August 26, 2007...8:07 pm

La fuite au prochain numéro

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J’aime mon plombier. Pardon de me l’approprier ici, il n’appartient à personne, mais comme tout personnage à qui on s’attache en ce pays qu’est la France, on a envie de se le garder pour soi – c’est mon plombier national. Sauf que, manque de pot, il veut quitter la France. Pourquoi ? C’est pas, me direz-vous, avec des revenus de plombier, l’évasion fiscale. C’est pas, me direz-vous, avec un CAP, la fuite des cerveaux. Eh bien si – des cerveaux comme ça, qui font mieux que réparer des fuites, forcément, c’est dommage de les perdre. Parce que mon plombier, c’est d’abord une personnalité. Qui se fiche de son âge ? ou encore de son niveau d’études, si justement son niveau de curiosité et son ouverture aux autres suffisent à faire de lui quelqu’un de bien ? Trop de monde en ce pays qui, s’arrêtant à ces considérations, en oublie même la qualité professionnelle de ses services. Il veut quitter la France parce que la France est vieille. Vieille parce qu’elle ne fait pas confiance aux gars de moins de trente ans qui se lancent dans leur petite aventure d’artisan indépendant – on dit aujourd’hui « entreprise ».  Dans ce pays, on pense petit. On ne fait pas confiance. On s’accroche aux habitudes.

Proposant d’améliorer le service à son ancien patron, tout ce qu’on lui trouva à dire c’est qu’il apprenne à se moucher d’abord avant de faire des propositions. Mais lui, pas démonté, s’en va et se lance vaille que vaille dans l’aventure. Il demande à quelle aide il peut prétendre, puisqu’en France on en regorge. Mais il n’est pas Rmiste, il n’est pas issu d’un quartier sensible, il n’a pas moins de 26 ans. Soit, il n’avait qu’à pas démissionner. Maintenant, on lui dit : dis-donc, être à son compte à 28 ans, tu crois que ça fait sérieux ? 

Très sérieux, en effet, et c’est pour cela qu’il explose les critères d’éligibilité d’émigration au Canada. Il est encore temps de le rencontrer pourtant ; si vous avez un robinet qui goutte, pensez faire appel à lui. Il vous dira ce qu’il pense de son métier qu’il aime, et de son pays qui finira par lui manquer lorsqu’il n’y sera plus. Des plombiers comme ça il en faut partout, des hommes aux idées fraîches aux joints bien solides. Soyons tous plombiers, et ne craignons pas de mouiller la chemise alors que partout la tuyauterie cède ! Allez, bonnes vacances. On se retrouve en bleu de travail en septembre.

(fin juillet)

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