March 5, 2008
Plantons la différence à la mode de chez nous
Que faire aujourd’hui de « la différence » quand elle érigée en valeur absolue de la démocratie politiquement correcte ? Que faire de l’opinion divergente lorsqu’elle est prétexte à la mort du face-à-face ? Au grand jour indiscret des sunlights télévisuels, qui déteint sur les faux-semblants de nos rapports quotidiens, on préfère l’accord quand en réalités seules nos solitudes sont notre bien commun.
Pour soi-disant laisser place à la différence « chérie », paraît-il, on n’est désormais plus d’accord pour être en désaccord – alors que le désaccord est le fondement même d’une société civile possible, d’un vivre-ensemble non de discours mais d’expérience. Entre le TU et le TOI des médias, cette familiarité qui indique la collusion des petits mondes qui mènent la danse des élites, il y a la provoque, ou l’insolence, qu’on réserve sous la bannière exclusive du spectacle. Mais de véritable impertinence, point.
Pour être franc, ce n’est pas donné à tout le monde d’être en désaccord – et encore moins d’être impertinent. Ne faut-il pas avoir quelque chose à dire pour remettre les poncifs à leur place, ou rabattre le caquet aux souverains pontifiants ? Je me rappelle de l’émission qui passait sur HDR avec des étudiants étrangers, par exemple l’un turc, l’autre allemand, à qui l’on demandait de s’exprimer sur un sujet commun – comme l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Il ressortait souvent de ces émissions qu’il est plus facile d’exprimer, dans une langue qu’on maîtrise mal et à propos de sujets difficiles, l’accord que le désaccord. Il en va de même pour quiconque, locuteur expérimenté ou non de la langue française : le désaccord demande du point de vue, des tripes, des idées, de l’expérience parfois, de la mesure et de la démesure…
Peut-être le rôle d’une radio est-il ceci, non pas de dire systématiquement le désaccord (car c’est un poncif aussi de n’être pas d’accord) – mais de sommer l’accord de se justifier. De ne pas laisser les gens dans la soumission de l’accord général qui, doux et réconfortant, fait qu’on était même d’accord sans le savoir, non ?
Jonathan
deuxième quinzaine de février 2008