du temps, la vie des chefs, qui montent à mesure qu’ils savent parler plus haut et plus fort que les autres ; ceci laisse peu de place à l’autorité, la vraie, je veux dire celle du charisme et de la reconnaissance par ses pairs ; autorité ici à ne pas confondre avec l’autoritarisme ou l’autocratie qui se pratiquent en bien des structures, en ce pays français où se font et se défont les cours autour du roi, petit pays en souffrance de verticalisme aigu, de hiérarchite chronique. Dans l’entreprise, les administrations, les élus, les associations… partout, à droite pas plus qu’à gauche, on a à souffrir de chefs aux penchants guère démocratiques. Mais qu’on se le dise une fois pour toute : l’expérience en question révèle que si le chef devient chef, il le devient dans 90% des cas non pas parce qu’il a raison, mais parce qu’on le laisse avoir ou croire qu’il a raison, voire on se laisse croire soi-même qu’il doit bien avoir raison, les autres préférant ne pas prendre ni la charge ni la responsabilité au nom du groupe. Démocratie bien ordonnée commence par soi-même.

 

Jonathan, pour le lundi 23 mars 2009

 

(*) “leadership is loudership”, Time magazine, 9-15 mars 2009 ; je retiens aussi que, de manière très dramatique, le film “Cube” évoque exactement ces problèmes.

(**) “Lyannaj Kont Pwofitasyon” : Collectif contre l’exploitation outrancière

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