Mot étrange, mot barbare. Naqöyqatsi. Si la sagesse ne vient pas des ingénieurs, des hommes de sciences, d’où viendra-t-elle ? Si la sagesse ne vient pas des sages, d’où viendra-t-elle ? De l’homme simple ? Peut-être de l’Indien hopi qui a inventé le mot ? Naqöyqatsi. Mot sorti de son ghetto culturel, de la réserve indienne brûlée par le soleil, d’où n’émanent que les parfums du désert. Que voit-il dans la prophétie qu’il professe ? Qu’a-t-il vu de l’humanité, qu’a-t-il compris du monde dans lequel nous vivons s’il s’en dit séparé ? Naqöyqatsi. Littéralement : mutuellement-tuer beaucoup-la vie. C’est-à-dire une vie passée à s’entretuer. Par extension : la guerre comme mode de vie. Enfin : violence civilisée. Peut-être comprend-il que le monde à venir n’est que l’essence de ce qui déjà s’est produit : l’extermination des siens, sur laquelle l’Occident qui triomphe continue d’avancer, prisonnier de ses rêves technologiques, médiatiques et cybernétiques, se consolant dans la consommation hallucinée.
Naqöyqatsi. « La nature n’existe plus. Tout est technologie. La vie n’est que violence. »
Mais comment m’est-elle parvenue, cette prophétie, si ce n’est par le truchement d’un DVD, trouvé par hasard à la FNAC, visionné sur l’écran plat de mon lecteur portable acheté à Carrefour, un DVD distribué par TF1 Vidéo, messieurs-dames ! Ah mais c’est que nous sommes cernés ! Alors, et moi et moi et moi, comment je fais pour n’être pas complice à mon insu ? Naqöyqatsi. Et bonne visite cybernétique de notre site.
[pour la deuxième quinzaine de septembre]
* Film de Godfroy Reggio. Produit par Miramax et Steven Soderbergh. Musique de Philip Glass (avec Yo-Yo Ma au violoncelle). Infos dispos sur www.naqoy.com. 2002.