Qui contrôle l’étiquette sur la bouille ? La consolation dans le mot cache souvent mal le mépris qui l’accompagne. Quand l’expression « pays sous-développé » ne fit plus l’affaire, on la remplaça par « pays en voie de développement ». Et puis plus tard encore par « pays émergent ». Il en va de même pour « nègre », devenu « noir », maintenant remplacé par « black ». Et quand le mot n’emporte pas avec lui le mépris, il conserve encore un complexe, un complexe assumé qui devient alors cause de fierté. Il est en effet assez extraordinaire que nombre de « blacks » portent le nom qu’on leur donne pour s’en faire un attribut, en revendiquer l’essence d’une identité rêvée. Pas de mal à cela, et pourtant je pose la question : existe-t-il une communauté noire en France juste parce qu’un nombre d’individus ont en commun d’avoir la peau noire ? Mais bon sang, les « noirs » sont tout aussi multiculturels que la France ! aussi divers que le monde ! D’Afrique, des Caraïbes, de Guadeloupe et de Mantes-la-Jolie, nés d’ici ou né d’ailleurs – que de parcours individuels distinctifs !
Mais souvent encore, le « black » ou le « rebeu » a droit au contrôle de faciès – comme si sa tête devait contredire l’identité politique qu’il a pourtant de citoyen français. Il faut voir un honneur que l’Américain nous fait (à nous Français, de toutes les couleurs) lorsqu’il appelle d’emblée « Français » toute personne qui parle le français (même le Camerounais débarqué à Paris attendant son titre de séjour) alors que chez lui, à New York, Washington ou Los Angeles, il pratique, tel qu’au moins nous le voyons, cette forme de multiculturalisme qui fait de l’African-American un gars à part, qui parle un anglais aux tonalités différentes (l’Ebonics), qui le condamne à terminer en prison plutôt qu’à terminer des études supérieures.
Le jeu des identités culturelles, élevé au rang de politique communautaire ou ethno-nationale produit autant de la solidarité, quoique exclusive à l’intérieur d’un groupe donné, que de la ghettoïsation en Amérique ou de la balkanisation en Europe. Au cœur de la Belgique même, pays de la capitale européenne, le séparatisme ou l’éclatement menace parce que les uns (Flamands riches et « développés » contre Wallons-boulets ?) sont les noirs des autres.
[début octobre 2007]