August 27, 2007...3:28 pm

L’aspiration suisse

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Entre le bonheur suisse et les peurs cataclysmiques du 21ème siècle, quel avenir nous attend ? Me promenant cet été dans le village de mes parents, j’ai envisagé un chemin possible de l’avenir.

Ici, tout est tranquille ; autour du clocher historique, le village s’étend en méandres pavillonnaires sur les terres alentour qui jadis furent ses champs. Petits jardins taillés, rues entretenues aux massifs de fleurs et lampadaires stylés ; y règnent le silence et la tranquillité : un luxe désuet au regard du monde urbain et hyperconnecté qui s’annonce toujours avec plus de force. S’offre à moi pourtant une image du bonheur que nous prescrit la société depuis 100 ans au moins. Mais il n’y a pas d’enfants dans les rues ; la voiture propre est garée devant le garage ; un retraité tond son gazon.

Je ne sais pour quelle raison, d’un coup je me suis cru en Suisse. Et puis cette pensée : pourquoi la Suisse, qui persiste, qui insiste, n’est-elle pas dans l’Union européenne ? Parce qu’elle a tout ce que l’Union promet. Fédérant des peuples aux parlers différents, elle a inventé avant tous les autres la paix démocratique ; elle n’est pas puissante, elle est riche. Son repli est le prix à payer d’une mini-mondialisation idéale qu’elle pratique à elle toute seule – une mondialisation que cherche à réaliser l’Union européenne.

Mais la mondialisation ne peut pas se penser à l’exclusion des autres. Par définition, elle exige une vision globale des équilibres.

C’est donc cet avenir-là que je vois se profiler aujourd’hui ; la  politique européenne de nos gouvernements ne tend pas vers autre chose ; la réactivation du projet européen à la manière nicolas-sarkozienne est trop nationaliste pour autoriser vraiment l’espoir de quelque élan fédérateur généreux, et les orientations prises d’inspiration trop tony-blairiennes pour croire encore en une Europe politiquement cohérente prenant en main les dangers du monde contemporain (eh oui, les « peurs cataclysmiques » que j’évoquais, mais aussi la déliquescence des solidarités et, en même temps, l’helvétisation des aspirations). 

La manière dont l’Europe se fait – ou ne se fait pas – a son importance : elle peut peser sur le processus en cours de la mondialisation. En se prenant à rêver, on peut dire que les relations intra-européennes peuvent fournir un modèle pour les relations entre communautés du monde. En effet, la mondialisation, pour autant qu’elle continue l’histoire de la colonisation, est aussi fille de la décolonisation – elle découle de la volonté des Etats à participer de plain-pied à la marche (quoique forcée) de l’économie du monde. Or c’est sur ce constat d’interdépendance qu’il faudrait travailler si l’on voulait que quelque chose de plus grand, de plus humain et de plus heureux ressorte de la « mondialisation ». Mais à quoi, vraiment, tout au fond de nous, aspirons-nous ?

(pour première quinzaine de septembre 2007)

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