Qui ne s’en réjouira pas ? Les médias clament à tue-tête : « 8.5% (1) de chômage, une première depuis 20 ans ! » Le premier ministre, lui, se félicite du retour de la « valeur travail ».
Or, cette expression est fallacieuse : elle sous-entend que, jusque-là, les Français étaient des fainéants, non ? Pourquoi chercher midi à quatorze heures, alors qu’il serait si simple de créditer la baisse du chômage au dynamisme de l’économie mondiale ? Quant au désir de travailler des Français, il n’est pas pire qu’ailleurs, et s’il y a crise de quelque chose, ce n’est pas de la « valeur travail » mais crise économique avant tout. Ainsi, disons-le clairement, les chômeurs ne sont pas responsables de la crise économique !
Il y a une spécificité française quand même en la matière. Et celle-ci relève de la confiance – non du désir défaillant de travailler. Le taux de satisfaction au travail des Français est de 47%, au plus bas parmi les pays de l’OCDE (2) ; de même, les plaintes pour harcèlement en France se comptent au-dessus de 10%, tandis qu’elles restent dans les 6 à 8% en moyenne en Union Européenne (3). La défiance ou les « résistances » syndicales en France ne sont donc pas le résultat d’un goût particulier pour la lutte des classes, mais des conditions de travail en général dans ce pays : management autoritaire, peu de promotion interne, pas de reconnaissance. Donc frustration. La frustration jusqu’à 65 ans, qui en veut ?
Le manque de confiance conduit à des procédures « protectrices » de l’employé et des « charges » pour l’employeur, qui sont vraiment le coût non pas du travail – s’il avait une valeur, on le paierai plus cher (4) – mais du défaut de confiance dans les relations de travail dans les entreprises entre management et salariés. Dans cet éditorial, je ne peux m’empêcher de me faire moi-même l’écho de cette défiance, de ce soupçon qui caractérise les relations de pouvoir en France. Je me demande alors : que nous prépare-t-on, avec le retour de la « valeur travail » ? Une reprise en main du Code du Travail, trop « protecteur » du salarié ? Alors bientôt il faudra peut-être clamer à tue-tête le retour de la « valeur précarité » ?
(première quinzaine de juin 2007)
(1) ce chiffre devait être publié AVANT l’élection présidentielle ; il ne tient compte que de la 1ère catégorie parmi les 8 existantes dans les calculs de l’ANPE(2) selon le sociologue Thomas Philippon(3) « management par la pression, la menace et l’humiliation » [management by pressure, threat and humiliation) ; des chiffres du BIT sont éclairants en la matière(4) la France est l’un des pays de l’UE qui ont la plus forte proportion de travailleurs payés au salaire minimum (17% des salariés)