December 2, 2007...12:43 pm

le Syndrome corse

Jump to Comments

Zone franche = zone urbaine sensible d’au moins 10 000 habitants à fort taux de chômage + grande proportion de jeunes + faible potentiel fiscal. La « zone franche », économiquement, désigne un territoire échappant à la règle générale par un dispositif d’exemptions de charges patronales et, politiquement, vaut comme instrument de la volonté d’y étouffer la logique de l’honneur (caïds, loi du silence, économie parallèle, réseaux) qui prend le pas sur la Justice. La « zone franche » est-elle un bon moyen de « dynamiser » la vie dans ces quartiers en déshérence ?

Voyons. La zone franche, c’est un peu comme la Corse : la Puissance publique, c’est la force structurante et la Corse, le territoire qui tient en échec la structuration qu’on lui impose.

Grosses godasses et short rouge, sac à dos plein et sueur sur le front, voilà comment j’engage la discussion avec le berger corse ; les « Français », dit-il avec tact, viennent sur l’île, investissent, ramènent leur main d’œuvre sans embaucher sur place, font la saison touristique et repartent, sans laisser un sou sur l’île. Vous comprenez, dans ces conditions, que « la préférence corse » n’est pas une question ethnique, mais plutôt économique. L’impression qu’il nous reste, c’est que le développement de l’île, c’est pour servir d’abord l’intérêt des continentaux, pas des Corses eux-mêmes.

Et la zone franche ? Il s’agit d’encourager de jeunes entreprises et d’attirer des investisseurs. Quel intérêt auraient-ils de s’installer dans des quartiers souvent enclavés, dont la réputation est mauvaise, s’il n’y avait en échange une incitation, une aide – des exonérations ?

Tout l’enjeu est de ne pas faire les choses à moitié, car l’image dont souffre ces quartiers peut à se point effrayer les clients des entreprises que, peu importe les aides, leur projet est déjà mort dans l’œuf. La difficulté provient souvent plus de l’image que les gens « à l’extérieur » se font du quartier que de la réalité du quartier lui-même. En même temps, il n’existe pas les ressources suffisantes dans la « zone franche » pour surmonter cette difficulté ; il faudrait donc des aides bien plus importantes, et autrement concertées pour enclencher une réelle dynamisation, pour donner un début de structure. C’est exactement ce que le berger corse me dit ; certaines entreprises aux épaules larges s’installent, profitent des exonérations, puis s’en vont. Aussi, aider au développement des zones franches est à la mode – et le bénéfice de ces actions revient aux politiques d’abord avant de servir concrètement les habitants. De la belle parole promouvant le développement économique au soupçon d’exploitation quasi-coloniale, il n’y a qu’un pas…

Pascal Paoli, Général de la Nation Corse en 1755 faillit réussir son double pari de rendre la Corse indépendante et de sortir les habitants de l’enclave et de l’enfermement culturel en prônant la Justice pour y casser la logique de l’honneur. Or, dans le sillage du drame de Villiers-le-Bel, c’est cela que je veux dire: point de justice possible tant que le regard est brouillé, là où l’on protège le « coupable », où « l’agresseur » devient la « victime », le « délinquant » devient le martyr.

Ce n’est pas demain la veille que les habitants des Hauts, résidant en zone franche, pourront proclamer : VIVA LA ZONA FRANCA !

(première moitié de décembre 2007)

Leave a Reply