December 1, 2007...1:47 pm

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Alors que les médias en France s’enquièrent cette semaine des suites de la mort de deux jeunes gens à Villiers-le-Bel, percutés par une voiture de police et tombés de moto, sans casque, le magazine américain Time s’inquiète, lui, d’une autre mort ; il titre en couverture LA MORT DE LA CULTURE FRANÇAISE. Quel rapport ?

En effet, on ne parle pas de culture ici, on s’étonne plutôt de l’intranquillité sociale – les grèves, le malaise dans le monde du travail, et la question récurrente des « banlieues ». Pourtant, culture et intranquillité sociale sont deux sujets qui ne sont pas si indifférents l’un à l’autre… Qu’ont-ils en commun ? Peut-être la perte de certains repères identitaires.

Le sociologue JP Le Goff explique que « les événements des banlieues relèvent moins de la pauvreté que de phénomènes de déstructurations identitaires » venant s’ajouter à la misère. A-t-on jamais vu les chômeurs désespérés des années 30 s’en prendre à la soupe populaire – comme certains jeunes s’en prennent maintenant aux services publics présents dans leurs quartiers ? JP Le Goff remarque à quel point l’argent facile et les marques du look branché fascinent ces jeunes, tout comme ils tombent dans le mimétisme de gestes vus à la télé. Bref, tous ces pseudo-repères sont des repères EXTERIEURS calqués sur les schémas que notre société fait circuler en masse.

Même s’ils ne sont qu’une petite minorité numérique, ces jeunes gens nous renvoient en pleine tête un malaise qui prend sa source non dans les quartiers reclus mais dans la société en général – la ghettoïsation de la société française. Ce qui gène, ce n’est pas qu’ils sont une petite minorité trop bruyante, c’est qu’ils sont SYMPTOMATIQUES de nos problèmes.

Ecoutez plutôt : « La crise des banlieues n’est que la pointe de la question sociale engendrée par le libéralisme » érigé aujourd’hui en idéologie salvatrice du chômage et du retard de la France dans la compétition mondiale. « Les jeunes fauteurs de troubles ne vivent que dans le rapport de forces au service d’un intérêt [individuel] immédiat » ; ils sont très souvent insensibles aux notions de solidarité, d’engagement politique et militant… Et c’est ça la définition même du marché, dont ils ont trop bien appris la leçon !

Nous y revoilà donc : le déclin du rayonnement culturel de la France a parti lié avec la bataille perdue sur la marché mondial de la culture ! Aujourd’hui, c’est autant Wall Street et le Guggenheim à New York qui l’emportent sur Paris, c’est autant la City de Londres que la pop anglaise qui l’emportent sur la France. Time s’interroge : y a-t-il espoir pour un ressaisissement ?  La richesse dormante de la culture en France provient de sa diversité explosive ; les Diams, Rachid Taha ou Abd al Malik d’aujourd’hui montrent, entre autres, la voie d’un renouveau… Time voit en la France un pays qui sait emprunter chez les autres ce qu’ils ont de meilleur, un pays où prennent place le mélange et l’échange, parce que les inspirations venues du monde y trouvent une oreille attentive.

L’article conclut que : « Lorsque les esprits plus conventionnels de l’establishment, au lieu de s’inquiéter de déclin, applaudiront le ferment créateur des franges de la société, la France pourra enfin retrouver sa réputation ! » et donc voir sa jeunesse en mal d’avenir et de repères identitaires avec plus de compréhension, en assumant mieux sa « diversité explosive ».

Alors comme dit Tufek, sortez couverts – oui mais d’un casque. 

Les références sociologiques de cette chronique : JP Le Goff et Guillaume Kopp ; http://www.politique-autrement.org/spip.php?article247]

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