Le replisme, c’est quoi ? C’est le contraire de cela : « nous voulons que (…) chacun puisse trouver les moyens de faire valoir ce qu’il ou elle est, ce qu’il ou elle voit et entend, ce qu’il ou elle vit ; (cela) suppose un travail d’équipe de constants ajustements, de discussions et de débats dans le cadre défini (au préalable) ; ne pas parler pour nous-mêmes, se projeter au-dehors. Eviter les sous-entendus, les fausses évidences ; c’est une écoute des uns et des autres, (une) écoute du monde aux échelles locale, globale – (en prenant conscience que) le monde, ça commence ici CHEZ SOI ! » (extraits de la ligne éditoriale d’HDR)
La France est un bien drôle de pays, dont on dit à l’étranger qu’il abrite des habitants fascinés par la GRANDEUR et qui aurait inventé il y a deux siècles des valeurs UNIVERSELLES comme la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais comment prétendre à la grandeur si la France ne voit pas autre chose qu’elle-même, alors que le monde s’interroge sur l’échéance électorale qui l’occupe tant ? La grandeur de la France c’est de reconnaître qu’elle est petite, c’est vouloir jouer sa place auprès des autres AVEC les autres, c’est de reconnaître que seule elle ne peut rien, tout en refusant de se rallier lâchement aux logiques arrogantes manichéennes de force et de provocation de l’Amérique des Républicains de G. Bush par exemple. Tout le contraire du repli sur soi, de la frilosité et du rétrécissement.
Dans un pays où 80% des lois appliquées sont d’origine européenne, c’est-à-dire non-nationale, le sens du pouvoir présidentiel n’est pas dans sa capacité d’agir vraiment sur le monde pour le changer – le pouvoir présidentiel est avant tout SYMBOLIQUE. Il inspire, il rassemble, il donne une raison de croire et une confiance dans les autres. Quand je dis « les autres », je parle des voisins et des interlocuteurs de la France en Europe et ailleurs dans le monde. Mais je parle aussi du monde qui vient à la France et qui vit chez elle, qui fait que la France est aussi un petit monde, dans sa diversité et son aspiration collective à être partie prenante à l’histoire du monde qui se fait.
Le pouvoir présidentiel tient bel et bien du mirage, ou encore à sa parole, à l’image qui est donnée de lui dans les médias. Plus encore aujourd’hui que jamais. Il ne s’agit pas de dénier l’importance du politique – au contraire, si la parole peut avoir un sens, et susciter l’envie et l’imagination, ce pouvoir-là n’est pas indifférent. Il n’est que le pendant du vrai pouvoir, celui qui reste entre les mains des gens qui agissent en soutien critique ou en opposition citoyenne et militante aux orientations prises par les puissants de leur pays.
Si on parle tant d’identité, mais aussi de racisme, d’encadrement militaire, de tension entre la police et « la racaille », c’est parce qu’au lieu d’identité partagée il n’y a plus que des catégories assignées. Il n’y a plus de pays à quoi se rattacher. Il n’y a plus d’autorité de la part de ce pouvoir dans le quel nous mettons pourtant tant d’espoir ou de crainte pour l’avenir. Ce pouvoir se réduit comme la France lavée de son passé se réduit au lavage, et du symbole il passe à l’illusion, ce qui bien sûr est pire… Il n’y a pas d’autorité parce qu’il n’y a pas de responsabilité chez les gens ; la campagne présidentielle est une grande pub aux slogans faciles. En déresponsabilisant les gens on les prive de leur pouvoir, mais on prive aussi le pouvoir symbolique de sa légitimité rassembleuse. Pas de responsabilité, pas de choix – que celui de la peur, celui de la jalousie et de la crainte de l’autre.
Alors maintenant, quelle ligne éditoriale pour la France ?
(début mai 2007)