February 6, 2010

BURQA-BUNKER

Comment ne pas voir autrement dans l’obsession de sécurité un échec de la démocratie ? et plus encore de la liberté individuelle ? On veut nous voir nus à défaut de pouvoir pénétrer nos âmes. L’année dernière, une société américaine informatique testait un programme informatique capable de détecter par caméras le niveau « anormal » des émotions parmi les personnes attendant de se faire enregistrer à l’aéroport. Suite à l’attentat manqué du matin du 25 décembre sur le vol 253 pour Détroit, les services de sécurité, jusque-là retenus par des préventions d’ordre moral, franchissent le pas pour se procurer des exemplaires de ces nouveaux scanners qui vous déshabillent d’un coup d’œil.

C’est une avancée supplémentaire pour le régime de l’effraction permanente dans la conscience des gens. Aujourd’hui, c’est tendance ; Grande-Bretagne : 1 caméra pour 14 habitants. Cette prolifération est l’aboutissement concret de la politique sociale de la gauche britannique depuis cette dernière décennie. L’argument de sécurité devient ici une condition sine qua none de la Justice sociale. Garantie à peu de frais.

En réalité, la surveillance ne contrôle personne ; mais il suffit d’instiller dans l’esprit de chacun l’idée que le contrôle est possible à tout instant pour que chacun devienne son propre flic. Dans le cas de la Grande-Bretagne, cette politique reflète le choix de la sécurité au détriment de la liberté. Le pays n’est pas une exception, mais un signe des temps : il est l’inventeur du libéralisme politique et de la démocratie parlementaire, le pays d’origine de la Révolution industrielle et du keynésianisme, il est grand inspirateur de l’Etat-providence et son premier contempteur, et non moins une des matrices historiques de l’individualisme moderne. Et aujourd’hui, la sécurité devient notre bien le plus cher.

Il est troublant que nos sociétés s’obstinent à ce point à pénétrer la conscience des individus ; qu’elles fassent même un étalon de la transparence, qui devient une condition de l’existence : je suis vu, donc je suis. Facebook et Twitter ne relèvent pas du flicage, mais ils sont l’autre face de la même pièce, le côté « montrer », pendant du côté « vouloir-voir ».

Il est amusant de mettre en parallèle le trouble de l’identité nationale, en France, et la mise à nu de nos âmes. Car l’identité collective ne se décline pas sans identité individuelle bien assumée. Mais que reste-t-il de chacun si, personne n’étant coupable, tout le monde est soupçonné ? Si alors l’intention de mal faire suffit à qualifier le crime ? C’est un peu comme si ça se passait comme ça :

-          Levez-vous, accusé !

-          Mais j’ai rien fait !

-          Prouvez-le.

-          Regardez, j’ai rien à cacher !

-          Alors, faites voir, montrez tout !

A ce régime, il faudrait n’avoir rien à cacher, et donc on n’aurait plus rien à montrer… Et l’individu, vidé ainsi de sa substance, rendrait le vivre-ensemble caduque, impossible.

A la fin, il devient tentant de jalouser le terroriste ou le hors-la-loi, qui conçoit de mettre sa vie en balance pour un idéal. Ou pour le déni de tous les idéaux : ne fait-on pas par exemple de Mesrine un héro de l’absolu, un romantique moderne ? Ah ! lui c’était « quelqu’un » ! Le « monstre » que le regard supporte mal ne fait pourtant que « montrer ».

Quand, dans la houle nauséeuse du soi-disant débat, un ministre lance à la cantonade : « La burqa est malvenue en France », tout devient bizarre. Car, en même temps, on n’a jamais eu autant besoin de se ménager pour soi une intériorité ; une certaine éthique de l’islam se vit en effet dans le secret de l’intime conviction, où la conscience et la beauté restent inaccessibles aux yeux tant leur siège est intérieur, inviolées, inaliénables, comme à l’ombre d’une alcôve aux murs blancs extérieurs inondés de soleil.

Jonathan

January 31, 2010

LA SOUPE POPULAIRE

Ah ! la soupe que le cinéma mondial nous fait avaler ! Il faut dire qu’on est aux petits oignons : longues campagnes de pub, plus onéreuses que les coûts de production ; les médias qui reprennent l’annonce du film, gratis, dans leur flash info, leurs suppléments, leurs programmes culturels, etc. Pas facile de distinguer, en l’occurrence, ce qui distingue le marketing pur de l’expression culturelle populaire, tant l’un et l’autre ont partie liée. Car « populaire », en fin de compte, ne dit rien d’autre que le film est destiné à la masse, à la foule, et souvent à faire un max d’entrées pour une rentabilité optimum. Pourtant, « populaire » aussi veut dire « l’homme du commun », le peuple, bref, celui qui en démocratie à le pouvoir. Non ? On aurait tendance à l’oublier.

D’un film à l’autre se dégagent alors dans le flot des images de drôles d’« objets » visuels ou thématiques, récurrents, et qui semblent dénoter un fantasme populaire en voie de formation. Prenez par exemple le dernier-né de James Cameron : qu’a-t-il inventé pour faire d’Avatar un succès marketing du cinéma mondial ? Il se demande : bon, c’est quoi les thèmes que les gens veulent voir ?

- l’amour, ouais bon, OK, c’est normal, et avec une belle longue fille bleue à tête de chat, c’est plus exotique ;

- la nature, la planète qui se révolte contre l’exploitation capitaliste aveugle… Ah ouais, ça c’est pas mal aussi.

On exploite les esprits de millions de gens qui vont voir ça, ils vont marcher dans la combine, c’est sûr. Pandora… On ouvre la boîte noire du cinéma mondial, et c’est mille cauchemars qui surgissent, que la lumière aveuglante du projecteur vaincra…

- ah, oui, et aussi la liberté, la révolte, bref la Révolution américaine revisitée – là, trop fort, c’est les Indiens – sous le visage des Omatikayas, habitants de la planète Pandora, qui boutent l’armée américaine et la multinationale dont elle sert de service d’ordre hors de chez eux.

Mais ce n’est pas tout. Imaginez James, en train de plancher sur son film (il appelle son ami Bruce Willis) : allô, dis-moi l’ami, c’est quoi le truc sympa qui fait décoller ton film là, le dernier en date ?

- Ah ouais, tu veux dire Clones ?

- Exactement !

- Ben c’est l’idée du gars qui vit une vie par procuration, par l’intermédiaire d’un être artificiel qui lui ressemble génétiquement. Voilà, c’est la mode du « virtuel », ça fait un carton ça, tu sais.

- Bon, faut pas qu’on se plante, on a des engagements serrés, faut qu’on rentre dans nos sous tu sais, hein ?

- Je t’expliquerai, t’inquiète…

En fait, les hommes sur la planète Pandora s’imaginent qu’ils ne peuvent pas approcher les autochtones sous l’aspect d’Américains impérialistes sans éveiller les soupçons, alors ils se griment en clones d’eux-mêmes, modifiés pour ressembler aux Indiens bleus.

James fait le point : « Alors voilà, il y a le truc de la réalité virtuelle, la nature et les vraies valeurs qu’on perd de vue… OK, c’est fort ça. Mais il me faut une panoplie de gadgets technologiques dernier cri. » Il continue donc son « marché » des objets populaires en vogue. Il se dit : « Revoyons un peu les derniers films à gros budget qui inventent pour la foule ses attentes et ses fantasmes… La téléportation ? Bah, non, ça c’était les années 70. La vitesse de la lumière ? Rô l’autre, ça c’est bon pour Star Wars. Ah mais il y a un petit film, quand même produit par Peter Jackson, ça s’appelle District 9, c’est franchement pas mal en fait. Il y a des hommes qui conduisent des machines-robots qui sont comme le prolongement de leurs bras et de leurs jambes, ce qui démultiplie leur force. D’ailleurs, c’est confirmé, c’est un truc qui groove grave : le méchant, dans Iron Man, il en conduit une aussi. Je laisse à Iron Man et GI Joe l’idée des combinaisons accélérantes, je veux pas non plus avoir des procès plein le dos, ça risque de tuer la rentabilité. »

Question décors : « Il me faut quelque chose de puissant, qui fasse bien impression sur le public. Eh oui : les gens vont venir pour les effets visuels quasi-exclusivement, après tout. » Il se gratte la tête. S’impose à lui l’image des montagnes flottantes… C’est un petit dessin animé français, je crois… Chasseurs de dragons ? Ils ont inventé un truc sympa là… Mais bon, ils ont pas ratissé des masses pour leur film… Eh puis zut, c’est quand même une bonne idée. De toutes façons, ils l’avaient déjà piqué à Miyazaki, dans son Château dans le ciel. » On lui dit que Miyazaki ne relève pas de la logique du blockbuster. « Allons, il faut bien laisser un peu de place au rêve. »

Jonathan

NB : quant à l’idée bien vue de faire d’une personne handicapée son héro, paraîtrait que l’auteur d’une histoire parue dans les années 70 la revendique. Procès en vue ? A suivre. Dur dur, de faire une bonne sou-soupe !

January 31, 2010

AU-DESSOUS DE L’ARC-EN-CIEL

« Delia Daley avait la peau claire, brun clair. Quoi que, au regard de ce pays, pas tout à fait. L’Amérique dit : ‘’brun’’, pour dire plutôt ‘’pas trop noir, mais quand même’’. A vrai dire, sa mère avait la peau encore plus claire. Chez les Daley, on ne parlait pas d’où cette clarté venait. Elle venait de toujours le même endroit. Trois quarts des Noirs Américains ont du sang blanc – et ce, rarement du fait d’un choix. »

Conversation l’autre jour avec l’auteur de ces lignes, Richard Powers, tirées de son livre « Le Temps où nous chantions ». C’est l’histoire d’une famille aux enfants métis, mère Noire Américaine, père émigré Juif allemand, partant des années 40, puis l’époque des Droits civiques, passant par Louis Farrakhan, jusqu’à aujourd’hui.

Je demande : comment l’Amérique d’Obama cadre-t-elle avec une histoire publiée en 2003 ?

Il répond : il ne faut pas se fier aux apparences. La situation est propice aux malentendus, en Europe sûrement, mais aux Etats-Unis aussi. Dans mon histoire, les parents Delia Daley et David Strom veulent élever leurs enfants par-delà les préjugés de race, car à l’avenir tout le monde sera métis.

Signe des temps, la « mégachurch » de Willow Creek, dans la région de Chicago, accueille parmi ses plus de vingt mille membres 20% de ‘’non-blancs’’. Il y a peu, elle était exclusivement blanche ; dorénavant, elle œuvre à faire de l’Amérique une vraie ‘’nation arc-en-ciel’’.

Mais ce n’est pas si simple… James Daley, le grand-père (noir) dans l’histoire, accuse sa fille Delia de jouer le jeu des blancs. La nation post-raciale, c’est la ruse des blancs pour nous assimiler tous et nous faire oublier nos pères. Et en même temps, il n’est pas de nuance que le noir ne contienne déjà ; la couleur noire est inclusive, la blanche est exclusive. La loi de l’hypo-descendance fait que l’enfant issu de deux castes appartient toujours à la caste inférieure. Peut-on rêver que cette loi silencieuse, partie intégrante de la culture américaine, disparaisse à tout jamais ?

On n’efface pas 200 ans d’histoire d’un coup de baguette magique, mais on a fait du chemin. Aussi beau soit-il, vous savez ce dont un arc-en-ciel est fait : une illusion d’optique, un phénomène physique plus qu’un objet tangible. Un arc-en-ciel n’a de base nulle part, si ce n’est dans le mouvement qu’il évoque de l’union et de la hauteur ; approchez-vous, et vous verrez qu’il est sans réalité, si ce n’est, encore, qu’il tire sa substance de notre capacité d’émerveillement.

Que nous apprenions à regarder ensemble par-delà les nuages, c’est déjà beaucoup.

Jonathan

January 6, 2010

BANDE DE MACAQUES !

Je suis l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours. L’homme, c’est Thione Niang. L’ours, c’est le Président des Etats-Unis. En ce qui me concerne, je n’étais pas seul. Voici donc un spectacle troublant : devant 800 étudiants venus l’acclamer, le jeune homme parle de lui, de lui, de lui. Mais parce qu’il a touché du doigt Obama, il est saint et incarne le miracle de la réussite personnelle.

On ne saurait rien de lui s’il n’était passé par chez nous à Rouen et à Mont-Saint-Aignan, les Hauts et la Radio HDR en décembre dernier. Formidable brosse à reluire d’une Amérique à l’image plutôt cassée, il passe la feutrine d’une histoire personnelle bien rôdée en prêchant l’espoir que tout est possible pour qui le veut. Son parcours d’enfant pauvre du Sénégal devenu citoyen américain et aide-de-camp du candidat alors inconnu Obama pendant la campagne électorale fascine justement – mais il se rend par-là aussi complice de jeux de pouvoir qu’une jeunesse dépolitisée exècre.

Des parcours fascinants, il en existe à notre portée tous les jours, chez les héros ordinaires qu’on ne remarque pas, ces gens venus d’ailleurs qui donnent ici à leurs enfants une vie meilleure que la leur. Au fond, ce n’est pas son histoire qui galvanise à ce point la foule des étudiants, ni son exemple : c’est tout simplement qu’il est entré dans le cercle des puissants. On le présente comme bras droit du candidat devenu Président, mais ils furent nombreux les bras droits, à soutenir leur champion. On le présente comme « haut placé dans l’administration américaine », quand en fait les Jeunes démocrates, dont il fait partie, ne sont pas le Parti démocrate ! Entre Politique et communication (récupération) politique, il y a un monde…

Ainsi, ces approximations servent ceux qui en usent, et tout porte à croire que le pouvoir fascine pendant que s’engourdit le discernement. A ce stade je me réveille, et je pense à ce commentaire de Pascal Picq relevé dans un article des Echos. Celui-ci observe que les organisations en général, c’est-à-dire les entreprises et les administrations, en France, sont comparables à des bandes de macaques hyper hiérarchisées ; celles d’entre elles, rares, qui réussissent le mieux ont à leur tête des chimpanzés assez malins pour laisser s’exprimer les idées horizontalement… Les autres ne descendent pas de l’arbre.

Or il faut bien dire que l’amphi était comme submergé de macaques ; sans doute la remarque de Picq vaut pour la nature humaine plus que la France seule, mais la situation était telle que l’enseignement d’espoir, le travail et le dynamisme de Thione Niang ne pouvaient valoir grand’ chose à l’aune du principe de l’égale opportunité pour tous tant que subsiste la culture de cour. Mais au lieu de le dire, on se sera tous contenté d’un YES, YOU CAN à la Coué, slogan avec lequel les cadors assis aux belles places, réservées dans toute la première moitié de l’amphithéâtre, étaient bien d’accord. Nickel.

July 8, 2009

OCCIDORIENT

1968. 1989. 2009.

1968 – En pleine Guerre froide il y a quarante ans, c’était l’avènement des quarante-huitards et de ceux qui, après, allaient devenir les nouveaux bofs. On était contre la guerre du Vietnam, on admirait Mao, on pensait libérer la femme, on parachevait l’idéal de liberté individuelle au milieu de la société de consommation et même, pendant les “événements” à Paris, on se battait pour qu’il soit interdit d’interdire. Et puis dans la foulée, en même temps qu’on encaissait coup sur coup les deux chocs pétroliers, on entrait dans l’ère de la mondialisation et de la marchandisation sans limites, sans frontières, et sans vergogne.

1989 – Voici vingt ans, le monde basculait dans le 21ème siècle. Chute du Mur de Berlin, suivi de l’effondrement des régimes communistes à l’Est, implosion de l’empire soviétique. S’en est suivi un espoir immense de réconciliation entre les peuples, en tout cas au moins ceux relevant de la démocratie de marché et ceux des anciennes démocraties populaires. Le rêve d’une extension sans fin de la démocratie de marché allait pouvoir prendre son essor, au point même qu’on prit au sérieux la thèse politique (non pas historienne) de la fin de l’Histoire. Eh oui, pensez donc : la fin de la Guerre froide a été vécue alors comme la fin de toutes les guerres, comme si le reste du monde, en-dehors des deux blocs de l’Est et de l’Ouest, n’avait existé que comme la périphérie de l’Occident capitaliste, ou communiste. L’Amérique et la Russie sont parties en guerre contre l’Irak (1991) et à partir de là émergeait un autre ennemi pour amorcer de nouveau la pompe de l’Histoire : le Moyen-Orient, le barbu, le musulman, le terroriste, dont la menace fut théorisée longtemps avant l’invention d’Al Qaïda. En toile de fond se développait une nouvelle vision du monde pour nourrir l’imagination des élites – celle du “choc des civilisations” (2) prononçant l’irrémédiable fossé qui sépare les civilisations occidentales modernes et orientales arriérées, justifiant ainsi le combat que la démocratie devait mener pour sauver ses valeurs, ses marchés, et son libre accès aux puits de pétrole. Et perpétuer, par la force s’il le faut, sa mondialisation.

Petite parenthèse : c’était la fête de la musique, hier, non ? Faute d’avoir baguenaudé, j’ai quand même regardé un documentaire – sur la musique en Turquie (3), à Istanbul surtout. Et un gars disait une chose d’une évidence lumineuse : il n’y a pas d’Orient ni d’Occident, c’est une invention totale. Le mouvement est perpétuel et rien ne nous oppose. Cela en écho exact à une phrase que je retiens d’une jeune femme en Iran qui protestait contre le résultat des élections du 12 juin : “nous voulons que nos voix soient comptées, parce que nous voulons des réformes, nous voulons la bienveillance, nous voulons l’amitié avec le monde” (4).

2009 – Ben oui, c’est maintenant, et alors, quoi de neuf ? On le sait déjà, c’est la crise, et un coup a été porté à la doctrine de la mondialisation, la marchandisation et la libéralisation des économies, une doctrine jusque-là endossée par les élites globalisées. Dites-moi, de quoi est faite l’étoffe des héros dans les moments les plus difficiles de l’Histoire ? Sarkozy tout comme Obama, et leurs collègues maîtres en leurs pays, sont tous membres de cette élite globalisée que les idéologies façonnent, celles d’il y a vingt ans, celles d’il y a quarante ans. Dites-moi sous quels auspices la mondialisation commencée il y a quarante ans va perdurer ? Par quels miracles les blessures d’une séparation profonde entre l’Occident et l’Orient va-t-elle pouvoir s’amenuiser ? A chaque fois, la réponse à ces questions est le courage d’un traître à la cause de sa classe. La classe des élites. En France, on a un président élu sur un programme quasi-thatchérien, quasi-reaganien – et donc, n’avez-vous pas remarqué ? Hum, Thatcher, Reagan… c’était il y a plus de vingt ans tout ça.

Avec la crise émerge les héros, aux moments forts de l’Histoire, et qui croyez-vous qui s’en saisisse au mieux ? Sarkozy, quand il annonce vouloir réformer le capitalisme mondial ? ou encore quand il fait son discours à l’OIT pour la défense des travailleurs de tous les pays ? ou son discours “de rupture” en Afrique comme quoi l’Homme africain n’est pas entré assez dans l’Histoire (écrite par l’Occident) ? Pas du tout ! Et non sans ironie, c’est l’Amérique, quand par exemple Obama promet aux Américains un système de protection sociale universel, ou encore quand il s’adresse au Caire aux peuples du Moyen-Orient en parlant d’ouverture et de bienveillance avec le monde. Ainsi, le pays champion de la mondialisation se hisse au rang des nations critiques pour mener la danse, y compris dans la dénonciation des excès du capitalisme financier et pour demander aux Européens – comble d’ironie ! – qu’ils le suivent pour réguler et encadrer leur système bancaire. Vous voyez, plus que jamais il nous faut trahir la cause globaliste, les vieilles causes reaganienne et thatchérienne, la cause de la City ou de Wall Street, la cause des nouveaux bofs ! Il est temps de faire nôtre la mondialisation – la nôtre, autre ! Il faut passer le pont, entrer dans le mouvement perpétuel ! Fini, le monde selon Bush. Que le passé passe au passé. Alors loués soient les traîtres, d’où qu’ils viennent, d’Amérique, de Turquie, d’Iran et de France, et qui sauront donner à l’avenir la forme de l’Occidorient !

Jonathan, pour le 22 juin 2009

(1) The End of History and the Last Man, Francis Fukuyama, 1992

(2) The Clash of Civilizations, formulée une première fois en 1992 en réponse à la thèse de F. Fukuyama, puis sous la forme d’un article dans Foreign Affairs en 1993, puis d’un livre, en 1996.

(3) Crossing the Bridge, Fatih Akin, 2005

(4) Ali Reza, propos rapportés par Time, 29 juin-6 juillet 2009

June 30, 2009

MENSONGES A GRANDE VITESSE

Pour certaines personnes bien pensantes, on dirait qu’il va tout simplement de soi que dérégulation et libéralisation apportent le bonheur. C’est à se demander, d’ailleurs, ce qu’on attend pour être heureux !? Un article dans le magazine américain Time (1) vante par exemple les vertus du transport ferroviaire en Europe, secteur qui va entrer à partir du mois de décembre dans une nouvelle phase de mise en concurrence des sociétés de chemin de fer. L’Union européenne applique au transport de voyageurs ce qu’elle a déjà mis en place il y a quatre ans pour les marchandises : fin des monopoles d’Etat – enfin, on va pouvoir être heureux !!! Jugez plutôt :

« Pour les voyageurs, la dérégulation entraînera des baisses de prix, des trains plus rapides et plus de confort. Par exemple, les passagers voyageant sur plusieurs pays sont généralement obligés de changer de train au passage de la frontière. (…) En ouvrant les marchés à la concurrence, les législateurs espèrent donner aux compagnies de chemin de fer le moyen d’offrir plus de services plus souvent, comme notamment plus de voitures en business class. »

Comment un magazine digne de ce nom peut à ce point raconter un tel ramassis de mensonges ??? Parce que ce n’est pas du journalisme, c’est de  l’idéologie. La « dérégulation » porte mal son nom, pour commencer : pour faire de la concurrence un principe de la vie de nos économies, il faut bien légiférer dans ce sens, afin de substituer au service public la rentabilité ; ensuite, on voit mal comment les prix vont baisser quand il s’agit surtout d’attirer les hommes d’affaire, multiplier les offres et le voyage en business class. Enfin, jamais il ne m’est arrivé de devoir changer de train pour passer d’un pays à l’autre en Europe, ça c’est n’importe quoi – sauf à l’intérieur de la Grande-Bretagne, où les trains sont déjà en concurrence depuis l’époque de Thatcher, pour passer de l’Angleterre au Pays de Galles.

Dix mois après le démarrage d’une crise financière, économique et industrielle historique, le discours justificatoire en défense du dogme de la concurrence libre et non-faussée continue de faire florès. Il ne s’agit pourtant ici ni de défendre les droits des voyageurs ni de favoriser leur circulation sans entrave. Le langage de la libre-concurrence dans ce cas est celui de la classe des investisseurs, encore appelée « le parti de Davos » (2). Les mesures prises par l’Union européenne dans nombre de domaines devancent de beaucoup l’ambition même du premier directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, qui disait : « Nous n’écrivons désormais plus les règles d’interaction entre des économies nationales séparées, nous écrivons la constitution d’une économie mondiale unique. » (3)

Ainsi, « que l’économie mondialisée produise une élite n’étonne personne. Tout marché génère des différences économiques de classe. Dans un contexte national stable, où le capital et le travail ont besoin l’un de l’autre, les équilibres politiques obligent les uns et les autres à s’entendre en définissant les termes d’un contrat social qui permette un meilleur partage et de maintenir loyale la majorité envers les décideurs. (…) Mais dans le cadre de marchés en voie de se mondialiser, les investisseurs trouvent des travailleurs, des clients et des partenaires à peu près n’importe où. A ce compte-là, ils ont en partage plus d’intérêts entre eux qu’ils n’en ont avec leurs compatriotes nationaux. Ils poursuivent également le même intérêt à échapper aux restrictions de leurs contrats sociaux respectifs. » (2)

Alors d’accord, si vous voulez donner les moyens aux élites internationales de se déplacer plus vite encore. Et si vous voulez libéraliser le secteur du transport ferroviaire pour rentabiliser les compagnies et envoyer balader le service public, d’accord aussi. Mais quand même, le TGV, pour le construire, il n’aura pas fallu attendre de privatiser la SNCF, non ? Le jour où la France a mis en service ses TGV, il y en avait plus de 100 lancés le même jour. En Amérique, le jour du lancement du train rapide par la société privée AmTrak, il y en avait 3. Alors, mais alors ! Le train, c’est bien, mais quand est-ce que qu’on va arrêter de nous mener en bateau ?

Jonathan, pour le lundi 15 juin 2009

(1) Time, 1er juin 2009 (bien sûr, en Union européenne, tout dépend de qui tient les rennes ; l’Union n’est pas un mal en soi : et si l’on harmonisait tous ensemble le droit du travail par le haut en faisant modèle pour le reste du monde, plutôt que de suivre des modèles éprouvés par Thatcher et Reagan ?)

(2) Jeff Faux, dans « le Parti de Davos », publié dans The Nation, 13 février 2006. Précisons ici qu’une opposition tous azimuts à la mondialisation n’est pas non plus à propos : qu’on songe à la possibilité, toujours reportée à plus tard, d’une européanisation du droit du travail, qui permettrait de restituer un contrat social supra-national qui contienne en équilibre l’intérêt à la fois des investisseurs et des travailleurs.

(3) Renato Ruggieri

June 23, 2009

MAROPEENNE

Quand Assia vint en France, elle fut accueillie par une délégation de professeurs d’université au département de Littérature. Assia enseigne le français dans un lycée au Maroc et, pour monter un échange académique dont son gouvernement l’a chargée, elle a prévu une tournée universitaire en Normandie. Mais lui faut-il pour autant supporter les sarcasmes de ses hôtes ? “Ah, vous êtes une femme. Vous devez avoir bien de la chance.” Le professeur croit sans doute que les femmes au Maroc sont opprimées, n’ont que peu de chance d’accéder à la culture, d’avoir une vie professionnelle. “Ah ? vous avez aussi le fax chez vous ?” Et ses collègues réservent à Assia un regard compatissant. Ils s’imaginent les gens au Maroc circuler encore à dos de chameau, peut-être.

Hommes de lettres, et ignorants de la vastitude du monde, ils pérorent incessamment de leur supériorité si sûre. Et avec eux, tout l’Occident moderne, qu’il en aille de littérature, de science, de technologie, ou de mœurs politiques. De musique aussi : « Comme la plupart des champions de la culture occidentale, [le professeur] feignait de croire que les différences de culture étaient sans importance. Il pensait que la musique – sa musique – appartenait au monde entier, à tous les temps, à toutes les races ; qu’elle s’adressait à tous les peuples et interpellait toutes les âmes. » (1)

Comment expliquer ce mélange à la fois de prétention universelle et de supériorité, si ce n’est par l’arrogance qui sévit jusqu’aux pensées les plus intimes de l’élite ? Par la même occasion, on ne peut pas s’étonner que Nawal, née française de parents nés marocains, ne trouve pas de travail dans son propre pays (2). Malgré son diplôme d’une école de commerce réputée, ses candidatures sont toutes rejetées et elle se décourage. Quand elle demande conseil au Pôle Emploi, on lui recommande de changer de nom : c’est un fait qu’en France un candidat portant un nom à consonance arabe encourt trois fois moins de chances d’être retenu.

Nawal part donc au Maroc, où on l’accueille à bras ouverts. Elle y est reconnue ; elle devient consultante dans un petit cabinet où elle fait valoir la qualité de ses diplômes et l’excellence de ses talents personnels. Quand elle rencontre Assia, de retour de son voyage académique, elles parlent de la France et de l’Europe. Assia s’attriste que le pays qu’elle admirait ne mérite pas son affection, et Nawal attend le jour où elle pourra y revenir sans avoir à changer de nom. Elle se reconnaît française pourtant, mais seulement dans un certain sens : d’une France ouverte, cosmopolite, européenne, carrefour des contrées du Nord et de la Méditerranée.

Le professeur qui, dans Parsifal, chantait Wotan, lui-même « jamais ne se surprit à voir l’avènement du crépuscule de ses dieux » (1).

Jonathan, pour le 8 juin 2009

(1) Adapté de ”The Time of Our Singing”, Richard Powers, p. 132, Vintage

(2) info du Wall Street Journal, reprise dans le Courrier international du 4 au 10 juin 2009

June 22, 2009

AVRUPA

Record d’abstention prévu pour les élections au Parlement européen ; les médias parlent d’Europe pendant deux semaines, un petit tour d’élections, et puis s’en vont. L’idée d’Europe comme entité politique ne cesse de creuser la frustration dans les aspirations à l’organisation raisonnée d’un monde meilleur ; éloignée de nous, elle repose pourtant sur un sens plus aigu de la communauté qui soit au plus près de la vie des gens dès à partir du quartier. Mais comment expliquer qu’avec la demande récurrente de plus de démocratie dans les pratiques politiques européennes il y ait une si faible participation des électeurs (1) ?

A cela, plusieurs explications. D’abord, la démocratie ne se décrète pas ; elle se construit dans l’Histoire. Elle suppose une appropriation des institutions et des aspirations par les gens, les gens qui par-là même deviennent citoyens de fait. Nous sommes citoyens en droit ; mais quoi, de nos habitudes et de nos visions si mal partagées, fera de nous des citoyens de fait ? L’abstention ne vaut pas seulement comme contestation, elle vaut aussi comme désintérêt pur et simple d’une idée que les gens ne s’approprient pas.

Or, s’ils ne s’approprient pas l’idée d’Europe, c’est que, à contre-courant de nos habitudes nationales, elle n’est pas et n’a pas vocation a devenir un Etat-nation au sens traditionnel du terme. Elle est avant tout une construction juridique, inspirée de la notion d’Etat de droit. Alors, qu’en est-il de la représentation des citoyens au Parlement ? Celui-ci prend des airs d’institution politique, alors que l’Europe se construit largement à travers les traités, qui lient les Etats, et la jurisprudence de la Cour européenne de justice (Cour de Justice des Communautés européennes) ; la démocratie, dans ce cas, se réalise plus dans la conformité des Etats aux principes formels du droit européen et la possibilité que les citoyens ont de recourir au droit européen. Alors que dire d’une construction “politique” menée en bonne partie par des juges dont les orientations échappent à la critique des citoyens ?

C’est là que le Parlement peut peser dans les processus décisionnels européens en jouant son rôle de contre-poids. Mais, s’il est bien une entité politique, en même temps il n’est pas du tout un parlement traditionnel ; et donc, comment s’y retrouver ?! Les choses se corsent encore plus lorsqu’on constate que les lois européennes sont l’émanation principalement du Conseil européen (où siègent la représentation des gouvernements nationaux) et non pas l’émanation de la Commission (comme on a coutume de le dire). Une analyse peut aider à comprendre – à comprendre pourquoi tout est si confus : le Conseil représente les intérêts des Etats, comme le Sénat américain, et le Parlement représente les intérêts du Peuple, comme une Chambre des représentants. La Commission est l’Exécutif européen, garante des intérêts de l’Union. Le noeud du problème est exactement à cet endroit : le Conseil est un élément déterminant de la branche législative européenne, alors qu’il est composé des exécutifs nationaux : le droit européen se fait largement au travers des choix de ministres nationaux non-élus, dont les discussions échappent au contrôle des parlements nationaux (2)… Le pouvoir est transféré du Législatif à l’Exécutif nationaux – et non pas de Paris (et les autres capitales) à Bruxelles. Qui donc cette confusion sert-elle le mieux (3) ?

Ce que les Européens voient tous les jours de la “construction” européenne est essentiellement économique ; ils y associent naturellement la logique de libéralisation contre l’idée d’Europe sociale, qui reste un vœu pieu. Et pourtant, l’Union attire à elle encore les espoirs et les aspirations d’un avenir construit dans la coopération, la paix et les auspices de la politique au sens le plus noble du terme (4). La Turquie, aux portes de l’Europe – “Avrupa” -, frappe encore pour demander son droit d’entrer. Tandis qu’à l’intérieur de l’Union, les citoyens ne parviennent pas à faire de l’Europe leur affaire ; peut-être leur abstention figure aussi qu’ils se tiennent aux portes de la démocratie qu’ils attendent.

Jonathan, pour le 1er juin 2009

(1) La crise de l’envie d’Europe va de pair avec la crise du sens politique ; comment envisager le vivre-ensemble quand la mesure-phare du moment consiste à fouiller les cartables des enfants à l’entrée des écoles ? L’inanité d’une telle mesure montre bien qu’il s’agit avant tout de communication électorale… jouant des instincts politiques les moins élevés.

(2) Pour préciser : la Cour européenne de justice fonctionne de manière comparable à une Cour suprême à l’américaine ; son rôle premier est bien de veiller au respect des traités et à l’application du droit ; mais elle étend son emprise par son pouvoir d’interprétation et la production d’une jurisprudence qui devient à son tour du droit européen.

(3) Le brouillage du message européen est peut-être dans la nature même du message : pluriel et multi-niveaux. Mais on ne pourra s’en accommoder que jusqu’à un certain point.

(4) En 2002, Robert Badinter publiait sa proposition d’une constitution européenne qui permettait de clarifier les données du débat. On n’en aura guère entendu parler. Dommage. [http://www.aidh.org/Europe/Conv_05badin.htm]

June 20, 2009

ETATS VOYOUX

Ce matin la presse annonce le refus catégorique du Premier ministre israëlien de suivre les recommandations du président américain qui le recevait il y a une semaine à Washington. Comme quoi, la belle gueule d’Obama ne suffit pas en diplomatie. Sur cette même page nous disions lundi dernier : « Le refus buté du Premier ministre israëlien Netanyahu d’entendre parler d’un Etat palestinien pourrait n’être que tactique : il fera croire qu’il cède à la volonté des Américains, qui lui font en réalité un cadeau, et négociera ses avantages… » En fait, on n’en est même pas encore là. Mais qu’est-ce donc que Benyamin Netanyahu peut mettre dans la balance, face au colosse américain ? Sans doute demande-t-il aux Etats-Unis de régler « le problème iranien » d’abord, comme condition, et ensuite on reparlera d’un Etat palestinien. En attendant, l’occupation illégale des territoires et leur colonisation continuent ; le gouvernement israëlien vient de lancer récemment un appel d’offres pour construire de nouvelles habitations en territoire occupé.

Ainsi, les mécanismes derrière ces tractations ne laissent pas d’étonner : comment un petit Etat comme Israël (5,8 millions d’habitants) peut ainsi refuser de « coopérer » avec son bailleur de fonds principal et allié stratégique ? Je croyais que ce qui justifiait les orientations radicales d’Israël était sa mise en danger imminent dans une terre hostile ? N’aurait-il donc pas intérêt à écouter les bons conseils de ses alliés ?

Retour sur certains faits :

-          la relation entre Etats-Unis et Israël est unique ; la première explication est que la mythologie nationale américaine se raconte une histoire pareille à celle d’Israël : un peuple, élu de Dieu, qui traverse les eaux (la Mer Rouge/ l’océan Atlantique), qui fonde un pays en Terre promise (la Palestine/ le Nouveau Monde). En fait, les Américains préfèrent s’imaginer une origine biblique plutôt que d’admettre leur ascendance britannique. En développant une mythologie des origines, ils coupent les ponts historiques avec leur ancienne métropole et s’inventent une identité rêvée, qui les rapproche de fait d’Israël ;

-          sur le terrain politique, le lobby pro-israëlien AIPAC (American-Israeli Public Affairs Committee) est devenu l’un des lobbies les plus influents aux Etats-Unis ; au Congrès, nombre de Sénateurs ou de Représentants ont compris qu’en ne votant pas favorablement pour Israël, ils risquent de perdre les prochaines élections. De 1978 à 2006, les comités d’action politiques pro-israëliens ont versé 43,7 millions de dollars aux candidats qui votent au Congrès selon les recommandations d’AIPAC (1) ;

-          l’aide américaine versée à Israël entre 1949 et 2006 se monte à 62,5 milliards de dollars. C’est le même montant que pour l’aide versée au reste du monde, tous autres pays confondus. L’aide moyenne par an est de 2 à 3 milliards (4 à 6 millions par jour) (2). 

Alors, quand le président américain fait les gros yeux au Premier ministre israëlien, il ne peut pas l’impressionner tant que ça. D’autre part, l’Amérique ne peut pas se permettre de perdre la loyauté d’Israël, qui lui coûte si cher, un pied-à-terre extrêmement précieux au Moyen-Orient. On pourrait croire qu’Israël, au prix que paie le contribuable américain, soit une sorte de protectorat américain, un cinquante-et-unième Etat… mais Israël reste parfaitement souverain. Certes il y a l’Afghanistan, aux marches de l’empire, pour servir de tête de pont stratégique dans la région, mais là rien n’est acquis…

Le résultat est que le contribuable américain soutient un Etat criminel au regard du droit international et qui bat le record des violations des résolutions de l’ONU ; Israël viole également les dispositions de la Quatrième Convention de Genève (quant au droit des réfugiés, les pressions économiques, les restrictions faites au droit de circulation, les difficultés d’approvisionnement…). Cela fait d’Israël un Etat hors-la loi, mais protégé par son grand frère les Etats-Unis. L’Amérique au Conseil de Sécurité de l’ONU a usé de plus de quarante fois de son droit de veto en faveur d’Israël.

La religion (Juifs et Musulmans) n’est pas responsable de ce triste état de fait, mais le nationalisme (qui parfois s’appuie sur le sentiment religieux en effet, à des fins de récupération – et ce, bien aussi du côté des Palestiniens, tenus dans un étau intenable) ; c’est la politique des hommes qui perpétue cette terrible situation – et c’est encore elle qui, seule, pourra y mettre fin. Mais alors, il faudra bien prendre la mesure des réalités qu’on se refuse à voir. Le pire ennemi de la paix, ce n’est pas l’ignorance, c’est l’illusion (2). D’Israël et des Etats-Unis, lequel est le plus voyou ?

Jonathan, pour le 25 mai 2009

(1) sources tirées du film documentaire « Occupation 101 », par Sufyan et Abdallah Omeish

(2) pour paraphraser Stephen Hawking

June 16, 2009

WELCOME HOME

De retour d’Amérique, j’ai les yeux encore emplis des vastes étendues de l’océan. Pourtant, c’est ici que nos vies se passent, sur les terres que nous habitons, dans les villes que nous partageons. Que dire des affaires du monde à présent, si ce n’est :

- la teneur garantie en purée de marrons à la fois du concours de l’Eurobidon et du décourageant spectacle des élections européennes en préparation ?

- Il y a bien ces sujets qui prêtent à sourire quand même : en gros titres sur les journaux, “Obama, trop français ?” Qu’est-ce qui autorise cette habitude des Français de prendre à leur crédit ce qui marche si bien ailleurs ? C’est l’avantage d’être universel, sûrement. Et Nicolas Sarkozy, fiévreux d’envie d’être aimé comme son interlocuteur américain.

- Ou encore la question israëlo-palestinienne ? Mais dit-on assez que la création d’un Etat palestinien dans ces conditions est au désavantage des Palestiniens, dont les territoires sont comme leur prison tenue par les Israëliens ? Le refus buté du Premier ministre israëlien Netanyahu d’entendre parler d’un Etat palestinien pourrait n’être que tactique : il fera croire qu’il cède à la volonté des Américains, qui lui font en réalité un cadeau, et négociera ses avantages…

- La création d’un nouveau terme, AfPak (Afghanistan + Pakistan), pour désigner la nouvelle priorité de la politique étrangère américaine. Bel objet présenté à nos pensées que cet AfPak, une abstraction qui laisse présager du peu d’empathie à escompter pour la réalité des vies et pour la destinée des gens habitant dans ces pays. Finie, l’Amérique unilatéraliste ? Le multilatéralisme a un prix : chacun devra mettre la main à la pâte.

Alors, après ces remarques, vous trouvez le monde mou, conforme et terne ? Vous croyez que plus ça change, plus c’est la même chose ? Rassurez-vous, il existe depuis le 1er avril 2009 la Vague normande (1). C’est une ironie étrange que de retrouver les aspirations du grand océan en cette terre normande. Profession de foi de la Vague (2).

“Aujourd’hui, alors que le crépuscule s’obscurcit de plus en plus, nous choisissons de vivre. Nous préférons la veille et ses tourments au confort trompeur de la léthargie. L’étau des mondialisations marchande et islamique nous opprime. C’est pourquoi face au déracinement général et à la destruction de toutes les communautés naturelles, nous nous dressons pour défendre et redécouvrir notre Identité. (…) Européens parce que Normands, première vague d’un océan qui s’étend de la Normandie au Niémen, nous n’avons pas oublié l’esprit de conquête et d’aventure de nos lointains aînés. Notre conquête c’est notre terre. Notre aventure c’est nos vies. Parce que nous ne serons pas des victimes consentantes et que nous refusons de disparaître en esclaves anonymes au sein du village global, nous sommes animés de l’espoir de la victoire, le même qui faisait dire à Guillaume le 14 octobre 1066 à Hastings : « Courage, courage ! Mes compagnons ; nous remporterons la victoire, donnons, donnons, elle est nostre. »”

On défend le territoire : “Ici, c’est normand !” – et on envahit tout en même temps l’Angleterre, comme c’est logique. Après, on défend la différence à tout crin, et puis on trouve que les musulmans de France devraient se convertir au catholicisme. Voilà qui fait chaud au cœur, quel plaisir de se retrouver chez soi. La “vague”, tout enracinée qu’elle est, s’intègre dans un grand mouvement de jeunes qui couvre tout le pays : c’est le Bloc identitaire, fédérateur de moult organisations (3) toutes portées par le même idéal de la tradition, du sol, du sang, tendues vers la vision d’un Ordre nouveau. Ensembles elles disent : 30 000 expulsions par an – c’est la honte ! Il en faut 300 000 !

Ah mais au fait, la Vague (die Welle), n’est-ce pas un film particulièrement éloquent aussi ?

Jonathan, pour le 18 mai 2009

(1) http://www.vague-normande.com/

(2) http://www.bloc-identitaire.com/actualite/822/vague-normande

(3) Opstaan – les Jeunes enracinés de Flandres, et Vlaams Huis ; Jeune Bretagne – Génération identitaire, Jeune Alsace et Alsace d’abord ; Projet Apache – les Jeunes identitaires parisiens et franciliens ; Rebeyne – les Jeunes identitaires de Lyon ; Resistencia, et Nostra Revolta – les Jeunes identitaires du Languedoc ; Reconquista – les Jeunes identitaires de Provence… ; le magazine ID Magazine, le label de production Alternative-s, et Novopress.info, créations de Fabrice Robert, président du mouvement des identitaires, le “Bloc identitaire”.